"Les projets d'Amazon refusés sont plus médiatisés que ceux acceptés" (Frédéric Duval, DG Amazon France)

Acceptabilité des projets, conséquences de l'inflation sur les consommateurs et ses vendeurs tiers, déploiement d'Amazon en France, décarbonation de la chaîne logistique... En marge d'un déplacement à Toulouse, le directeur général d'Amazon France, Frédéric Duval, s'est confié dans les colonnes de La Tribune sur la montée en puissance de la société qui emploiera près de 19.000 personnes fin 2022 dans l'Hexagone. Entretien.

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Frédéric Duval, le patron d'Amazon France, se félicite dans cet entretien accordé à La Tribune des conséquences positives liées aux ouvertures de sites Amazon dans le pays.
Frédéric Duval, le patron d'Amazon France, se félicite dans cet entretien accordé à La Tribune des conséquences positives liées aux ouvertures de sites Amazon dans le pays. (Crédits : Rémi Benoit)

LA TRIBUNE-  Après l'ouverture d'une première agence de livraison à Toulouse en 2017, vous venez d'en ouvrir une seconde couplée à l'ouverture de celle de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Quelle est votre plan de déploiement sur la région Occitanie ?

FREDERIC DUVAL-- Nous sommes désormais à quatre implantations sur la région. Il est important de noter qu'à mesure que nous nous développons en France et que nos clients viennent sur le site, le volume de commandes augmente. Donc nous développons notre réseau logistique pour faire en sorte qu'on soit plus rapide, plus efficace et plus écologique aussi. Avec notre développement en Occitanie, le but est toujours le même. C'est de faire en sorte que pour tous les clients sur le territoire, nous soyons le plus efficace possible. Parce que l'efficacité, évidemment, c'est un enjeu économique. Mais c'est surtout un enjeu écologique. L'entreprise a mis au cœur de sa stratégie cette protection de l'environnement désormais. On a créé The Climate Pledge, qui est un engagement d'être totalement décarboné en 2040.

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Cela passe par quoi une totale décarbonation d'Amazon ? Une compensation des émissions polluantes ou une électrification de votre chaîne logistique et donc de vos sous-traitants ?

C'est avant tout une décarbonation de notre notre chaîne logistique. Et pour ce qui sera résiduel et non décarbonée, nous ferons de la compensation. Mais dans un premier temps, c'est véritablement de la décarbonation au travers de mobilité douce comme les cargo-bikes, la livraison pédestre ou la livraison avec véhicules propres. Dans certaines régions, comme à Paris, on fait de la livraison pédestre. Il n'y a pas de solutions simples, applicables partout. Cela dépend de la région, sa géographie et sa densité. Aujourd'hui, deux cartons sur trois aujourd'hui en région parisienne sont délivrés en mobilité zéro carbone. C'est important parce qu'on arrive aussi à mutualiser des surfaces industrialisées non utilisées pendant la journée pour amener les marchandises dans ces surfaces en centre-ville. On le fait avec la RATP. Pendant la journée, les bus ne sont pas dans les entrepôts et donc nous utilisons ces entrepôts pendant que les bus ne sont pas là. Nous discutons avec Transdev pour si nous pouvons faire des choses dans ce sens éventuellement.

Comment Amazon compte s'emparer de l'enjeu de la végétalisation et des énergies renouvelables ? La loi Climat et Résilience impose désormais un moyen de production d'ENR ou une surface végétalisée sur une opération de construction, extension ou rénovation d'un bâtiment à usage commercial, industriel ou artisanal de plus de 500 m2, autrement dit cela devrait concerner votre groupe à chaque opération de déploiement au regard des surfaces concernées dans vos projets.

Nous appliquons la loi Climat et Résilience évidemment, et d'autres. Notre ambition est de faire en sorte que nos bâtiments soient très bons en termes d'impact environnemental. On le mesure avec une norme qui est la certification BREEAM (Building Research Establishment Environnemental Assessment Method, ndlr). Nos bâtiments sont notamment équipés de réseaux de récupération d'eaux de pluies, de capteurs solaires, etc. Nous allons dans le sens de ce que veut cette loi et c'est notre objectif. Par ailleurs, nous sommes aussi désormais un producteur d'énergies. En France, nous avons annoncé le lancement d'un deuxième parc solaire d'énergies renouvelables d'une capacité de 23,4 MW situé à Saint-Frichoux (Aude), qui devrait être mis en service en 2025. Ce nouveau site solaire vient étoffer le portefeuille d'énergies renouvelables d'Amazon dans l'Hexagone et porte à 38 MW la capacité d'approvisionnement en énergies renouvelables dans le pays. Le tout premier parc solaire situé à Préchac (Gironde) et d'une capacité de 15 MW, devrait être mis en service fin 2022.

