"L’avion hydrogène sera le combat d’une génération" selon l'économiste Nicolas Bouzou

 |  | 1517 mots
Lecture 8 min.
Invités par La Tribune, Jean-Luc Moudenc et l'économiste Nicolas Bouzou ont échangé pendant une trentaine de minutes autour du plan de relance, de l'aéronautique et de la 5G notamment.
Invités par La Tribune, Jean-Luc Moudenc et l'économiste Nicolas Bouzou ont échangé pendant une trentaine de minutes autour du plan de relance, de l'aéronautique et de la 5G notamment. (Crédits : Fréderic Scheiber)
À l'occasion de son événement Transformons La France, La Tribune a organisé un temps de dialogue entre le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc et l'économiste Nicolas Bouzou. Ensemble, ils ont échangé autour du plan de relance, de la 5G, mais aussi, et surtout, de l'aéronautique. Décryptage des meilleurs extraits.

"Il faut considérablement développer l'aéronautique" (Nicolas Bouzou)

Difficile de ne pas parler d'aéronautique dans la capitale de cette filière industrielle. Ainsi, à l'occasion de la seconde édition de Transformons La France en Occitanie, à Toulouse le 15 octobre, l'économiste Nicolas Bouzou et le maire de la Ville rose et président de la Métropole ont affiché leur soutien commun à cette filière qui représente plus d'un emploi sur deux dans l'agglomération de la quatrième ville de France.

Lire aussi : Découvrez les sept lauréats de "Transformons La France" à Toulouse

"L'avion permet d'aller loin, d'aller ailleurs, l'avion humanise. Philosophiquement, c'est fort. Donc, nous ne pouvons pas imaginer un monde sans avion. Oui, la contrainte écologique est extrêmement forte et nous n'avons pas le choix, nous allons faire l'avion écologique. Nous avons commencé, avec des émissions de Co2 qui baissent d'un pour-cent par an en moyenne et par passager, c'est bien mais ce n'est pas assez. Il faut aller beaucoup plus loin. Il faut considérablement développer l'aéronautique et l'avion hydrogène sera le combat d'une génération. Nécessité fait loi", a déclaré Nicolas Bouzou devant un public conquis par cette déclaration, accueillie avec joie au regard des applaudissements entendus dans la salle.

Lire aussi : L'étude qui démontre comment l'aéronautique tire vers le bas l'économie d'Occitanie

Et les rails vers cet objectif prennent forme au regard du contenu du Plan Ader porté par le conseil régional d'Occitanie pour accompagner la filière dans cette crise et des deux milliards d'euros versés par le gouvernement au Corac, dans le cadre du plan de relance sectoriel, pour faire voler un avion décarboné d'ici 2035. Cet objectif sera d'ailleurs le fil conducteur de l'AéroForum de La Tribune, le 16 novembre, à Toulouse.

Lire aussi : Airbus : l'heure "H" a sonné pour un avion à hydrogène

"Nous ne devrons pas 'être nu' " (Jean-Luc Moudenc)

Néanmoins, cette échéance, qui pourrait rebooster l'activité d'une filière à qui on promettait un avenir radieux avant cette crise sanitaire, est encore loin et la casse sociale est, elle, déjà là. Selon le cabinet Trendeo, ce sont plus de 6 000 emplois qui ont été supprimés dans la filière aéronautique et à Toulouse depuis le mois de mars. Ce qui inquiète l'édile qui appelle à une coopération entre les divers secteurs d'activité.

"Nous devons être vigilants à ce que pendant cette période de crise le territoire ne perde pas en compétence. Il ne faut pas qu'il y ait une fuite des cerveaux et des savoir-faires. Cela serait préjudiciable... Pourquoi ? Un jour, le rebond sera là et à ce moment, nous ne devrons pas 'être nu'. Le travail que nous devons faire, avec l'État et les filières professionnelles, est de regarder le profil des personnes qui vont quitter momentanément le secteur aéronautique. Il est nécessaire que ces personnes puissent mettre tout de suite leur savoir-faire au profit d'autres filières, tout en restant à Toulouse. Cela exige beaucoup de coopération et de dialogue. Ce sera l'enjeu de ces prochains mois", a notamment analysé Jean-Luc Moudenc.

Lire aussi : À Toulouse, une plateforme RH veut faciliter la reconversion des salariés de l'aéronautique

Si des initiatives privées en ce sens commencent à émerger, la Métropole de Toulouse travaille elle aussi sur une plateforme similaire, en coopération avec Pole Emploi et d'autres organismes. Développée par l'entreprise locale Bizness, cette application sera disponible en début d'année 2021.

