Forum Zéro Carbone à Toulouse : quelle ville à l'aune de la crise Covid-19 ?

La crise de la Covid-19 va-t-elle pousser les villes à réduire leur empreinte carbone ? La question était au coeur des débats du Forum zéro carbone organisé le 14 décembre par La Tribune, à Toulouse. La crise économique pourrait accélérer des initiatives émergentes (véhicules électriques, radiateurs-ordinateurs) mais également refaçonner les lieux de travail, entre flex office, corpoworking et tiers-lieux à la campagne.

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Le Forum zéro carbone de La Tribune a notamment fait intervenir Joan Clos, ancien maire de Barcelone.
Le Forum zéro carbone de La Tribune a notamment fait intervenir Joan Clos, ancien maire de Barcelone. (Crédits : Rémi Benoit)

Début octobre, une résidence d'un nouveau genre a été inaugurée près de Toulouse. Les 59 logements sociaux de la résidence "Les Sables" à Launaguet ont la particularité d'être chauffés par des radiateurs-ordinateurs. Au lieu de concentrer les serveurs dans de grands data centers qui nécessitent d'importants systèmes de refroidissement face à la chaleur émise par la masse de calcul, la startup Qarnot computing a eu l'idée de créer des radiateurs contenant des ordinateurs.

 "Le modèle économique de Qarnot est d'un côté de vendre de la puissance de calcul informatique comme pourrait le faire un data center conventionnel pour des banques, des studios 3D, des laboratoires de recherche médicale, etc. Et de l'autre, nous offrons des solutions de chauffage écologique pour des collectivités locales et des bailleurs sociaux, des réseaux de chaleur. Notre force est de réussir à faire tourner les calculs des premiers clients sur les chaudières et les radiateurs des seconds clients", décrit Quentin Laurens, directeur des relations extérieures et internationales de Qarnot Computing à l'occasion du Forum zéro carbone organisé par La Tribune le 14 décembre à Toulouse.

Lire aussi : Qarnot Computing, pionnier du calcul informatique green s'internationalise

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Quentin Laurens de Qarnot Computing a témoigné en distanciel lors du Forum zéro carbone (Crédits : Rémi Benoit).

La startup a ainsi déjà installé 1.500 radiateurs de ce genre en France. La crise de la Covid-19 va-t-elle accélérer ce type d'alternatives écologiques en milieu urbain ? Pour l'économiste Jacques Attali, la ville de demain devra être guidée par un "altruisme intéressé", autrement dit "penser à l'intérêt des générations futures".

Une ZFE à Toulouse dès 2021

Et penser aux générations futures passera inévitablement par une réduction de l'empreinte carbone.

"La ville produit 70% des émissions de CO2 dont 40% d'émissions directes avec les transports et les bâtiments et les 30% restants via les produits nécessaires à la consommation des urbains. Cette organisation n'est pas durable", fait remarquer Joan Clos, ancien maire de Barcelone.

Les villes commencent à prendre la mesure de ces défis écologiques. À Toulouse, le maire Jean-Luc Moudenc met en avant la volonté de "tripler l'effort de végétalisation et de plantation d'arbres et continuer aussi à faire en sorte que croissent l'offre des transports en commun et des pistes cyclables". La métropole compte aussi mettre en place dès le printemps 2021 une zone à faibles émissions (ZFE) dans laquelle seront bannis les véhicules les plus polluants. Encore faudra-t-il convaincre les Toulousains. "Il y a pour la ZFE une contrainte d'acceptation que nous devons réussir", relève François Chollet, vice-président de Toulouse Métropole en charge de l'écologie. Des grands comptes comme Enedis ont déjà anticipé l'instauration de cette ZFE et en profitent pour revoir leur flotte de véhicules. "Nous nous sommes engagés à ce que fin 2021 nous ayons 100% de nos véhicules légers qui soient électriques. Cela représentera une centaine de véhicules à peu près sur la métropole", indique Stéphane Lesenechal, directeur territorial d'Enedis à Toulouse.

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Crise sanitaire oblige, le Forum zéro carbone était diffusé intégralement en ligne (Crédits : Rémi Benoit).

Dans la Ville rose, on mise aussi sur les véhicules électriques autonomes. Le Toulousain EasyMile va lancer une expérimentation à l'Oncopole. "Courant 2021, nous allons être les premiers en France à mettre une navette autonome sur voie publique, sans opérateur à bord. C'est une expérimentation qui va être menée à l'Oncopole et qui va relier les parkings à l'entrée de l'hôpital", précise Alban Brisy, directeur commercial de la branche transport de marchandises d'EasyMile.

Lire aussi : Navette autonome : EasyMile va lancer une ligne à l'Oncopole

Flex office, corpoworking et tiers-lieu agroécologique

Réduire l'empreinte carbone des villes passera également par de nouvelles manières de construire les villes. Alors que la crise sanitaire a intensifié l'usage du télétravail, quel avenir pour les bureaux en ville ?

"La crise un accélérateur de tendances", considère de son côté Sébastien Matty, président de GA Smart building. On ne peux plus avoir un bureau par personne qui attend que la personne rentre travailler physiquement. Le flexoffice devient comme une évidence parce que l'on ne peut pas garder tous ces mètres carrés vides."

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Flexoffice, corpoworking et tiers-lieux font partie des tendances fortes face à la crise (Crédits : Rémi Benoit).

Autre tendance, cette fois portée par Action Logement à Toulouse, le corpoworking.

"Ce concept a vocation à inverser un peu le paradigme dominant où l'on construit au plus proche des entreprises, ce qui revient à densifier davantage et donc à renforcer le phénomène de métropolisation. Nous faisons l'inverse en construisant avec les salariés et avec les entreprises en fonction de leurs besoins, dans des lieux en périphérie d'une métropole, en l'occurrence les quatre points cardinaux de la métropole toulousaine", décrit Michaël Pinault, membre du bureau régional d'Action logement.

Dernière tendance observée : le développement du coworking à la campagne. Amandine Largeaud a décidé de reconvertir un corps de ferme du Lauragais en un espace de coworking agroécologique baptisé le 100e singe.

"Le périurbain où réside 56% des actifs aujourd'hui est un territoire soumis à la très forte spéculation, donc forcément à une urbanisation, un étalement urbain qui fait qu'il y a toute une perte d'identité agricole et des habitants pris dans des mouvements pendulaires pour aller travailler en ville. Ce que les gens viennent chercher au 100e singe, ce n'est pas tant un bureau en dehors de leur travail, mais davantage de la coopération. C'est la raison pour laquelle le 100% télétravail ne fonctionne pas, parce que 100% à la maison, ce n'est pas non plus un équilibre", conclut la coordinatrice du projet.

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