En région Occitanie, il y avait un projet d'implantation d'Amazon pour un grand entrepôt avec à la clé la création de 600 emplois. Il devait se construire à Fournès, dans le Gard. Mais mi-novembre, la justice a bloqué le projet pour des raisons environnementales, appuyée par plusieurs collectifs d'opposants. Par la suite, Amazon a carrèment abandonné le projet. D'autres projets ne font pas consensus. Comment Amazon travaille sur cet enjeu de l'acceptabilité des projets ?

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Nous ne communiquons pas sur les futurs projets, mais nous en avons plein partout en France et certains projets ne sont pas aboutis. Parfois en fonction de critères locaux et des études environnementales qui sont faites et c'est très bien. Moi, quand je suis rentré chez Amazon, il y avait un seul bâtiment qui était à Boigny-sur-Bionne (Loiret) et désormais nous avons 36 implantations. On se développe régulièrement et on arrive à faire les choses avec les élus, avec les partenaires sociaux, avec l'ensemble des associations locales et on arrive à le faire très bien, même si à certains endroits, ça bloque.

Pour rester sur l'acceptabilité des projets, avez-vous prévu une communication plus intense auprès des élus locaux et des habitants concernés par des projets d'implantations Amazon afin de réduire au maximum les contestations ?

Vous faites l'hypothèse que les élus, les habitants et les acteurs économiques locaux sont contre Amazon. C'est faux. La vérité est que l'immense majorité des Français nous plébiscite. Nous sommes la deuxième marque préférée des Français selon des mesures récentes. Selon des études aussi indépendantes, 70 % des gens disent que nous sommes utiles à leur vie quotidienne. Les contestations sont le fait de quelques personnes qui utilisent notre nom pour faire valoir leurs idées.

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Quel est le plan de montée en puissance d'Amazon dans le pays ? À trois ans ? Cinq ans ? Est-ce-qu'il y a des régions particulières dans lesquelles vous souhaitez renforcer votre présence ?

Je n'annonce pas des chiffres futurs, mais je regarde ce qui s'est passé. Nous avons ouvert entre cinq et dix sites par an et nous avons la volonté de maintenir cette tendance (...). Aujourd'hui, là où nous sommes le moins implanté c'est l'Ouest de la France et le Sud-Ouest. Nous serions intéressés évidemment pour continuer à nous y développer. Mais un camion peut faire 600 kilomètres dans la journée sans problème. La France est un territoire relativement petit et nous pouvons adresser ces régions depuis les bases sur lesquelles nous sommes aujourd'hui.

Sachant que vous êtes et que vous risquez d'être bloqué sur des projets d'implantation, avez-vous la volonté de "tirer large" afin d'arriver à vos objectifs de développement en France ?

Nous n'avons pas du tout cette attitude. Mais les projets refusés sont beaucoup plus médiatisés que les projets acceptés. Donc on n'a pas besoin de le faire, nous sommes sur une planification normale de notre activité en France.

(Il reprend.) On devrait parler plus de la satisfaction des élus qui ont aujourd'hui dans leur ville, dans leur département, un centre de distribution ou un centre de tri Amazon et des répercussions que ça peut avoir à plusieurs titres. D'abord sur le plan fiscal, puisque nous sommes un gros contributeur fiscal en France avec 310 millions d'euros versés au total en 2020. Deuxièmement, sur la réputation. Allez voir Christian Poiret à Lauwin-Planque (Nord) ! On a implanté un centre de distribution il y a quelques années. Immédiatement, la zone industrielle s'est remplie, avec d'autres. Allez voir à côté d'Amiens, il s'est passé la même chose. On ne parle pas suffisamment de ce genre de conséquences en lien avec les implantations d'Amazon.

Nous stimulons aussi l'écosystème local en permettant à des revendeurs d'étendre très largement leur zone de chalandise. En Occitanie, par exemple, plus de 1000 entreprises de la région développent leurs activités en France et à l'international grâce à Amazon.

Frédéric Duval Amazon

(Crédits : Rémi Benoit).

Selon des témoignages, certaines entreprises disent que parfois c'était compliqué de travailler en qualité de vendeur car des volumes de stocks trop importants sont demandés en amont...

