Jean Audouze : "la smart city doit nous aider à lutter contre l’entropie naturelle de l’univers"

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Jean Audouze, astrophysicien invité du Forum Smart City au Capitole le 5 décembre.
Jean Audouze, astrophysicien invité du Forum Smart City au Capitole le 5 décembre. (Crédits : Pratts)
Astrophysicien, ancien président de l’Institut astrophysique de Paris, Jean Audouze sera l’invité de La Tribune pour la 3e édition du forum Smart City le 5 décembre salle des Illustres au Capitole. Lors de son intervention sur le thème « Apprendre de l’espace »il expliquera comment l’astrophysique et la recherche spatiale peuvent se révéler être "une boîte à outils" au service des citoyens et des élus pour résoudre les problèmes complexes de l’urbanisation croissante du monde de demain.

Quels sont les apports de l'astrophysique dans le domaine des applications spatiales ?

Les bénéfices de l'astrophysique dans les applications spatiales sont  nombreux. Pour être performant en astronomie, les chercheurs ont inventé des capteurs capables de mesurer toutes les longueurs d'ondes. L'astronomie a obligé les ingénieurs à concevoir puis à miniaturiser les détecteurs d'ondes. Ces développements ont profité aux autres branches de la recherche et tout particulièrement à l'imagerie spatiale.

Concrètement, quelles technologies ou applications spatiales issues de l'astrophysique sont utilisables dans le cadre des programmes smart city ?

Le premier domaine est incontestablement celui des télécommunications. Pour les chercheurs en astrophysique, il est indispensable d'avoir accès aux satellites avec une bonne bande passante. L'une des applications concrètes de cette amélioration des télécommunications via le spatial est, par exemple, la gestion des flux énergétiques et environnementaux d'une ville ou d'une agglomération. Une ville comme Toulouse présente des bâtiments modernes, très performants du point de vue énergétique, et d'autres plus anciens qui le sont moins. Une cartographie infrarouge ou micrométrique permet de mettre en évidence les îlots où les bâtiments sont bien isolés et les autres moins, où il est prioritaire d'intervenir.  Les différentes longueurs d'ondes de l'imagerie spatiales permettent aussi de réaliser un suivi des espaces verts, de surveiller les pollutions ou de suivre l'évolution du trafic automobile.

Au-delà de ces applications déjà existantes et bien connues, on peut aussi imaginer que ces applications servent, par exemple, à terme à identifier un client qui entre dans un magasin, à reconnaître s'il dispose d'une carte de fidélité, etc.

Cela suppose de renforcer les capacités d'analyse des données spatiales dévolues à la smart city. Il y a bien entendu une dimension éthique à cette utilisation des données spatiales : il faut que les citoyens se mettent d'accord sur l'utilisation qui sera faite de ces données. L'espace est une boîte à outil qui peut être au service des citoyens et des élus pour étudier et comprendre l'évolution de nos villes.

De votre point de vue de scientifique, quelle urgence y a t-il pour les villes et métropoles actuelles à se transformer en smart cities ?

Nous avons tous une ardente obligation à remplir : c'est la lutte conte le changement climatique qui va durablement impacter nos vies, notamment dans les grandes métropoles. Les smart cities ont un premier impératif qui est d'être économes en énergie. On sait que les habitations modernes, les tours, sont plus performantes en termes énergétiques que l'habitat dispersé. Cela ne veut pas dire qu'il faut faire des tours partout, mas qu'il faut réfléchir à l'évolution de l'habitat.

Le deuxième enjeu des smarts cities est, à mon avis, de permettre à leurs habitants de se sentir bien, de redonner une dimension humaine aux villes du futur.

 Plus généralement, que nous apprend l'espace concernant notre vie d'être humain et de notre organisation en villes, métropoles, mégalopoles... ?

Nous humains, sommes mal dimensionnés : trop petits pour peser sur l'infiniment grand de l'univers, trop grands pour l'infiniment petit. Mais la conquête et l'exploration de l'espace, montre que les hommes - malgré leur insignifiance dans l'univers - arrivent à résoudre des problèmes complexes.

La recherche en astrophysique nous montre que l'univers est régi par une entropie galopante, le désordre l'emporte sur l'ordre. Les espèces sociales les plus performantes comme les abeilles luttent très efficacement contre l'entropie de leur univers. L'homme est une espèce vivante qui cultive ce paradoxe d'être à la fois sociale et agressive. La vie en collectivité, demain dans des smart cities, nous oblige à organiser le compromis et l'échange entre individus. La smart city doit nous aider à limiter cette désorganisation naturelle de notre environnement.

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