Réforme territoriale : un big bang qui fait flop

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Laurent Dubois
Laurent Dubois (Crédits : DR)
L'année 2014 a été marquée par la réforme des Régions. Un big bang territorial qui pourrait faire flop selon Laurent Dubois, journaliste politique toulousain.

2014 s'est terminée sur un big bang. En décembre dernier, l'Assemblée nationale a définitivement voté une carte de France inédite. Début janvier 2015, le Conseil Constitutionnel a validé  le découpage. Désormais, C'est fait. C'est la fin d'un Hexagone à 22 régions. François Hollande voulait réduire le nombre et agrandir la taille des échelons régionaux. Malgré la résistance du Sénat et des frottements dans sa majorité, le locataire de l'Élysée a imposé et obtenu sa réforme.

Une réforme importante

Elle saute aux yeux. Les têtes blondes et les crinières brunes vont apprendre une géographie mêlant cassoulet toulousain et Clairette du Languedoc. Cela peut paraître anecdotique. Mais tous les présidents de toutes les républiques (pas uniquement de la Ve) ne peuvent pas se vanter d'avoir redessiner les cartes affichées dans les écoles de la République. C'est même un club très fermé. François Hollande rejoint un aréopage composé, jusqu'à présent, d'un membre unique. L'inventeur des régions : François Mitterrand.

Le septième président de la Ve République entre, de son vivant, dans les manuels scolaires et les livres d'histoire. Ce n'est pas rien. Seul problème, la géographie a toujours une dimension politique. C'est évident. Mais l'aspect politique de la géographie Hollandaise résonne d'une tonalité négative. Elle fait flop. La tonalité est mauvaise au niveau de la partition. Mais aussi de la composition.

Un Flop dans la partition

L'argument "big is wonderful" est fallacieux. L'étendue d'une Région ne détermine pas son attractivité et ses résultats. Martin Malvy est un partisan convaincu de la fusion
"Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon". Mais, dans son dernier livre, il reconnaît lui même une évidence : la croissance ne se mesure pas en km2*. C'est la législation fiscale et sociale qui explique la réussite des Länders allemands. Cela a un coût : assouplissement du licenciement, mini-job... Et le prix politique est important. À côté de cette révolution, la bataille autour de la loi Macron ressemble à un jeu scout.

Un Flop dans la composition

François Hollande a vendu la réforme des Régions en mettant en avant les économies réalisées. Ce packaging se déchire. La belle promesse ne passera pas le grand bal. Le carrosse de la réduction des dépenses va apparaître sous son vrai jour. Une citrouille médiatique. Une fois les trompettes et les clairons de la fusion remisés, on passe au cœur du sujet. Le rapprochement des services, la fonte des fonctions publiques régionales, tout cela va conduire à une augmentation des coûts de fonctionnement. Dans les couloirs de l'Hôtel de Région, à Toulouse, on parle bien d'économies possibles. Mais pas avant des années. Le citoyen (surtout en période de pression fiscale) est d'abord et avant tout un contribuable. Il a un portefeuille à la place du cerveau. C'est normal. Les bénéfices politiques de la fusion vont être dilués dans un ressentiment général.

L'impréparation du chantier de la fusion

À ces cailloux financiers dans la chaussure de l'Élysée, vont s'ajouter les gravillons sur la route des fusions. À l'hôtel de Région de Midi-Pyrénées, les responsables administratifs s'inquiètent de l'impréparation du chantier. Leurs homologues languedociens ont reçu une consigne : la rétention d'information. Hostile à la fusion, les voisins des Midi-Pyrénéens ne facilitent pas une tâche qui est en elle même ardue. Il faut rapprocher des procédures, mener des audits, harmoniser les services informatiques...

Dans l'opinion publique, les couacs peuvent renforcer l'impression d'un flop. Pas d'économies et, en plus, une usine à gaz. Les cartes ont été rebattues. Les languedociens commencent à se convertir à la fusion. Le président sortant, Damien Alary forme même un ticket avec Carole Delga pour briguer un fauteuil dans la future super région. Mais le temps perdu ne se rattrape pas. L'énorme paquebot de la fusion est difficile à manœuvrer. En plus, facteur aggravant, il est resté trop longtemps à quai pour des raisons politiques. L'art et la manière de plomber une réforme.

La future capitale de la future super région : un enjeu vital

La question de la future capitale régionale est également décisive. Elle peut facilement dégénérer en querelle de clocher. Si elle débouche sur une absurdité à la sauce européenne : un pied à Toulouse un autre à Montpellier (comme le fait le Parlement en déménageant avec hommes et cartons de Bruxelles à Strasbourg) alors la coupe sera pleine.

Le vrai big bang de la fusion des régions se réduirait alors, dans l'esprit des français, à un flop retentissant. Le destin de la réforme défendue par François Hollande est désormais entre les mains des élus régionaux. Ce n'est pas forcément rassurant pour l'Elysée. Mais c'est inévitable.

* Martin Malvy et Nicolas Bouzou, "Pour décoincer la France - Décentralisons !", Editions Privat, avril 2013.

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