Automobile : la SAM, dans l'Aveyron, bientôt reprise par une autre fonderie française ?

En redressement judiciaire depuis décembre 2019, la fonderie automobile de la SAM est dans l'attente d'un repreneur après l'abandon récent de l'unique candidat. Mais coup de théâtre, le propriétaire d'une fonderie française va se porter officiellement candidat à la reprise du site aveyronnais. Il confie ses intentions dans La Tribune.

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La fonderie aveyronnaise de la SAM bientôt reprise par un industriel français ?
La fonderie aveyronnaise de la SAM bientôt reprise par un industriel français ? (Crédits : Pierrick Merlet)

Sale temps pour les fonderies françaises (principalement liées à l'industrie automobile), qui ont accumulé en quelques semaines les mauvaises nouvelles. L'unique producteur de jantes en aluminium français, Alvance aluminium Wheels, et la Fonderie de Bretagne, filiale de Renault, ont été placées en redressement judiciaire en l'espace de quelques jours.

Plus au sud de la France, et tout particulièrement dans l'Aveyron, la fonderie de la SAM, installée à Decazeville, est à l'arrêt depuis le 14 avril. Et pour cause, la fonderie - spécialisée dans la conception et le production de composants en aluminium notamment pour les véhicules électriques et hybrides - n'a officiellement plus de repreneur potentiel. Placée en redressement judiciaire en décembre 2019, les représentants des 364 salariés du sous-traitant automobile ont appris le retrait de l'unique candidat espagnol, CIE Automotive. Valable du 8 mars au 8 avril, l'offre de reprise a été retirée à l'issue de négociations tripartites entre ce groupe industriel, les syndicats et Renault, client ultra-majoritaire de la SAM.

Lire aussi : La SAM, l'autre désastre industriel de l'Aveyron. Reportage

"Ils ont décidé de ne pas prolonger leur offre car ils estiment que les parties prenantes du dossier ne jouent pas le jeu de leur offre. Mais nous avons fait quatre réunions de trois heures avec leurs représentants et il n'y avait aucun moyen de négocier ! Ils sont restés camper sur les 170 emplois repris. Par ailleurs, c'était le flou sur le projet industriel pour lequel nous n'avions aucune réponse à nos questions", raconte Sébastien Lallier, représentant CGT et secrétaire du CSE de la SAM.

Débat sur le nombre d'emplois sauvés

Sans savoir les réelles intentions de CIE Automotive qui n'a jamais communiqué dans cette affaire, plusieurs points peuvent justifier cet échec des négociations. Tout d'abord, les salariés ont voté en assemblée générale début mars la volonté d'accepter aucune offre inférieure à 300 emplois voire 250 repris. Un effort jugé "important" par les syndicats dans un ancien bassin minier où les perspectives d'emploi sont peu nombreuses.

Par ailleurs, et c'est ce qui justifie l'ambition des représentants du personnel, le constructeur automobile français Renault (qui assure plus de 98 % des commandes du site ruthénois) s'est engagé à donner à la SAM dix millions d'euros de chiffre d'affaires supplémentaires une fois qu'un repreneur sera trouvé. Ce qui ferait un total de 40 millions d'euros annuel pour la fonderie aveyronnaise. "C'est ce qu'il nous faut pour atteindre le point mort, l'équilibre", précise Sébastien Lallier, qui s'appuie le rapport d'un expert-comptable mandaté par le CSE. Seulement, en contrepartie, le candidat espagnol voulait mettre fin à l'activité dite en interne de "quincaillerie", la production de petites pièces de moins de six kilos. Au cours des négociations, le potentiel repreneur a fait part de son intention de rapatrier cette production en Espagne, alors que cette activité rapporte entre six et huit millions d'euros par an au site. Une telle décision aurait de nouveau menacé l'équilibre financier de la SAM.

