AAA, Lauak : la réembauche en contrat précaire de salariés licenciés fait des vagues

Alors qu'une remontée des cadences chez Airbus se profile, certains sous-traitants aéronautiques qui avaient licencié se retrouvent en manque de bras. Dans le Sud-Ouest, la CFDT dénonce chez AAA et Lauak la réembauche en contrat précaire de salariés qui figuraient dans le plan social. Une version fermement démentie du côté de Lauak, "une entreprise familiale qui a développé l'emploi dans le Pays basque". Pour leur part, les syndicats craignent une "vague de fond" marquant "un dumping social" au sein de la filière.

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Les salariés d'AAA avaient manifesté contre le plan social en septembre dernier à Toulouse.
Les salariés d'AAA avaient manifesté contre le plan social en septembre dernier à Toulouse. (Crédits : Rémi Benoit)

"C'est ce que nous craignions dès l'annonce du plan social. Nous savions que lorsque l'activité reprendrait, elle repartirait très fort. Ce PSE représentait une réelle aubaine pour l'entreprise de baisser le coût de sa masse salariale et d'accentuer sa rentabilité", fustige Julien Da'Rolt, délégué syndical central CFDT chez AAA.

Sous-traitant pour Airbus à Toulouse et Stelia dans la Somme, Assistance aéronautique et spatiale (AAA) avait annoncé à l'été 2020 un plan de restructuration de plus de 700 postes en France qui s'est traduit par 292 départs contraints en France. Un PSE dont la validation par les services de l'État a été annulée en avril dernier.

De nouveaux contrats calqués sur les minimas

Mais depuis quelques semaines, alors qu'Airbus prévoit de redémarrer très fort avec une production d'avions jamais observée dans l'histoire de l'aviation, des salariés qui figuraient dans le plan social d'AAA sont de retour dans l'entreprise... avec de nouveaux contrats de travail.

"Depuis quelques mois, nous avons remarqué que l'intérim reprend fortement. De 90 intérimaires à la fin du plan social en octobre, nous sommes revenus à 150 personnes aujourd'hui. Nous avons aussi pu observer que des salariés placés en congé de reclassement depuis le mois de décembre ont été réintégrés ces dernières semaines sur des contrats précaires (des CDI de chantier ou de l'intérim). Parfois exactement au même poste mais avec un nouveau contrat calqué sur les minimas de la grille et perdant toute leur ancienneté malgré leur expérience", dénonce Julien Da'Rolt.

Pour le syndicaliste, l'entreprise déroge à l'usage prévu des CDI de chantier qui sont signés pour la durée d'un chantier ou d'un projet défini à l'avance : "Là, ce n'est pas le cas. Mais comme il n'y a pas de visibilité des donneurs d'ordres (Airbus, Stelia ou Dassault), notre entreprise ne prend pas le risque de refaire un CDI. De leur côté, les salariés acceptent car certains ont quasiment travaillé toute leur vie dans l'aéro et ils sont à court d'argent. En congé de reclassement, ils touchaient une allocation correspondant à 70% de leur ancienne paie."

Lauak concerné ? Le groupe dément

La CFDT a été alertée d'un scénario similaire chez un autre sous-traitant aéronautique, Lauak. Le groupe basque qui travaille pour Airbus, Boeing Dassault ou encore Bombardier a annoncé en août 2020 un plan de 200 suppressions de postes dont 120 sur son siège social de Hasparren-Ayherre (Pyrénées-Atlantiques) et 60 à l'Isle-Jourdain (Gers). La société a également fermé son site de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) pour redéployer une partie des effectifs.

 "Des intérimaires ont repris les postes des salariés licenciés et l'entreprise a proposé à certains de ses salariés licenciés d'être embauchés en tant que intérimaires", affirme Isabelle Ricard, membre de l'Union Métaux CFDT Midi-Pyrénées. Même si ce syndicat n'est pas représenté chez Lauak, il a été alerté par des témoignages d'anciens salariés.

Une version fermement contestée par le directeur général du groupe Lauak Mikel Charritton. Lauak reconnaît avoir recruté ces dernières semaines une vingtaine d'intérimaires mais dément toute réembauche d'anciens salariés et encore moins qu'une reprise rapide de l'activité était prévisible.

"Comment peut-on penser des choses pareilles ! La baisse des cadences de 40 à 50% des donneurs d'ordre a marqué une baisse de 40 à 50% de notre chiffre d'affaires. Le plan social a été décidé en mai dernier au moment où la reprise n'était pas attendue avant 2024. Airbus a annoncé une remontée des cadences tout juste fin mai."

Avant de conclure : "Lauak est un groupe familial qui existe depuis 45 ans et qui a développé l'emploi dans le Pays basque. Il n'y a pas de syndicat car nous nous entendons très bien avec le personnel."

Les syndicats craignent "une vague de fond"

Du côté des syndicats, on campe sur ses positions.

"On a vraiment l'impression d'un dumping social. Mais pour le moment nous n'arrivons pas à savoir s'il s'agit seulement de ces deux entreprises ou s'il existe un mouvement de fond et l'ampleur de son étendue", ajoute Isabelle Ricard qui a lancé un appel pour recueillir d'autres témoignages dans la filière.

De son côté, Julien Da'Rolt craint lui aussi ce "dumping social" avec également des salariés licenciés embauchés à moindre coût chez d'autres sous-traitants. "C'est l'ensemble de la filière qui réagit ainsi. Des anciens de AAA qui étaient en CDI avec 2.000 euros de salaire sont recrutés par Laroche Industries, Figeac Aéro, Daher ou ailleurs. Ils restent dans la filière aéronautique mais avec des contrats plus précaires et avec des salaires plus bas." Il regrette par ailleurs que l'APLD (activité partielle de longue durée) n'ait pas pu être mise en place au sein de son entreprise.

Contactée par La Tribune, la direction de AAA n'a pas souhaité pour le moment réagir sur le sujet.

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Commentaires 2
à écrit le 13/06/2021 à 20:09
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Je vote pour Eric Zemour

à écrit le 11/06/2021 à 19:08
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Rien d'étonnant, c'est bien l'un des objectifs de cette pandémie : supprimer les classes moyennes, appauvrir les français (Macron avait déjà bien commencé le travail) pour les maintenir en servitude, supprimer les acquis sociaux, les droits reunion...

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