"Nous n'allons pas faire de l'écologie en revenant au monde d'avant" (Nicolas Bouzou, à propos de la 5G)

Au-delà de l'aéronautique, qui est le secteur d'emploi prépondérant dans la région, d'autres domaines sont créateurs d'emplois à Toulouse comme le numérique, avec notamment la présence d'une IoT Valley au sein de laquelle se trouve le siège de la licorne Sigfox. Ainsi, le développement de la 5G est un sujet important au sein du territoire, notamment pour accompagner l'émergence de l'écosystème de la mobilité autonome et électrique en pleine émergence à Francazal. Un point que n'a pas manqué de souligné Nicolas Bouzou au cours de son échange avec le maire.

"La question n'est pas de savoir s'il faut la 5G ou pas. Nous avons un retard colossal dans le domaine du numérique par rapport aux Américains et aux Chinois. Et il faudrait prononcer en Europe un moratoire sur la 5G malgré ce retard ? Ce n'est pas digne de la France. C'est un pays qui va de l'avant et aller de l'avant c'est faire la 5G très vite. Cette technologie est très inclusive et pas très cher à déployer, c'est moins cher que la fibre et cela va beaucoup plus vite. Il faut utiliser la 5G pour faire une ville intelligente et de l'écologie. Nous n'allons pas faire de l'écologie en revenant au monde d'avant", a lancé l'économiste.

Contrairement à d'autres grandes villes, comme Lille, qui ont proclamé un moratoire sur son déploiement dans l'attente des résultats d'études indépendantes sur les risques sanitaires de cette technologie, le maire de Toulouse est contre cette méthode.

"En période ordinaire, je ne suis pas pour les moratoires, car cela signifie qu'on arrête d'agir, on réfléchit, comment ? On ne sait pas trop... Pour combien de temps ? On ne le précise pas... On lance des espaces de discussions et de débats sans trop savoir ce qu'il en ressortira. La seule chose que l'on sait, c'est que tout est retardé. Cela, c'est en temps ordinaire, là nous sommes dans une crise d'une gravité extraordinaire. Donc il ne faut pas arrêter les projets mais au contraire les accélérer. Dans l'état actuel, le moratoire est une idée qu'il m'est totalement insupportable. Avec mon équipe, à titre d'exemple, nous avons regardé les projets prévus en 2021 voire 2022 qui sont prêts et que nous avons décidé d'anticiper et d'enclencher dès maintenant pour aider l'économie", a confirmé Jean-Luc Moudenc, sans pour autant préciser que des antennes 5G sont déjà déployées dans la ville, Toulouse ayant été pilote sur le sujet.

Lire aussi : Comment la 5G va accélérer le développement des entreprises à Toulouse

"Nous sommes retombés dans un mal bien français" (Jean-Luc Moudenc, à propos de la gestion du plan de relance gouvernemental)

Enfin, au cours de la soirée, le duo a également échangé sur la situation économique du pays et plus particulièrement du plan de relance économique, France Relance. L'élu et l'économiste se rejoignent sur un point : la bureaucratisation de la France pourrait causer un retard au démarrage préjudiciable alors que l'effet de ces 100 milliards d'euros est attendu par des milliers d'entreprises.

"Le plan de relance a été présenté le 4 septembre, l'annonce des sous-préfets à la relance est faite dans la foulée. Nous sommes le 14 octobre, il n'y a toujours pas un sous-préfet nommé. Je considère que l'État se complique la vie. Il y a dans les préfectures des personnes qui sont parfaitement capable d'être madame ou monsieur relance auprès du préfet. On est retombé dans un mal bien français.

Ce plan devait être territorialisé. Simplement, malgré la sincérité du chef du gouvernement sur cette intention, je crains que la lourdeur du système et sa centralisation ralentissent le processus et que cette territorialisation se fasse moins vite qu'il le faudrait. Notre rôle, en tant qu'élu, va être de mettre la pression dans chaque préfecture pour faire descendre les crédits annoncés et réaliser nos projets en lien avec les objectifs du plan de relance, qui sont la transition écologique et numérique notamment", s'inquiète Jean-Luc Moudenc.

"L'inquiétude est la suivante surtout : allons-nous être capable de débloquer ces fonds rapidement ? 30 milliards dès 2021 ça serait bien. La France est un pays sur-administré, sur-bureaucratisé et on craint que ce plan de relance ait du mal à descendre chez vous, dans les entreprises et les territoires. L'État en est conscience, alors en France on corrige les excès de bureaucratie par un peu plus de bureaucratie donc nous allons avoir des sous-préfets à la relance. Ce n'est pas très satisfaisant intellectuellement", appuie Nicolas Bouzou.

Depuis leurs propos, la préfecture d'Occitanie a notamment présenté les 450 projets des collectivités territoriales qui seront accompagnés financièrement par France Relance, et donc l'État, pour un montant total de 90 millions d'euros dans la région, et ce avant la fin de l'année 2020. Une enveloppe nouvelle doit être débloquée dans les prochains mois autour de la rénovation énergétique, mais l'officialisation des 200 millions d'euros pour la troisième ligne de métro à Toulouse quant à elle, se fait toujours attendre...

Lire aussi : France Relance : les 15 projets en Occitanie co-financés par l'État à retenir

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :