Ski : malgré l'inflation, les stations des Pyrénées battent des records de réservation

Avec la flambée des coûts de l'énergie, les stations de ski des Pyrénées s'attendent à un doublement voire un triplement de leur facture d'électricité dès début 2023. Cette hausse n'est répercutée que très légèrement sur les prix des forfaits, les exploitants misant sur de nombreuses mesures de sobriété pour absorber en partie le choc : dameuses intelligentes, moindre vitesse des remontées mécaniques, production raisonnée de la neige de culture... L'inflation n'affecte pas en tout cas les réservations qui affichent même des niveaux records dans certaines stations des Pyrénées.
(Crédits : Altiservice)

Les stations de ski n'ouvriront pas avant début décembre mais Akim Boufaïd est très confiant sur la saison à venir. Le directeur de Saint-Lary, le plus grand domaine skiable des Pyrénées françaises avec plus de 100 km de pistes, affiche « un record de réservations » : « Nous avons 20% de réservations en plus par rapport à la mi-novembre 2021 dont déjà plus de 30.000 forfaits ski.» Déjà la saison dernière, Saint-Lary avait culminé à un niveau inédit de plus de 630.000 journées-ski et 19 millions d'euros de chiffre d'affaires grâce à un excellent enneigement. À Font-Romeu, la station observe plus d'un mois d'avance sur les réservations comparé à 2021.

Du côté de N'Py, le réseau le plus puissant des Pyrénées qui regroupe sept stations (dont Peyragudes et le Grand Tourmalet) pour 64 millions d'euros de chiffre d'affaires et 2,1 millions de journées-ski sur la dernière saison, on enregistre également une hausse de 8% des réservations par rapport à l'année passée.

Une facture d'électricité doublée voire triplée

De bonnes perspectives économiques malgré une flambée des coûts de l'énergie qui n'épargne pas le secteur de la montagne. « Notre contrat d'électricité arrive à échéance en décembre et dès 2023, notre facture va être doublée. L'électricité va passer de 3% à 6% de notre budget global », note Yves Rougier, PDG d'Altiservice, qui exploite les stations de Saint-Lary et de Font-Romeu. « Notre facture d'électricité devrait passer de 500.000 euros à plus d'un million par an », précise Akim Boufaïd.

Chez N'Py aussi on craint une flambée de la facture pour le prochain contrat annuel d'électricité. « La hausse de l'électricité pourrait être multipliée par trois dès 2023 en passant de +5 à +15% », alerte Régis Lignon, directeur général délégué de la Compagnie des Pyrénées qui accompagne les stations du réseau N'Py.

Un impact limité sur le prix des forfaits

Pour autant, cette hausse des coûts de l'énergie ne sera répercutée que très partiellement sur les prix des forfaits. À Saint-Lary, le forfait va augmenter de trois euros (49 euros la journée) et d'un euro à Font-Romeu (43,50 euros).

Sur le réseau N'Py, les tarifs sont revus à chaque printemps. « La station de Luz Ardiden n'a pas augmenté ses tarifs, dans d'autres domaines les prix ont augmenté de 5%», précise Guillaume Roger, directeur opérationnel du groupe N'Py/Compagnie des Pyrénées.

Il faut dire que depuis des années les stations de ski des Pyrénées sont habituées à se serrer la ceinture. Et ces dernières n'ont pas attendu que le coût du mégawattheure franchisse le seuil des 1.000 euros fin août ou les préconisations gouvernementales pour engager des mesures de sobriété énergétique. « Depuis 2008, nous avons divisé par deux nos besoins en eau pour produire de la neige de culture de manière raisonnée », souligne Jacques Alvarez, directeur de Font-Romeu, domaine qui a besoin de 500.000 m3 d'eau pour assurer la saison. Et puis il y a deux ans, les Domaines Skiables de France se sont lancés dans 16 éco-engagements avec notamment un usage raisonné des remontées mécaniques.

Dameuses intelligentes et remontées mécaniques ralenties

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Ces dernières représentent encore l'un des principaux postes de dépense énergétique des stations. « Aujourd'hui, l'éclairage et le chauffage de nos bâtiments ne représentent seulement 6% de nos consommations, les remontées mécaniques pèsent 44% et la gestion du manteau neigeux représente 50%», résume Régis Lignon. Pour faire des économies, la Compagnie des Pyrénées a mis en place un plan de sobriété avec une diminution de la température du chauffage dans ses bâtiments, une concentration de l'activité des remontées mécaniques en fonction de la fréquentation des skieurs et une meilleure optimisation de la production de neige de culture.

À Saint-Lary, depuis la saison dernière, le domaine est équipé de dameuses intelligentes. « Les engins sont équipés de radars capables de mesurer au centimètre près l'épaisseur du manteau neigeux. La géolocalisation de la dameuse évite aussi de passer deux fois au même endroit », précise Akim Boufaïd. Les deux stations du réseau Altiservice espèrent aussi réaliser des économies d'énergie grâce à un ralentissement des remontées mécaniques. « En réduisant leur vitesse d'un mètre par seconde, on peut réaliser 10% d'économies d'énergie sans affecter l'activité des skieurs », pointe Yves Rougier. À moyen-terme, les domaines aimeraient soutenir l'émergence de dameuses à hydrogène pour réduire l'usage des énergies fossiles en montagne.

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Commentaires 2
à écrit le 16/11/2022 à 8:37
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Les canons à neiges vont dégueuler bon train. Ca commence à devenir vraiment triste cette économie.

à écrit le 15/11/2022 à 21:02
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Reste le problème de l'enneigement. Quant à penser que la "neige de culture" est la panacée pour pallier le manque, c'est illusoire à long terme. Vu les températures actuelles et pas un Cm de neige au 15 Novembre, la saison est mal engagée.

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