Sud-Ouest : "Météo-France a payé un lourd tribut ces dernières années"

Un rapport sénatorial publié la semaine dernière dénonce la suppression d'un quart des effectifs à Météo-France en l'espace de 10 ans. Un manque de moyens risqué à l'heure où le changement climatique requiert des expertises de plus en en plus localisées. Dans le Sud-Ouest, les centres locaux sont réduits à peau de chagrin et les prévisionnistes sont très inquiets pour leur avenir alors que le centre national envisage de recourir à une automatisation accrue des bulletins météo.

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En dix ans, Météo-France aura fermé les deux tiers de ses implantations territoriales.
En dix ans, Météo-France aura fermé les deux tiers de ses implantations territoriales. (Crédits : Rémi Benoit)

Paul* est prévisionniste depuis une dizaine d'années pour Météo-France dans les Pyrénées. "Au début, j'avais la charge d'un seul département. Au fil des réorganisations, ce territoire s'est étendu jusqu'à ce qu'on nous demande de couvrir les 20 départements du Sud-Ouest de la France", se remémore-t-il. À compter du mois d'octobre, son poste sera supprimé et il sera rattaché au centre de prévision national.

Un quart des effectifs supprimés en dix ans

Ces coupes massives dans les effectifs du centre national de prévisions météorologiques sont au coeur du rapport présenté le 22 septembre par le sénateur centriste de la Seine-Saint-Denis Vincent Capo-Canellas.

"Je suis frappé par trois chiffres. En 10 ans, l'Etat a baissé de 20% de la subvention accordée à son établissement public. Sur la même période, Météo-France a diminué de 25% son personnel, ce qui représente à peu près 600 postes supprimés. Et puis, les deux tiers des implantations territoriales auront disparu lorsque le schéma de réduction de charges sera achevé l'année prochaine. C'est considérable, cela veut dire qu'un traitement de choc a été administré à Météo-France.

En tant que membre de la commission des finances publiques, je suis très attentif à tenir les budgets. Mais dans ce cas, il ne reste plus de gras, nous sommes rendus à l'os. Raison pour laquelle il est temps de lever le pied et l'État doit redonner une bouffée d'oxygène à Météo France", plaide le sénateur.

Le constat de l'élu rejoint les revendications portées depuis des années par les représentants des salariés de Météo-France. Déjà en 2018, une grève avait été lancée pour dénoncer le risque de fermeture de cinq centres météo en Occitanie : Albi, Blagnac, Montpellier, Nîmes et Perpignan, après l'abandon des implantations à Carcassonne ou Montauban quelques années plus tôt. Au début des années 2000, Météo-France comptait encore un centre de météo locale par département.

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"Météo-France est un établissement public qui a payé un très lourd tribut ces dernières années. Les centres territoriaux vont disparaître avec la réorganisation mise en place à partir du mois d'octobre par Météo-France. Dans ces implantations, les effectifs sont passés de 190 à 60 dans le Sud-Ouest en quelques années. Seuls subsisteront des centres thématiques pour la montagne ou l'aéronautique", déplore un représentant de Solidaires-Météo.

Le groupe argue de son côté : "Météo-France restera présent à Albi avec le maintien d'un poste de référent territorial, à Blagnac avec un centre de rattachement aéronautique et un pôle de maintenance pour le réseau d'observation, à Nîmes avec un poste de référent territorial et un pôle de maintenance pour le réseau d'observation, à Perpignan avec un pôle de maintenance pour le réseau d'observation, à Foix avec la création d'une implantation rattachée au centre spécialisé montagne de Tarbes. Météo-France n'est plus présent à Montpellier." Par ailleurs, Toulouse reste un centre névralgique de Météo-France avec 1.200 agents sur un effectif national tombé à 2.600 personnes. 

Une automatisation des prévisions

Outre la centralisation des effectifs, Météo-France veut accélérer le recours à l'automatisation des prévisions.

"La direction veut automatiser les prévisions pour gagner encore des effectifs. Avant les prévisionnistes enregistraient leur bulletin météo trois fois par jour. Désormais, le bulletin disponible via les serveurs vocaux est en partie automatisé. Le message vocal est lu par un ordinateur à partir de bases de données rédigées par l'expert humain. Mais nous craignons que cela aille encore plus loin avec l'automatisation complète de ces bulletins météo dès 2023", alerte Lionel Althuser, délégué CFDT à Météo France.

Ce changement inquiète alors que les algorithmes d'intelligence artificielle commettent encore beaucoup d'erreurs. Lors d'un mouvement social en février 2018, "les bulletins météo ont été automatisés mais le supercalculateur a fourni des informations erronées. Résultat, des automobilistes ont été bloqués sur la route car il a neigé dès 200 mètres d'altitude au lieu des 1.200 mètres annoncés par le modèle informatique", rappelle le syndicaliste.

Ces bouleversements passent mal aussi à l'heure où la menace climatique se fait de plus en plus pressante.

"C'est paradoxal au moment où chacun vit les effets dramatiques du dérèglement climatique de vouloir continuer à baisser le budget de Météo-France. Nous avons aujourd'hui un besoin accru de prévisions encore plus localisées. On demande maintenant à Météo-France d'être capable de prévoir à 500 mètres près des intempéries. Et puis, il y a besoin aussi de prévisions plus tôt pour permettre un délai de prévenance plus fort dans l'organisation de la chaîne des secours", pointe le sénateur Vincent Capo-Canellas.

Maintenir le rang de la France en matière de supercalculateurs

L'élu met en exergue un dernier enjeu de taille.

"Avec l'OpenData, autrement dit la mise à disposition des données publiques, Météo-France est confronté à l'arrivée de startups sur son marché et doit faire face à la concurrence des GAFAM. Or, Météo-France est l'un des trois ou quatre meilleurs services météo au monde et il ne faut pas perdre cet avantage, c'est un élément de souveraineté nationale", poursuit-il.

Le rapport estime que pour maintenir les capacités de ses supercalculateurs au niveau des autres puissances mondiales, Météo-France va devoir investir 300 millions d'euros à l'horizon 2025.

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