La Garonnette s'impose à Toulouse avec 8.000 litres de bière produits chaque mois

À Toulouse, la micro-brasserie La Garonnette gagne chaque année en popularité. Créées dans un garage familial de Montauban, les premières recettes de bière de Benjamin Serralta et Jonathan Bois n’étaient pourtant pas destinées à être consommées par le plus grand nombre. La Tribune raconte l’histoire entrepreneuriale qui explique la montée en puissance de cette brasserie artisanale, dont la dernière création vient d’être récompensée au concours international de Lyon 2022.

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Benjamin Serralta (à gauche) et Jonathan Bois sont les co-fondateurs de la brasserie artisanale Toulousaine La Garonnette.
Benjamin Serralta (à gauche) et Jonathan Bois sont les co-fondateurs de la brasserie artisanale Toulousaine La Garonnette. (Crédits : Rémi Benoit)

"Nous avons voulu que La Garonnette soit un produit de la rue. Notre idée, c'était de s'implanter aux moindres recoins de Toulouse pour que le nom parle aux Toulousains", explique à La Tribune le co-gérant de La Garonnette, Benjamin Serralta.

Jonathan Bois et Benjamin Serralta sont les fondateurs de la micro-brasserie Toulousaine La Garonnette, en activité depuis 2015. Leur gamme de bières, qui comprend les classiques blonde, blanche, ambrée, s'est peu à peu étendue pour accueillir plusieurs créations originales, le plus souvent saisonnières. La dernière en date, une bière IPA (Indian Pale Ale - volume en houblon plus important pour une saveur forte), a été récompensée en mars par une médaille d'or au concours international de Lyon 2022. Un coup de projecteur sur leur société forcément bienvenu.

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La dernière création de La Garonnette, une bière IPA, a été récompensée d'une médaille d'or au concours international de Lyon 2022 (Crédits : Rémi Benoit).

"Cela a eu un impact sur nos clients, puisque plusieurs ont voulu la goûter et l'ajouter à leur carte, de façon occasionnelle ou pérenne. Et puis, c'est gratifiant que notre bière soit reconnue par des professionnels", commente Benjamin.

D'autant qu'à l'origine, ces entrepreneurs se sont improvisés brasseurs dans le garage familial de Jonathan, à Montauban, une fois leurs études terminées.

Du garage familial à la brasserie professionnelle

Loin des podiums des concours, ils cherchaient surtout à produire leur propre bière pour leur consommation personnelle, une fois la semaine achevée. Les copains d'enfance, l'un diplômé en informatique, l'autre en ingénierie thermique, faisaient uniquement cela pour le plaisir, comme aime le rappeler Benjamin, désormais responsable des ventes de La Garonnette. Puis l'animation du samedi soir a pris un autre tournant.

Jonathan Bois passe par la case chômage, et cherche donc à rebondir. Il devient autoentrepreneur en 2015. Pendant deux ans, il retravaille les recettes et vend les premiers lots. Il est épaulé par Benjamin, qui l'aide sur son temps libre, avant de le rejoindre à temps plein en 2017. Leur bière a désormais un nom, La Garonnette (ancien bras de la Garonne), et des ambitions qui n'ont plus rien à voir avec leurs objectifs initiaux. Sentant le vent tourner, leur activité s'est professionnalisée au moment où les brasseries artisanales ont connu un nouveau souffle dans l'Hexagone.

"Une nouvelle brasserie ouvrait chaque jour en France. C'était donc dans la mouvance, c'est un produit qui nous plaisait, et le côté artisanal nous allait bien à tous les deux", raconte Benjamin.

Depuis, les entrepreneurs ont changé de local à trois reprises pour augmenter leur capacité de production.

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Jonathan Blois (à gauche) et Benjamin Serralta posent fièrement devant leurs cinq fermenteurs (Crédits : Rémi Benoit).

Le dernier en date, basé à Toulouse, a nécessité un investissement de 300.000 euros. Il est équipé de trois cuves de brassage, cinq fermenteurs isobare et une ligne d'embouteillage, pour environ 8.000 litres de bière produits chaque mois. De quoi répondre à la demande croissante des habitants de la Ville rose, cible privilégiée des fondateurs.