Le non-déblocage de ces points de friction entre les trois acteurs des négociations et l'arrêt de ces dernières ont généré une vive colère sur le territoire. En plus du blocage de l'usine à durée indéterminée, deux manifestations, mardi 20 avril et dimanche 25 avril, ont réuni entre 2.000 et 3.000 personnes inquiètent pour l'avenir de leur fonderie historique.

"À ce stade, il est nécessaire de nous rencontrer pour imaginer d'autres options pour la SAM et ses salariés. Si nous n'ignorons rien des mutations auxquelles est confronté le secteur automobile et celui du diesel, nous sommes néanmoins convaincus de la qualité de l'outil de production que représente la SAM et de sa capacité d'adaptation à ces mutations profondes. L'avenir de notre industrie passe par une mobilisation collective", a notamment interpelé la présidente du conseil régional d'Occitanie, Carole Delga, dans un récent courrier adressé au Premier ministre, Jean Castex.

Lire aussi : Automobile : peut-on encore sauver les fonderies françaises ?

Vers une reprise par un ancien dirigeant ?

L'autre option providentielle espérée par la présidente de région pourrait venir du département du Loiret. À l'occasion d'une rencontre avec le ministre délégué chargé des Comptes publics, Olivier Dussopt, un industriel local lui a tout récemment fait part de son intention de se porter candidat à la reprise de la SAM. Celui-ci n'est pas un inconnu pour cette dernière car il s'agit de Patrick Bellity, le PDG du groupe Alty. Jusqu'en 2016, l'homme était dirigeant au sein du groupe Arche. Pour mémoire, cette entité a détenu la fonderie automobile de la SAM jusqu'en 2016, avant de la vendre en 2017 au chinois Jinjiang suite à un redressement judiciaire.

"J'ai dirigé et développé la SAM de 1998 à 2016. Aujourd'hui, je suis intéressé par ce sauvetage car je ressens comme un devoir de regarder ce dossier. Par conséquent, j'espère pourvoir assez rapidement réaliser un audit industriel, avant de faire une offre le 17 mai au plus tard, comme il a été convenu avec l'administrateur judiciaire", commente Patrick Bellity, joint par La Tribune.

Surtout, celui qui est dans le métier de la fonderie "depuis 38 ans", y voit un intérêt pour ses activités actuelles. Aujourd'hui, l'industriel est propriétaire de la fonderie Sifa Technologies à Orléans et il y voit une complémentarité avec celle de la SAM.

"Le but est d'avoir une consolidation de fonderies complémentaires. C'est d'ailleurs tout l'enjeu des fonderies françaises au regard du contexte. La fonderie aveyronnaise de la SAM est complémentaire de ma fonderie à Orléans. Je suis bien placé pour connaître le potentiel de cette usine industrielle et la valeur de son savoir-faire", ajoute le dirigeant.

Pas encore informé officiellement de cette démarche, les syndicats attendent désormais la tenue d'une réunion dans les prochains jours avec les administrateurs judiciaires pour acter cette intention de reprise. Mais le temps presse. La prochaine audience au tribunal de commerce de Toulouse, fixée au 21 mai, doit permettre l'examen d'un plan de redressement de la SAM. Le compte-à-rebours est lancé, sous peine d'un nouvel accident industriel majeur dans l'Aveyron.

Lire aussi : Usine Bosch de Rodez : le site maintenu avec 700 emplois supprimés (sur 1.200)

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Commentaires 2
à écrit le 29/04/2021 à 12:56
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Les constructeurs auto Français ne jouent plus depuis longtemps le jeu de la production locale en soutenant les fournisseurs français. C'est criminel et scandaleux...Qu'ils ne s'étonnent pas que les acheteurs préfèrent acheter du made in Germanie (et...

le 29/04/2021 à 18:54
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Ds le made in Germany, c'est essentiellement du premium dt il n'y a quasiment pas l'équivalent en France ( même la DS9 dt les ventes prévues st confidentielles, est entièrement importée de Chine). Par contre, la plupart des composants des plateforme...

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