La masterclass de Jean-Claude Maillard ou comment créer une pépite de l’aéronautique

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(Crédits : Rémi Benoit)
Liberté et indépendance d’esprit sont un peu l’Alpha et l’Oméga de Jean-Claude Maillard, le fondateur et dirigeant de Figeac Aéro. Des valeurs qui conditionnent aujourd’hui encore les décisions et la stratégie du dirigeant pour son entreprise. Il était ce matin 19 janvier l’invité de la matinale de La Tribune Toulouse. Rencontre avec un "patron électron libre" dont la liberté de ton tranche dans le secteur si millimétré de l’aéronautique.

À l'écouter, rien ou presque ne prédestinait Jean-Claude Maillard à devenir l'emblématique patron de Figeac Aéro. Un concours raté pour entrer dans l'Éducation nationale, au lendemain de l'armée, pousse le jeune homme, issu d'une famille modeste, à devenir ingénieur plutôt que professeur. Diplômé de l'École nationale d'ingénieurs de Tarbes et après quelques années seulement passées chez Forest-Liné puis Ratier Figeac, Jean-Claude Maillard décide rapidement de voler de ses propres ailes.

"En tant que salarié, j'en voulais toujours plus. J'étais difficile à contrôler et j'ai décidé de créer mon avenir et ma propre histoire en montant mon entreprise", raconte-t-il.

Nous sommes en 1989 au cœur du Lot. Figeac Aéro, PME de sous-traitance aéronautique spécialisée dans la fabrication de pièces métalliques de structures, de sous-ensembles et de pièces de moteurs, voit le jour avec un capital de 18 000 euros (120 000 francs à l'époque). Vingt-sept ans plus tard, elle s'est muée en une ETI cotée en bourse, qui emploie 2 000 personnes, dont 1 050 dans le Lot.

Au 31 mars 2016, Figeac Aéro devrait avoir réalisé un chiffre d'affaires de 255 millions d'euros avec un carnet de commande de 3,7 milliards d'euros qui lui assure dix ans de visibilité !

25 ans pour faire grandir Figeac Aéro

Cette réussite pourtant, ne reflète pas une évolution linéaire de l'entreprise. Créée en 1989, elle a rapidement été rattrapée par les différentes crises du secteur et, pour grandir, la PME a dû se structurer en même temps que la filière elle-même.

Le premier client naturel sera Ratier-Figeac, puis rapidement Airbus. "À l'époque, il n'y avait pas de cohérence industrielle, l'avionneur avait plusieurs milliers de sous-traitants. Aujourd'hui, nous sommes 20 et il serait beaucoup plus compliqué de commencer dans les mêmes conditions et de connaître la même croissance", analyse le patron.

Dans les années 90, les clients de Figeac Aéro, équipementiers et sous-ensembliers, ouvrent le marché de la sous-traitance et l'entreprise de Jean-Claude Maillard s'engouffre dans la brèche. De même, les succès commerciaux d'Airbus entraînent en quelques années le déploiement du sous-traitant lotois qui accélère sa production pour coller au plan de charge d'Airbus qui passe de 6 A320 par mois à 60 aujourd'hui.

Airbus, sa filiale Stelia et Safran sont aujourd'hui les principaux donneurs d'ordre de l'entreprise, suivis de Latécoère, Bombardier, Embraer, Gulfstream Aerospace et Pilatus Aircraft. 60 % du chiffre d'affaires de Figeac Aéro est aujourd'hui issu de la fabrication  de pièces élémentaires et 40 % du marché des sous-ensembles.

"J'ai mis 25 ans à faire naître, grandir et exister Figeac Aéro mais, vous verrez, le meilleur reste encore à venir, martèle Jean-Claude Maillard. Nous évoluons sur un marché gigantesque qui pèse 10 à 15 milliards d'euros dans le monde et, avec ce chiffre d'affaires, nous n'occupons qu'entre 2 et 3 % du marché. Les possibilités sont encore infinies." Le ton est donné.

