À Toulouse, la télé locale TLT est en liquidation judiciaire et cesse d'émettre à minuit

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TLT cessera d'émettre le 3 juillet à minuit
TLT cessera d'émettre le 3 juillet à minuit (Crédits : Rémi Benoit)
Sans surprise, la chaîne toulousaine TLT a été placée ce vendredi 3 juillet en liquidation judiciaire par le Tribunal de Commerce de Toulouse. Depuis un plan social drastique en 2008, la chaine locale créée par Dominique Baudis en 1988 n'a jamais réussi à éponger ses dettes. À minuit, TLT cessera d'émettre, laissant 20 salariés au chômage.

Une autre issue aurait été surprenante. TLT (Télé Toulouse) cessera d'émettre ce soir à minuit pour laisser place à un écran noir. La chaine a été placée ce vendredi 3 juillet en liquidation judiciaire par le Tribunal de Commerce de Toulouse, qui avait déjà repoussé cette échéance deux fois. La chaine locale croulait sous une dette d'1,6 million d'euros et un déficit de 200 000 euros.

Les 20 salariés devraient néanmoins se rendre au bureau (situé au pied de l'Arche Marengo) jusqu'à ce qu'ils reçoivent leur lettre de licenciement. Le PDG de la chaine depuis 2013, Emmanuel Schwartzenberg, ne souhaite pas s'exprimer pour le moment. TLT faisait partie des 48 chaînes locales françaises autorisées par le CSA. Selon Jean-Marie Belin, président de CTV ( principal actionnaire de TLT, représentant la Mairie) : "quatre télévisions locales, du même type, ont éteint leurs écrans depuis un an en France".

Reclassement des salariés

L'avenir de TLT a largement mobilisé les politiques ces derniers mois. Ainsi, le conseiller municipal EELV Antoine Maurice a adressé une lettre au maire LR (ex-UMP) Jean-Luc Moudenc :

"Je lui ai demandé de tout faire pour accompagner 
le reclassement des salarié-e-s de TLT, en vertu de la responsabilité sociale que confère à la Ville son statut d'actionnaire".

À ce sujet, on sait déjà que sur les 20 salariés de la chaine, une douzaine d'entre eux a fait personnellement la démarche de solliciter la Mairie et la Métropole pour trouver un emploi dans les différents services, notamment à la communication. Une option à laquelle Jean-Luc Moudenc serait favorable.

Néanmoins, précise l'adjoint aux Finances de Jean-Luc Moudenc, Sacha Briand :

"Un reclassement au sens juridique s'applique dans un groupe et TLT ne fait pas partie d'un groupe. Les collectivités n'ont pas d'obligation de reclasser les salariés de TLT. Évidemment, si des postes se libèrent, leurs CV seront regardés avec une attention particulière".

Dans un communiqué de presse publié aujourd'hui, le maire a d'ailleurs écrit : "Je demande que le personnel bénéficie des meilleures conditions de départ possibles."

Jean-Luc Moudenc accusé

 Dans le "dossier TLT", auquel Jean-Luc Moudenc a dû faire face dès son élection il y a plus d'un an, le maire est la cible de nombreuses attaques. Il est accusé par l'opposition -et par les salariés- d'avoir voulu faire couler la chaine, qui coûterait trop cher à la Mairie.

Aujourd'hui encore, le conseiller municipal Antoine Maurice estime que : "Jean-Luc Moudenc 

n'aura même pas essayé". Selon Gérard Onesta, candidat EELV aux régionales, "le constat de non-viabilité

 économique de TLT dans son format actuel était largement partagé. Encore aurait-il fallu que la

 Ville de Toulouse, actionnaire principale de TLT via la SEM CTV, sorte de son attentisme".

Pierre Cohen, ancien maire de Toulouse et porte-parole des socialistes au Conseil municipal écrit quant à lui : "Nous sommes déçus que la municipalité n'ait pas su porter un projet pour notre télévision locale, prête à un nouveau départ."

Dans un communiqué de presse, Jean-Luc Moudenc répond :

"Jusqu'au bout, nous nous sommes efforcés de trouver des solutions de redressement des comptes de la chaîne, mais les financements de la Ville de Toulouse, de sa Métropole ainsi que de la Région, ne suffisaient pas pour la désendetter. Elle était, depuis quelques mois maintenant, à bout de souffle financièrement.

L'adjoint aux Finances, Sacha Briand, ajoute :

"Je comprends l'amertume, mais faire porter la responsabilité de cette liquidation à Jean-Luc Moudenc est faux et dommageable. Jamais Jean-Luc Moudenc n'a manqué au soutien de TLT. Il a fait renouveler les COM (contrat d'objectifs et de moyens) de la Ville et de la Métropole. Je rappelle que le problème de TLT n'est pas le manque de soutien des collectivités mais un manque de recettes et un modèle économique obsolète".