Ce sont des choses fausses. Nous ne demandons pas à un vendeur tiers de s'engager sur un stock quand il vend sur Amazon. Il fixe la quantité des produits qu'il veut vendre, le prix auquel il veut vendre et évidemment la sélection des produits. La vérité est que cela marche très bien et donc que le vendeur tiers peut se trouver dans une situation où son stock a été vendu très rapidement et donc se retrouver en manque de stocks C'est possible parce que nous avons aujourd'hui à peu près 30 millions de visiteurs uniques par mois en France. C'est une autoroute du trafic. C'est une grande galerie marchande dans laquelle les vendeurs tiers ont beaucoup de succès. Ils représentent aujourd'hui près de 60 % des unités qui sont vendues. Amazon vend à peu près 40 % des unités, que nous avons acheté des fournisseurs et que nous vendons derrière (...) Nous estimons que 25.000 emplois ont été créés par notre marketplace en France, chez nos vendeurs tiers.

La crise sanitaire a modifié le comportement des consommateurs. Plus de circuits courts, davantage de e-commerce... Quelle analyse Amazon France tire de cette période ?

Premièrement, les consommateurs se sont dirigés vers la vente en ligne. Il y a eu une prise de conscience que la vente en ligne était quelque chose de facile, d'écologique et économique au sens pas onéreux. Je n'ai plus besoin de prendre ma voiture et je suis livré par l'intermédiaire d'une camionnette qui est optimisée. La deuxième chose est que les entreprises françaises se dirigent beaucoup plus vers l'e-commerce. Nous le remarquons à travers l'affluence de notre module de formation "L'accélérateur du numérique". Avant la Covid-19, on avait 3.000 entreprises qui se formaient par an et aujourd'hui on a plus de 10. 000 entreprises qui sont en train de se former. On a vu une accélération extraordinaire d'avoir envie de savoir comment faire pour vendre en ligne, pas uniquement sur Amazon d'ailleurs.

Actuellement, l'économie est plongée dans un phénomène inflationniste, amené certainement à durer. Avez-vous observé une augmentation des prix affichés par les vendeurs tiers ? Du côté des consommateurs, le prix du panier est-il moins élevé qu'en temps normal ?

Il est un peu tôt pour juger. C'est difficile de juger avec des éléments de comparaison qui sont ceux de 2020 et 2021, qui sont des périodes qui ont été bousculées par la pandémie et pendant lesquelles les comportements d'achat étaient totalement différents. L'inflation est là et elle va peser sur le pouvoir d'achat des Français et elle va peser d'autant plus sur le pouvoir d'achat des Français, en matière d'équipement de biens. Les Français vont devoir avant tout satisfaire leurs besoins vitaux de dépenses de nourriture, de dépenses de loyers et de dépenses d'énergie (...) Aujourd'hui, je ne vois pas de signaux extraordinairement différents sur la façon dont les consommateurs consomment. Je ne vois pas de grosse différence, mais je suis prudent parce que je pense que c'est encore un peu tôt pour juger. Ce que je vois, en revanche, c'est qu'effectivement, on a, comme dans d'autres industries, des augmentations de prix qui sont proposées par nos fournisseurs du fait de l'augmentation des matières premières et de l'augmentation des coûts de transport.

L'inflation touche aussi les salariés. Il y a beaucoup de mouvements sociaux en France face à la perte de pouvoir d'achat. Est-ce-qu'Amazon a prévu des politiques particulières ou une revalorisation salariale indexée sur l'inflation, par exemple, pour ses collaborateurs, vous qui employez 15.500 personnes en France aujourd'hui et zone dans laquelle vous annoncez 3.000 recrutements en 2022 ?

Amazon a proposé aux organisations syndicales en avril une augmentation de 3,5 %. Et si vous faites un calcul sur douze mois, c'est-à-dire d'avril 2021 à avril 2022, l'augmentation a été plus de l'ordre de 5,6 %, ce qui est à peu près l'augmentation qui a été celle du SMIC sur cette même période. Notre offre a été refusée par les syndicats sauf la CFE-CGC, mais elle est en cours d'implémentation.

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Commentaire 1
à écrit le 23/05/2022 à 17:19
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On aimerait bien savoir où vous en êtes côté conditions de travail de vos salariés vous hein ? On s'en tape de vos projets, vous ne construisez pas des pyramides qui vont durer des millénaires pour vous permettre de massacrer l'être humain de la sort...

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