Excellence industrielle et production à l'étranger

Pour exister sur le marché mondial de la sous-traitance aéronautique, Figeac Aéro a exporté dès le premier jour, mais il a fallu attendre 2010 pour que l'entreprise se dote d'une véritable stratégie à l'export. "À cette époque, j'ai eu le sentiment que Figeac Aéro devenait fort, le marché était porteur. J'y ai vu le bon moment pour évoluer afin de rester compétitif face à la pression mondialisée des coûts. Rester uniquement à Figeac aurait été suicidaire", raconte Jean-Claude Maillard.  Pour évoluer, le chef d'entreprise décide alors de coupler l'excellence industrielle - avec des investissements conséquents de l'ordre de 50 M€ par an actuellement - avec le développement de la production dans des pays à bas coûts. Il met le cap sur la Tunisie, le Maroc ou encore le Mexique pour y créer des filiales et ambitionne de réaliser 40 % de son chiffre d'affaires dans ces zones à bas coût d'ici à 2025.

Autre stratégie : poursuivre le développement de sa production dans des zones dollars. Si 65 % du chiffre d'affaires de Figeac Aéro y sont déjà facturés, la proportion pourrait y atteindre 85 % dans les trois ans. Une façon pour le chef d'entreprise de limiter le recours aux banques. "Comment pérenniser notre industrie en produisant en zone euro avec des contrats qui représentent aujourd'hui 10 ans de commande, alors que les banques ne nous suivent pas au-delà de trois ans ?", interroge Jean-Claude Maillard. C'est ainsi qu'il a déjà racheté une société aux États-Unis et n'exclut pas d'autres opérations de croissance externe.

Pour accompagner cette activité, Figeac Aéro embauche. 100 personnes par an ont été recrutées en France ces cinq dernières années et 250 personnes ont rejoint le site tunisien l'année dernière.

Enfin, pour satisfaire ses clients, Jean-Claude Maillard n'hésite jamais à installer un nouveau site près d'un commanditaire, comme à Méaulte et Saint-Nazaire pour Airbus ou en Tunisie pour Stelia. Il a aussi injecté 35 millions d'euros pour concevoir une usine ultra-moderne à Figeac et investit 50 millions d'euros par an pour se doter de "la crème de l'outil de production."

L'entrée en bourse en 2013

2013 marque un tournant pour le patron de Figeac Aéro. Celui qui avait mis un point d'honneur à rester seul à la tête de son entreprise se résout, "sous la pression d'Airbus" à ouvrir et augmenter son capital. "Jusque-là, j'avais résisté. J'étais jeune et pas très partageur. Mais, en 2012, nous avons remporté l'énorme contrat de l'A350 pour Airbus. Mon chiffre d'affaires allait être multiplié par trois, Airbus est devenu plus directif et m'a vivement recommandé cette ouverture de capital."

Le chef d'entreprise envisage alors plusieurs scénarios : l'entrée au capital d'un industriel, d'un fonds d'investissement ou l'entrée en bourse. Rapidement, les deux premières options sont balayées. "Dans le premier cas j'aurais perdu mon indépendance et dû rendre des comptes." Impensable pour Jean-Claude Maillard.

Les fonds d'investissement ne convainquent pas non plus le chef d'entreprise qui y voit des investisseurs "plus intéressés par la sortie d'investissement que par le projet d'entreprise".

Ce sera donc la bourse, en décembre 2013, avec un cours de bourse à 9,20 euros qui a plus que doublé depuis. Mais Jean-Claude Maillard conserve toujours aujourd'hui 88 % du capital et regarde plus que jamais vers l'avenir en visant un chiffre d'affaires de l'ordre de 700 millions d'euros en 2020. Il a par ailleurs annoncé une prochaine levée de fonds d'environ de 80 millions d'euros. Confiant en l'avenir, il prépare "la phase 2 de Figeac Aéro". L'entreprise avait d'ailleurs été choisie en avril dernier par François Hollande pour présenter "l'alliance d'entreprises pour l'industrie du futur" et son programme de robotisation.

"L'usine du futur." L'expression fait sourire le chef d'entreprise. "Tout ça c'est de la politique. En réalité, il y a deux cents ans, on construisait déjà des usines du futur. Moi, je m'attache surtout à mettre au point des process performants."

Et son souvenir du président Hollande ? "François Hollande... c'est un mec sympa. Il a eu de la chance. Son succès en politique tient à pas grand-chose. Si la femme de ménage était passée dix minutes plus tard, Dominique Strauss-Kahn aurait sans doute été président... Mais je ne fais jamais de politique et, aujourd'hui, je ne suis surtout pas venu pour ça", ajoute-t-il dans un sourire.

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