À la Cité de l’Espace, Thomas Pesquet se confie sur l'intérêt de ses voyages spatiaux

L’astronaute Thomas Pesquet était de passage à la Cité de l’Espace pour y tenir une conférence devant 5.000 visiteurs venus l’acclamer, le 3 juin 2022. À cette occasion, il a détaillé quelques-unes des 200 expériences scientifiques qu’il a pu mener dans la station spatiale internationale. Surtout, il a rappelé l’intérêt des missions spatiales pour la recherche scientifique. Une occasion en or pour le site toulousain, qui a récemment remodelé sa dernière exposition consacrée à la vie dans l’ISS.

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Thomas Pesquet est revenu sur les expériences scientifiques qu’il a mené à bord de la station spatiale internationale lors de sa venue à la Cité de l’Espace, à Toulouse, le 3 juin 2022.
Thomas Pesquet est revenu sur les expériences scientifiques qu’il a mené à bord de la station spatiale internationale lors de sa venue à la Cité de l’Espace, à Toulouse, le 3 juin 2022. (Crédits : Rémi Benoit)

"L'espace, nous n'y allons pas pour nous faire plaisir, nous y allons pour que cela serve au plus grand nombre", a indiqué à la presse Thomas Pesquet, le 3 juin dernier à la Cité de l'Espace.

L'astronaute préféré des Français est venu à Toulouse à l'occasion d'une conférence inédite exécutée devant 5.000 spectateurs. Celle-ci était organisée par la Cité de l'Espace, l'Agence spatiale européenne (ESA), Toulouse Métropole et le CNES (Centre national d'études spatiales). Cette rencontre entre Thomas Pesquet et ces nombreux curieux a été l'occasion pour lui de partager sa dernière expérience en micropesanteur à l'occasion de la mission Alpha.

Avec pour support de nombreuses images filmées dans la station spatiale internationale entre avril et novembre 2021, le dixième Français parti dans l'espace a tenté de remettre au centre de l'attention les plus de 200 expériences scientifiques qu'il a mené au cours de sa mission. Parmi elles, certaines ont pu être réalisées grâce aux instruments fournis par des PME Toulousaines comme Erems ou Comat.

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"Nous ne sommes que les petites mains"

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Thomas Pesquet a pris le temps de l'échange avec les visiteurs du parc, venus en masse pour le rencontrer, mais ne s'est pas prêté au jeu du bain de foule (Crédits : Rémi Benoit).

Lorsqu'il lui est demandé de parler de ses expériences favorites, Thomas Pesquet avoue avoir du mal à les départager, tant celles-ci sont différentes les unes des autres et souvent à même d'apporter des résultats scientifiques importants dans divers domaines. Le spationaute de l'ESA garde tout de même quelques souvenirs marquants, comme lorsqu'il a été chargé de mener une expérience sur les cristaux de protéines.

"Sur Terre, il est très difficile de travailler les protéines car ce sont des structures qui s'effondrent sous leur poids. Ce n'est pas le cas dans la station spatiale. Cela nous permet de créer des cristaux plus grands, plus durs, que nous figeons afin de les renvoyer ensuite en laboratoire. Cela pourrait permettre par la suite de créer des médicaments qui ciblent, par exemple, des cellules cancéreuses", se réjouit l'astronaute originaire de Seine-Maritime.

Son deuxième exemple est toujours lié à la santé humaine, mais se veut davantage orienté sur la diversité des processus scientifiques.

"Nous avons eu des expériences sur les muscles. Nous avions des petits vers dans la station spatiale, qui ont apparement des codes génétiques en commun avec nous. L'objectif était de travailler sur la lutte contre les myopathies. C'était sympa pour nous parce que traiter le vivant rend les choses un peu plus intéressantes que de simplement appuyer sur des boutons", poursuit-il.

L'homme, bien qu'ayant un parcours lié à la science, puisque tour à tour diplômé en ingénierie aéronautique, pilote de ligne, ou encore recordman européen du nombre de jours passés dans l'espace, n'est pas un chercheur. Il rappelle donc à ce titre que chacune des expériences qu'il a mené étaient réalisées 'sous surveillance'.

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Thomas Pesquet a passé près de trois heures avec les 5.000 visiteurs venus l'écouter (Crédits : Rémi Benoit).

"Nous avons de nombreux ingénieurs qui aident les scientifiques à spatialiser leurs protocoles. Il y a des professionnels qui sont là pour nous entraîner à manipuler le matériel que l'on va utiliser. Nous pouvons faire des échographies, des prises de sang, etc. Évidemment, nous n'avons pas ces compétences là lorsqu'on commence, il faut apprendre. Les scientifiques nous guident à distance, nous ne sommes que les petites mains. Nous essayons surtout de ne pas rater nos expériences !", s'amuse celui qui a réalisé une dizaine d'entre elles pour la France.

Car sur l'ensemble des expériences pilotées par Thomas Pesquet au cours de la mission Alpha, seule douze ont été réalisées pour l'Hexagone. Commandées par l'ESA et le CNES, elles ont été suivies depuis Toulouse par Rémi Canton, responsable du développement des activités en micropesanteur au Cadmos, centre dédié aux vols habités.