"Nous voulons être la bière des Toulousains"

Car outre le nom de la marque qui parlera forcément aux Toulousains, la microbrasserie s'est évertuée à proposer un produit auquel son public peut s'identifier. La charte graphique a été conçue par les designers toulousains de Studio Vost. Sur les étiquettes, les bâtiments emblématiques de Toulouse, de l'hôpital La Grave à la basilique Saint-Sernin, sont présentés sous différents coloris. Une bière Toulousaine, qui ne s'adresse qu'aux Toulousains.

"Avec La Garonnette, on souhaite rester sur Toulouse, s'adresser aux habitants de l'agglomération. Si l'on doit s'essayer à un autre marché, nous le ferons avec une marque nationale. Notre idée c'est d'abord d'avoir une entreprise qui tourne, qui nous procure du plaisir. Ce n'est pas de faire des millions d'euros", explique à La Tribune Benjamin Serralta.

Pour séduire ces habitants, la société affirme avoir voulu proposer une bière populaire, accessible à tous les budgets, sans rogner sur la qualité. Un équilibre peu évident à maintenir en cette période de crises multiples. Avec l'inflation, le prix de vente payé par le consommateur a augmenté de 5 %, car les coûts de production s'embrasent. Une première depuis cinq ans pour la marque, qui tente tant bien que mal de rivaliser avec les mastodontes du secteur.

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L'orge utilisé pour la fabrication des bières de La Garonnette est produit dans le centre de la France (Crédits : Rémi Benoit).

"La sécurisation de nos approvisionnements, c'est une problématique dont on se rend compte depuis le covid. La guerre en Ukraine renforce notre volonté. Si l'Ukraine ne produit plus d'orge, les industriels iront le chercher en France, et les microbrasseries comme la nôtre passeront à la trappe. Nous cherchons donc à relocaliser", indique le dirigeant qui fait appel à des producteurs d'orge et de malt français, et se fournit en houblon auprès de l'Allemagne, l'Angleterre et les Etats-Unis (à défaut de pouvoir faire mieux pour l'instant - voir encadré).

La crise sanitaire a pourtant eu, à l'inverse de beaucoup d'autres brasseries artisanales, un effet positif sur la notoriété et les ventes de La Garonnette.

Avec le covid, des ventes qui grimpent en GMS

Car les dirigeants ont adopté sans le savoir une stratégie de distribution qui leur a été bénéfique pendant la crise. Ils réalisent effectivement 90 à 95 % de leur chiffre d'affaires en BtoB, et environ 75 % de cette somme provient des GMS (grandes et moyennes surfaces). Les bières La Garonnette sont effectivement distribuées dans 80 supermarchés de l'agglomération.

"Pendant le confinement, il n'y avait pas grand chose à faire, si ce n'est descendre à la supérette du coin et acheter de quoi boire. Le covid a eu pour effet de faire prendre conscience à tout le monde de notre dépendance aux autres pays. Cela a favorisé l'achat d'une bière locale comme La Garonnette, plutôt qu'une Heineken. Dans notre cas, cela s'est donc plutôt bien passé parce qu'on ne travaillait pas qu'avec des bars et des restaurants", se réjouit le chef d'entreprise, qui réalise 25 % de son chiffre d'affaires dans ces établissements.

Porté par leur bière blonde, qui représente 40 % du volume de production, le chiffre d'affaires de la société est en constante augmentation depuis 2019. De 160.000 euros, il est passé à 240.000 euros en 2020, et 350.000 euros en 2021. Le demi-million d'euros devrait être atteint à l'issue de cette année.

Jonathan Bois et Benjamin Serralta souhaitent désormais miser sur le fût, et conquérir les bars et festivals de Toulouse. Si la croissance poursuit son chemin, les dirigeants n'excluent pas l'ouverture d'un bar à leur nom dans les années à venir. Il est désormais bien loin, le garage familial...

À savoir


  • En lien avec la mairie de Toulouse et la régie agricole, La Garonnette cherche désormais à produire de l'orge et du houblon 100 % Toulousain.

  • "L'idée, c'est de pouvoir tracer de la parcelle au verre comment le produit a été conçu. Ce sera une bière presqu'unique en France puisqu'il n'y aura que 20 kilomètres entre la production de la matière première et le produit fini. Si l'on parvient à concrétiser ce projet, nous pensons que cette bière fermière locale aura toute sa place au concous général agricole", avance Benjamin Serralta.

  • Sortie prévue fin 2023.

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