TLT : les salariés refusent la liquidation de l'entreprise

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Strange Enquête, l'un des quatre groupes qui se sont succédés sur scène lors de ce concert de soutien
Strange Enquête, l'un des quatre groupes qui se sont succédés sur scène lors de ce concert de soutien (Crédits : Lucile Cantet)
TLT veut vivre. Hier mercredi 20 mai au soir, à la Dynamo, les salariés de la télévision locale toulousaine ont organisé une soirée de soutien pour la chaîne. En effet, le 29 mai prochain, le média risque la liquidation judiciaire devant le tribunal de commerce de Toulouse. L'organe de presse accuse une dette d'1,6 million d'euros et sa trésorerie est exsangue. Journalistes et techniciens ne se sentent pas soutenus par la Mairie, qui de son côté estime que le modèle TLT n'est plus le bon.

Les groupes se succèdent sur scène, le lieu est chaleureux, mais dans la salle, on hésite un peu à faire la fête. Hier soir à la Dynamo, une centaine de personnes est venue soutenir les salariés de TLT, organisateurs de la soirée. Parmi elles, plusieurs élus.  Jean-Luc Moudenc était représenté par son adjoint Pierre Esplugas et son directeur de cabinet Antoine Grezaud. L'ancien maire PS Pierre Cohen était présent, de même que le candidat EE-LV aux régionales Gérard Onesta. Bernard Keller, maire de Blagnac, s'est fait représenté par sa chargée de communication Élisabeth Galaup.
Le PDG de TLT, Emmanuel Schwartzenberg, est également venu.

Un repreneur ?

"Cette soirée nous l'avons voulue pour faire connaître la situation de TLT aux Toulousains. Beaucoup pensent que l'on a disparu ou au contraire que tout va bien", explique Jérôme Bolloch, journaliste à TLT et organisateur de la soirée.

Chez la vingtaine de salariés, l'inquiétude monte. Tous ont à l'esprit le 29 mai prochain, date de la prochaine audience devant le tribunal de commerce de Toulouse. L'échéance se rapproche et, avec elle, la possible liquidation judiciaire de la télévision locale. Mais cette liquidation, les salariés n'en veulent pas, car ils craignent qu'elle aboutisse à la mort de la chaîne, même si un repreneur se présente.

"Le repreneur nous dira qu'il veut garder 12 personnes et puis, dans un an, nous ne serons plus que 5. C'est ce qui s'est passé à Marseille avec LCM", redoute Anne Oriol, représentante du CE et déléguée syndicale SNJ.

Selon nos informations, le seul repreneur qui se serait manifesté via une lettre d'intention est justement Christophe Musset, directeur du groupe Médias Sud, propriétaire de LCM. "Mais on ne sait pas ce qu'il peut se passer le 29 mai, un autre repreneur pourrait sortir du chapeau", confie un salarié de TLT.

La fréquence devrait être renouvelée par le CSA

Depuis quelques mois, les conditions de travail se sont dégradées, la chaîne n'a plus de voiture, ni de maquilleuse. "Nous travaillons avec des bouts de ficelles", raconte Jean-Luc Fouillac, directeur technique de TLT. Le trou dans la trésorerie se creuse, et la dette globale atteint 1,6 million d'euros.

Mais, malgré la situation très tendue, quelques bonnes nouvelles sont tombées. Les COM (Contrats d'objectifs et de moyens) ont été reconduits avec la Région et la Métropole. De son côté, le CSA aurait confirmé vouloir renouveler la fréquence, "preuve que nous remplissons notre mission" clament les salariés, mais cette annonce n'a pas encore été officialisée en séance plénière.

Selon une source proche du dossier, cette "non-officialisation" du CSA pousserait Toulouse Métropole à reculer le premier versement d'argent. Le COM, voté début avril à l'unanimité du Conseil métropolitain, n'aurait toujours pas été signé. Selon ce contrat, TLT devrait toucher 400 000 euros au titre de l'année civile 2015-2016.

Un autre mode de diffusion ?

Dans la salle de la Dynamo hier soir, Pierre Esplugas représentait le maire Jean-Luc Moudenc, en déplacement à Paris. L'adjoint à la Culture n'a pas souhaité s'exprimer sur cet aspect financier mais, pour lui, la liquidation judiciaire peut être une solution.

"Si c'est le prix à payer, pourquoi pas ? Nous avons soutenu TLT en cherchant des repreneurs depuis un an. Mais on ne peut pas soutenir une télévision locale pour le plaisir, il faut des résultats."

Pour l'élu, la situation économique n'est pas le seul problème. "C'est la forme et le modèle de diffusion qui n'est peut-être plus le bon. L'écran d'ordinateur est devenu la nouvelle télévision."

Pour les salariés la solution est ailleurs. "Il faut embaucher des commerciaux." Depuis 2013 et la rupture du contrat de régie publicitaire avec La Dépêche du Midi, il n'y a plus de service commercial à TLT.

Prochaine échéance le 29 mai

Au fil de la soirée, l'ambiance s'est détendue. Sur scène, le groupe El Gato Negro fait danser le public. "Notre passage sur TLT, il y a 3 ans, a eu de vraies répercussions. Nous avons besoin de TLT. C'est essentiel pour la culture locale", explique Axel Matrod, le fondateur du groupe toulousain.

Le 29 mai prochain, la plus ancienne télévision locale de France, fondée en 1988, sera fixée sur son sort devant le tribunal de commerce de Toulouse. Plusieurs scénarios existent, théoriquement : la liquidation simple, la liquidation avec poursuite d'activité pendant trois mois (le temps de trouver un repreneur), la non-liquidation, et la location-gérance (un repreneur prend la gérance de la société et en devient propriétaire au bout d'un certain temps).

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