"La difficulté est de parvenir à se donner les moyens de réaliser un programme scientifiquement intéressant, mais sans qu'il ne soit trop ambitieux. Il faut que les expériences soient faisables, tant en termes de temporalité, que de budget, et de ressources humaines. Avec ces douze expériences, nous avons pu mener un programme varié : sciences de la vie, sciences de la matière, expériences éducatives...", indique celui qui était également responsable de la dernière mission de Thomas Pesquet dans l'espace pour le CNES.

D'autant que les astronautes sélectionnés par l'ESA pour partir en mission sont parfois révélés tardivement, ce qui pousse les scientifiques à concevoir des programmes dans un délai restreint.

Des expériences qui continuent sur Terre

"Entre la conception du programme et sa réalisation, il faut compter entre un an et demi et deux ans de préparation. Nous nous assurons que l'expérience fonctionne, qu'elle apporte des données de qualité que nous pourrons par la suite collecter. Que les expériences soient physiologiques ou liées aux matériaux, elles se font sur une longue durée, et pas uniquement sur la durée de la mission de l'astronaute", rappelle Rémi Canton.

Raison pour laquelle Thomas Pesquet vient officiellement de finir sa mission, alors qu'il est de retour sur Terre depuis novembre 2021.

"Cela fait un peu plus de six mois que je suis revenu sur Terre, et c'est à peu près le temps que dure la phase d'après-mission, où l'on est livrés aux mains des scientifiques. Nous avons conclu définitivement la mission avec une dernière activité, symbolique, récemment. Nous avons accroché la plaque de notre expédition au mur du centre de contrôle à Houston (Etats-Unis)", confie Thomas Pesquet devant un parterre de journalistes.

En conséquence, les résultats des expériences menées par l'astronaute dans l'ISS ne seront pas connus avant plusieurs mois ou années.

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"Sans donner de résultats scientifiques, si je prends l'exemple du bandeau Dreem, qui est un outil récent, nous avons pu constater qu'il donnait des mesures de qualité en micropesanteur. À partir de là, nous savons donc que nous pouvons mener une étude statistique plus poussée avec plusieurs sujets", prend pour exemple Rémi Canton.

"Les sujets les plus importants pour nous sont ceux qui préparent l'exploration spatiale (radiation, suivi de santé...). D'un point de vue plus scientifique, nous avons des expériences de neuroscience par exemple, qui ont des applications vraiment intéressantes pour la médecine. Au-delà de la démonstration technologique, nous cherchons à bâtir un vrai protocole scientifique, pour avoir des mesures exploitables sur le long terme", explique le responsable du Cadmos, qui a sympathisé avec Thomas Pesquet lors de ses études à l'ISAE-SupAero, à La Tribune.

Des détails parfois difficiles à comprendre pour le grand public, et notamment les plus jeunes. C'est donc pour mettre en avant toutes les professions qui accompagnent les astronautes de l'ESA dans leurs missions, et pour expliquer la démarche scientifique qui explique l'envoi d'Hommes dans l'espace, que la Cité de l'Espace a prolongé et retravaillé son exposition temporaire dédiée à ce qu'il se passe "actuellement dans l'ISS."

Une exposition interactive à la Cité de l'Espace

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Le directeur général de la Cité de l'Espace, Jean-Baptiste Desbois, au coeur du centre de contrôle de la Cité de l'Espace (Crédits : Rémi Benoit).

L'animation immerge les visiteurs dans une salle de contrôle fictive qui suit les activités qui se déroulent dans l'ISS. Originellement lancée pour couvrir la mission "Alpha" de Thomas Pesquet, elle a finalement été reconduite pour suivre l'épopée spatiale de l'allemand Matthias Maurer (mission Cosmic Kiss du 11 novembre 2021 au 06 mai 2022) et de l'italienne Samantha Cristoforetti (mission Minerva, du 27 avril 2022 à septembre 2022).

"Il nous a semblé pertinent d'élargir le regard au-delà de cette mission, pour montrer comme l'Agence spatiale européenne est impliquée dans la station spatiale internationale", commente Jean-Baptiste Desbois.

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Le Directeur général de la Cité de l'Espace prend la pose devant l'une des animations de l'exposition (Crédits : Rémi Benoit).

Voulue interactive et immersive, l'exposition a été conçue par l'ESA, le CNES et l'entreprise Comat. Au-delà de la médiation effectuée par les salariés du site, l'exposition est adaptable et peut donc permettre de suivre les temps forts des missions et les sorties extra-véhiculaires.

La venue de Thomas Pesquet à la Cité de l'Espace était donc une bonne occasion pour le site de communiquer sur sa dernière exposition. L'événement était effectivement le premier depuis la crise sanitaire à réunir autant de visiteurs sur une même journée. Un record post-covid que le parc éducatif espère battre le 25 juin prochain à l'occasion de son 25ème anniversaire.

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