Pour concurrencer les Fintech, les banques doivent-elles investir... dans les Fintech ?

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Les agences bancaires sont-elles vouées à disparaître ?
Les agences bancaires sont-elles vouées à disparaître ? (Crédits : © Benoit Tessier / Reuters)
Le monde bancaire est bouleversé. Face à la concurrence des Fintech (startups positionnées sur les services financiers), les banques traditionnelles doivent s'adapter aux nouveaux usages. Les agences bancaires physiques sont-elles vouées à disparaître ? Les banques doivent-elles investir dans les Fintech ? Par ailleurs, n'y a-t-il pas déjà trop de startups dédiées au crowdfunding en France ? Banques traditionnelles et startups étaient face à face le 24 juin dernier à l'occasion de la Mêlée numérique. Débat.

"Bien sûr que nous sommes inquiets, nous sentons bien la menace arriver", finit par lâcher Philippe Chanez après quelques minutes de débat. Le responsable innovation de la Banque Populaire Occitane était invité ce mercredi 24 juin à débattre à l'occasion du 15e salon de la Mêlée numérique face à des jeunes pousses de la finance sur le thème : "Tous banquiers ? Quel avenir pour les banques?".

Représentant d'une des banques traditionnelles les plus implantées en Midi-Pyrénées, Philippe Chanez doit faire face à la cruauté des chiffres : depuis la crise des subprimes, la défiance à l'égard des banques s'est accrue. 65 % des Français ne font ainsi pas confiance aux institutions bancaires (TNS Sofres, 2013).

Et ce n'est pas tout. Frappées de plein fouet par la révolution numérique, les banques doivent aussi faire face à l'arrivée de nouveaux acteurs sur leurs plates-bandes, les Fintech. Ces startups se sont positionnées sur les services financiers et connaissent un beau succès, à l'image des Toulousains Wiseed (crowdfunding) et Payname (solution de paiement en ligne).

Le marché se transforme donc en profondeur, et les pratiques aussi :

"À Hong Kong, la société WeLend, qui vient d'être créée, propose d'étudier votre demande de prêt en demandant uniquement à avoir accès à votre téléphone portable. La société analyse toutes les données présentes sur votre mobile, c'est-à-dire presque toute votre vie", révèle Benoit Legrand, PDG de la banque en ligne ING Direct.

Devant ce constat, le PDG de la banque espagnole BBVA Francisco González estime dans un livre blanc intitulé Banque digitale : les Fintech cannibalisent les banques que, d'ici à 10 ans, et à l'échelle mondiale, seulement une centaine d'acteurs bancaires résisteront à cette déferlante numérique.

Quel avenir pour l'agence bancaire ?

L'agence bancaire physique est-elle alors vouée à disparaître ? Philippe Chanez, de la Banque Populaire Occitane ne veut pas y croire : "Qu'on m'explique alors pourquoi la banque en ligne ING Direct commence à ouvrir des agences physiques !", répond-il du tac au tac. Mais le cofondateur de Wiseed Thierry Merquiol observe de son côté une vraie fracture générationnelle des usages :

"Nous avons deux profils d'utilisateurs : les 30-35 ans et les 45-70 ans. Nous organisons des rencontres physiques, les roadshows (soirée de présentations des porteurs de projet, NDLR). Ces événements attirent essentiellement les 45-70 ans. Les 30-35 ans ne recherchent pas ce type de rencontres physiques. À l'inverse, nos live retransmis sur Youtube sont vus essentiellement par les moins de 35 ans. Il existe une vraie disruption dans le comportement des digital natives et on observe là une vraie fracture."

Du côté de la Banque Populaire Occitane, Philippe Chanez revendique le modèle de l'institution "avec à la fois un ancrage territorial avec 216 agences physiques et une renommée à l'international avec BPCE".

"Le groupe Banque Populaire Caisse d'Épargne a d'ailleurs signé récemment un accord avec Facebook et mis en place un système de paiement via Twitter", argumente-il.

Les banques traditionnelles s'intéressent d'autant plus aux Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple) que ces dernières sont assises sur une montagne de données. Apple détient à lui seul plus de 800 millions de données de ses clients. Cette évolution oblige les acteurs bancaires à penser de manière différente. Pour Benoit Legrand d'ING Direct:

"Avant, on estimait qu'une pharmacie se concentrait uniquement sur les activités pharmaceutiques, même chose pour les banques. Aujourd'hui, nous considérons la banque comme un hypermarché de la finance. Le but étant de conquérir le plus de clients possible pour qu'ils choisissent un de nos produits."

Les banques investissent dans les Fintech

Pour s'adapter au marché, les banques essaient parfois de s'associer, voire d'entrer au capital des Fintech. À l'image du Crédit Coopératif qui a signé en janvier dernier un partenariat avec Wiseed pour financer les startups. En s'associant avec les banques, les startups courent néanmoins le risque de perdre le pouvoir sur leur activité, de voir leur développement stoppé. Nicolas Marchandise, président de la startup d'épargne en ligne Advize est de cet avis et fait le parallèle avec l'émergence des banques en ligne à la fin des années 90 :

"Il y a 15 ans, il existait une quarantaine de banques en ligne et ING Direct est finalement la seule à avoir survécu (les autres ont été diluées dans des banques de détail, NDLR)."

Certaines banques mutualistes laissent néanmoins s'épanouir ces startups :

"Le Crédit Mutuel, par exemple, est actionnaire de Prêt d'union (plateforme de crédit entre particuliers) et assure les paiements de Leetchi (cagnotte en ligne)", remarque Nicolas Marchandise.

Tous les participants de la table ronde s'accordent enfin sur un point : les Fintech devront elles aussi s'adapter à la concurrence numérique. Le PDG d'ING direct conclut : "Il y a aujourd'hui 50 plateformes de financement participatif en France, la question de la taille critique va se poser."

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