Logement : "À Promologis, nous voulons vendre 1% du parc par an"

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Depuis quelques mois, Frédéric Carré occupe le poste de président du conseil d'administration de Promologis, basé à Toulouse.
Depuis quelques mois, Frédéric Carré occupe le poste de président du conseil d'administration de Promologis, basé à Toulouse. (Crédits : Promologis)
Depuis juin 2019, Frédéric Carré est le président de Promologis, leader dans la construction de logements sociaux en Occitanie. Le principal chantier du nouveau dirigeant sera de transformer le modèle économique de cette entreprise afin de faire face aux baisses des APL et de la RLS qui impactent les capacités d'investissements des bailleurs sociaux. Dans un entretien accordé à La Tribune, Frédéric Carré dévoile ses pistes de travail pour y parvenir.

La Tribune : Actuellement, Promologis construit 1 600 logements par an dans toute l'Occitanie. Mais l'un de vos premiers engagements forts en tant que président de cette entreprise d'utilité publique est de monter ce chiffre à 2 000. Pour quelle(s) raison(s) ?

Frédéric Carré : Nous avons aujourd'hui, répartis de façon homogène sur le territoire régional, 28 000 logements. Le groupe Promologis est né sur l'aire métropolitaine toulousaine, mais depuis une dizaine d'années on se développe assez fortement sur Montpellier même si nous avons un peu plus de patrimoine en ex Midi-Pyrénées.

Au-delà de la démographie très importante à Toulouse, il y a aussi une croissance démographique importante sur l'aire urbaine de Montpellier et il y a donc un besoin important de logements sociaux sur l'ensemble de l'Occitanie. Par conséquent, mon ambition est de conforter ce que nous faisons déjà, mais aussi développer l'accession à la propriété qui me tient beaucoup à cœur.

La Tribune : Pourtant, les bailleurs sociaux sont récemment montés au front face aux décisions de l'État de baisser certaines aides favorables à leur égard, imputant par conséquent leurs capacités d'investissement. Augmenter votre capacité à construire est vitale ?

F.C. : Le monde du logement social est en pleine mutation avec la coupe de l'État dans le budget de la Réduction de Loyer de Solidarité (RLS) et la baisse des APL. Mais aujourd'hui, nous devons construire davantage car il y a des besoins et il faut composer avec une modification du modèle économique des bailleurs sociaux. C'est pour ça que l'accession à la propriété des locataires est important pour moi car il faut que nous vendions pour nous financer. Mon ambition est de vendre chaque année 1% de notre parc. Cela nous permettra de régénérer des fonds propres et de pouvoir les réinvestir sur de nouvelles opérations.

La Tribune : Certains bailleurs sociaux ont déjà fait savoir qu'ils auraient obligation de vendre énormément pour parvenir à fonctionner correctement sur le plan financier. Est-ce le cas de Promologis ou pouvez-vous maîtriser vos ventes ?

F.C. : Cet axe de travail est déjà fortement engagé au sein de Promologis depuis des années et j'ai donc la volonté de l'accélérer. Mais c'est tout d'abord d'utilité sociale et sociétale que de permettre à nos locataires de devenir accédant, nous ne sommes pas là pour gagner de l'argent. Nous ne devons pas uniquement fournir du logement mais nous devons essayer d'aider nos locataires dans un parcours de vie.

De plus, il faut savoir qu'un logement vendu nous permet de financer la construction de trois logements pour des personnes qui en ont besoin. C'est une mécanique vertueuse.

La Tribune : Au-delà de la vente de votre parc, qui reste tout de même une pratique nouvelle pour les bailleurs sociaux, par quel(s) autre(s) comptez-vous actionner le nouveau modèle économique dont a besoin Promologis qui emploie 360 salariés ?

F.C. : J'ai deux actionnaires, qui sont Action Logement et la Caisse d'Épargne, qui viennent de signer un nouveau pacte d'actionnaires qui s'inscrit dans la durée, pour six ans, afin d'aider Promologis à avoir les moyens de ses ambitions. Cela a notamment débouché sur une augmentation significative de notre capital d'environ 25% (désormais, celui-ci est évalué à 21,9 millions d'euros, ndlr).

Je veux aussi promouvoir de nouveaux modèles de construction à travers de nouveaux partenariats que ce soit avec les Métropoles, avec les collectivités, les promoteurs, ou avec les aménageurs. En résumé, trouver une nouvelle façon de faire du logement social.

La Tribune : Par conséquent, placez-vous votre mandat de trois ans (renouvelable) sous le signe de la transformation ?

F.C. : Promologis est une très belle entreprise qui fonctionne très bien. Je n'ai aucunement la prétention de leur expliquer comment faire du logement social. Par contre, avec ma nomination à ce moment crucial, je vais essayer d'apporter des idées neuves, comme accentuer le rôle d'aménageur ou accentuer le rôle de partenariat. Ou pourquoi pas essayer, par le fait de notre recapitalisation, d'aider des partenaires qui ont besoin d'un coup de main sur des opérations en échange de certains fonciers fléchés par exemple.

La Tribune : Quel est votre positionnement concernant l'entretien de votre parc actuel ? Certains seraient tentés de limiter ces investissements dans un contexte de fragilité économique pour les bailleurs sociaux...

F.C. : Nous avons une volonté forte d'entretenir notre parce parce qu'à l'heure où les finances se font de plus en plus rares pour tout le monde, certains vont y arriver correctement, comme Promologis, et certains vont avoir plus de mal. Mais à l'heure où tout le monde veut tenir ses engagements, beaucoup seraient tentés de ne plus entretenir leur parc et moi je veux le dire haut et fort, notamment pour nos 28 000 locataires, nous continuerons à entretenir de façon très importante nos logements et ce de manière régulière. Il faut savoir que 30 % de ce que nous investissons dans le neuf nous l'investissons dans la rénovation de notre parc. Globalement, nous avons un parc en très bon état.

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