Chez Derichebourg Aeronautics, nouveau conflit social autour des salaires

Basée à Toulouse, la filiale du groupe éponyme dédiée à l'industrie aéronautique doit faire face à des débrayages de ses salariés depuis quelques jours. En cause ? La demande de revalorisation des salaires un an après l'APC qui a généré une perte de rémunération pour les effectifs du sous-traitant de rang 1. Et une guerre des chiffres divise les syndicats.

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Des salariés de Derichebourg Aeronautics se mobilisent à Toulouse pour obtenir un meilleur salaire.
Des salariés de Derichebourg Aeronautics se mobilisent à Toulouse pour obtenir un meilleur salaire. (Crédits : Rémi Benoit)

Derichebourg Aeronautics est (à nouveau) plongé dans un contexte social loin d'être idéal. Depuis quelques jours, le sous-traitant aéronautique de rang 1 fait face à des débrayages de deux heures d'un peu plus d'une centaine de ses salariés, sur les sites d'Airbus pour lesquels la société travaille en région toulousaine. À l'appel de l'Unsa Snmsac, les salariés stopperont une nouvelle fois leur activité, mardi 5 octobre, durant toute la matinée pour afficher leur mécontentement, au niveau du rond-point de la Crabe à Toulouse.

"Aujourd'hui les gens veulent retrouver leur pouvoir d'achat, avec un meilleur salaire. À côté de ça, l'entreprise Derichebourg n'a jamais été dans le rouge, bien au contraire. Actuellement, nos salaires annuels sont bien en-dessous de ce qui se fait chez nos concurrents comme AAA ou Expleo", peste Laurent Calvet, contrôleur qualité sur les lignes d'assemblage d'Airbus et délégué syndical chez Derichebourg Aeronautics.

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Ce qui a mis le feu au poudre ? Les NAO, autrement dit, les négociations annuelles obligatoires entre direction et représentants du personnel, notamment autour de la question des rémunérations. Plusieurs réunions se sont tenues sur le sujet, entre la direction de l'entreprise et Force Ouvrière, l'Unsa et la CFE-CGC, sans qu'aucun accord global ne soit trouvé.

L'APC de l'été 2020 en toile de fond

"Cela fait 18 mois que les salariés font les efforts avec une baisse des salaires pendant la crise sanitaire, on pense que cela suffit", juge Laurent Calvet. Le représentant du personnel fait référence au bras de fer social qui a secoué Derichebourg Aeronautics durant tout le premier semestre 2020, avant de mener à la signature d'un Accord de performance collective (APC), plutôt qu'un PSE.

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Un dossier qui a l'époque avait pris une dimension nationale de par le fait qu'il était le premier acteur de l'industrie aéronautique française à prendre des mesures sociales, avant même la présentation du plan de soutien national à la filière, causant une intervention publique du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, à ce sujet. Ce qui n'avait finalement rien changé.

"Nous n'avons pas touché aux salaires. Mais l'APC contient la suppression d'une indemnité illégale sur la mobilité et la restauration, aux yeux de l'Urssaf de Toulouse, versée chaque mois aux salariés. Chaque année, l'entreprise payait un redressement là-dessus", conteste Jean-Marc Moreau, le représentant FO au sein de Derichebourg Aeronautics, le syndicat majoritaire qui a voté pour l'APC et qui n'a pas suivi les débrayages récents.

Concrètement, la fin de cette indemnité a causé la perte de quelques dizaines voire centaines d'euros de "rémunération" mensuelle pour la majorité des salariés (selon les profils), bien qu'elle soit en partie compensée par l'instauration de tickets restaurants. "Précisément, cela a engendré une perte moyenne par salarié de 142,50 euros nets par mois", ajoute Jean-Marc Moreau.

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Un syndicat demande 200 euros bruts par mois supplémentaires

Ainsi, pour combler ce différentiel, l'Unsa demande, dans le cadre des NAO en cours, une revalorisation de 200 euros bruts mensuels de tous les petits salaires de Derichebourg Aeronautics. "La direction refuse cette proposition car elle dit ne pas en avoir les moyens et se dirige plutôt vers une augmentation de 50 euros", regrette Laurent Calvet.

Joint par La Tribune, la DRH de l'entreprise, Georgia Brunello-Molla, n'a pas donné suite à nos sollicitations à ce propos. "Avec 200 euros d'augmentation sur tous les salaires, on plongerait les comptes de la société dans le rouge dès 2022, avec deux millions d'euros de déficit", conteste son homologue FO.

A contrario, ce dernier se réjouit d'avoir obtenu, en plus de l'augmentation de 50 euros pour les bas salaires, une "prime Macron" de 500 euros et un nouvel accord pour un meilleur intéressement si les résultats du sous-traitant aéronautique se redressent durablement. "Nous attendons que l'accord soit écrit pour le signer", prévient même Jean-Marc Moreau, qui n'a aucune intention de rejoindre le mouvement de l'Unsa du 5 octobre au nom de FO.

Une procédure juridique toujours en cours

Bien que ce second bras de fer social semble approcher de son épilogue, puisque si FO décide de le signer en tant que syndicat majoritaire alors les NAO seront closes, le climat est loin d'être apaisé en interne.

Pour mémoire, et comme révélé par La Tribune il y a un an, l'Unsa a engagé une avocate, en l'occurence Maître Oustin-Astorg, une spécialiste des procédures collectives en entreprise. Son objectif ? Prouver une fraude au licenciement économique et transformer l'APC de Derichebourg Aeronautics en Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE). Ce qui changerait tout pour les 162 salariés licenciés pour avoir refusé d'approuver ce document et les conséquences qui en découlent comme une diminution de la rémunération. Le dénouement de la procédure pourrait intervenir en 2022.

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Avant la crise sanitaire, Derichebourg Aeronautics Services employait 1.600 personnes en France, dont 1.400 rien qu'à Toulouse, siège de cette filiale. Mais après avoir connu une chute de son activité - dépendante à 95% d'Airbus - , les effectifs sont retombés à moins de 1.200 personnes.

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