En effet, depuis 2013 et la rupture du contrat de régie publicitaire avec La Dépêche du Midi, il n'y a plus de service commercial à TLT.

Néanmoins, si la Mairie de Toulouse a reconduit au printemps dernier le COM qui la lie à TLT, elle a aussi diminué le montant de cette subvention. Une décision assumée à l'époque par le directeur de cabinet Antoine Grezaud (qui a quitté ses fonctions hier). Il déclarait le 28 janvier : "Oui, nous avons diminué l'aide financière, mais la question se pose à nous, comme à la Région : TLT peut-elle fonctionner quasi exclusivement avec de l'argent public ?"

Selon Sacha Briand, la Ville de Toulouse, toute municipalité confondue, a versé 17 millions d'euros à TLT depuis 1988.

Le président du Conseil régional Midi-Pyrénées Martin Malvy (qui n'était pas actionnaire de la chaine mais était lié à TLT par un COM) affirme dans un communiqué que "derrière la disparition d'un média il y a toujours des problèmes d'équilibre budgétaire. Ils ne sont pas synonymes de mauvaise gestion mais d'un modèle économique qui change et met à mal des systèmes qui ne sont hélas pas en mesure de s'adapter."

Pour Jean-Marie Belin, président de CTV, une question se pose au-delà des responsabilités de chacun :

"Comment a-t-on pu en arriver là, alors que TLT était une des télévisions locales privées les mieux financées dans ce pays ? Une télévision qui vit à ce point de l'argent public n'est légitime que si les téléspectateurs, ou les contribuables, sont au rendez-vous de l'audience, chacun sait qu'elle n'était même plus mesurable..."

Des repreneurs pour la fréquence ?

 Avec la liquidation de TLT, la fréquence TNT est laissée vacante et le CSA devrait la soumettre à un appel d'offres dans peu de temps. Ainsi, d'éventuels repreneurs pourraient se manifester, peut-être la semaine prochaine. Pour Sacha Briand, "c'est effectivement le moment de renouer des contacts, qui je l'espère, aboutiront positivement ".

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Commentaires
a écrit le 04/07/2015 à 7:49 :
Cette fermeture est bien regrettable.
Il y a à mon avis un peu trop de chaînes de télévision françaises, TLT méritait de durer, elle était complémentaire de FR3.
J'ai regretté que TLT ne soit pas visible de partout avec le satellite.
J'ai bien apprécié le documentaire sur le Ségala lotois, commenté par Anne Oriol, qui est ma région d'origine et que je n'avais pas vu même en image depuis 40 ans. Les granges étables sont typiques de cet endroit, le climat y est rude.
Je ne peux qu'émettre la meilleure chance de reclassement aux salariés de TLT.
a écrit le 03/07/2015 à 18:00 :
Enfin un article bien renseigné et objectif sur ce sujet que certains ont voulu monter en épingle. (Et qui fait suite à la chronologie très juste parue mercredi.)
On a quand même du mal à imaginer que des employés d'un média audiovisuel (et en particulier des "journalistes" !) demandent à être "reclassés" dans une structure municipale au prétexte que l'entreprise était subventionnée par des deniers publics. Drôle de conception du journalisme qui peut s'acoquiner avec la communication, mais il est vrai que cela se pratiquait largement à TLT.
A cet égard cependant, la réponse de S. Briand est plus que fondée. De plus, quand on voit comment le Capitole a été traité dans les commentaires, en particulier ceux de Mme Oriol, on a du mal à imaginer qu'ils prêtent une oreille attentives à ces doléances.
Il me semble en revanche tout à fait pertinent que JM Belin souligne le fait que le public n'était pas au rendez-vous, mais cela ne semble pas avoir effleuré les désormais anciens employés qui ne devaient plus se rendre compte de la médiocrité de leurs productions. En l'état, TLT n'aurait mérité qu'une diffusion Web, certainement pas sur un "canal de plein exercice", comme le prévoyait la loi sur les télévisions privées.
Tout cela ne fut qu'une vaste fumisterie.
Réponse de le 03/07/2015 à 18:52 :
Monsieur
Il est toujours facile en courageux pseudonyme anonyme de venir déverser son venin sur 20 salariés licenciés. Je n'ai pas pour habitude de demander un droit de réponse mais j'aimerai qu'on me prouve et démontre que 12 salariés sont allés quémander un emploi à JL Moudenc. Les salariés savent que des reclassements se feront dans un cadre juridique, aussi cette assertion des "12 judas de la Cène" nous a bien fait rire à défaut de nous faire pleurer. Le concours d'inélégance continue, on estbien loin de la pugnacité élégante de Dominique Baudis.On se demande qui est véritablement "le maire" du Capitole quant on voit dans cet article que JLMoudenc "approuverait des reclassements au Capitole" et M. Briand de dire le contraire et de s'y opposer. Je vous souhaite un bon week end Monsieur Anonyme et de grâce lâchez les salariés de TLT assez éprouvés comme cela.

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