Aéronautique : les sous-traitants tentés de se diversifier dans le ferroviaire

Dans la région toulousaine, les sous-traitants ont payé très cher leur dépendance au secteur aéronautique. Certains avaient déjà amorcé une diversification, pour d'autres la crise sanitaire a précipité cette stratégie. Cette semaine, 16 entreprises occitanes font partie de la délégation régionale envoyée au Sifer, le Salon international de l'industrie ferroviaire de Lille. Parmi elles, des sociétés de l'aéronautique qui y font leurs premiers pas.

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Une partie des sous-traitants aéronautiques tentent de se diversifier dans le ferroviaire.
Une partie des sous-traitants aéronautiques tentent de se diversifier dans le ferroviaire. (Crédits : Engie Ineo)

L'effondrement des cadences dans l'aéronautique au printemps 2020 a marqué un net coup d'arrêt dans l'activité de la société AAA (Assistance aéronautique et spatiale). Dès l'été, le sous-traitant annonce un plan social (qui se traduira au final par près de 300 départs contraints sur un effectif français de 1.500 collaborateurs) au moment où, d'après les syndicats, le groupe escompte une perte de 65% de son chiffre d'affaires (260 millions d'euros en 2019). Comme beaucoup de fournisseurs d'Airbus, AAA dispose d'une activité ultra-dépendante au secteur aéronautique. La crise sanitaire a précipité sa stratégie de diversification.

"AAA est un prestataire de services fondé en 1990 et cela fait plus de trente ans que nous œuvrons essentiellement dans le domaine aéronautique. En 2018, nous avions démarré une diversification dans le domaine ferroviaire avec quelques petites interventions pour des sous-traitants d'Alstom tels que Avantis. Le Covid a intensifié notre démarche commerciale dans ce secteur avec le recrutement de trois chargés d'affaires", décrit Bernard Vallée, directeur du développement commercial chez AAA.

Le dirigeant participe pour la première au Sifer, le Salon international de l'industrie ferroviaire, organisé du 26 au 28 octobre à Lille. Cette année, 16 entreprises occitanes sont membres de la délégation menée par l'agence de développement économique de la région Occitanie (Ad'Occ) et accompagnée par Totem, le cluster occitan "pour la mobilité intelligente et durable".

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Depuis plusieurs années, les deux institutions encouragent les sociétés aéronautiques à se développer dans d'autres filières. "Bien que le projet ait été initié avant la crise sanitaire, il est apparu encore plus opportun au moment où bon nombre d'entreprises, en particulier dans le secteur aéronautique, ont commencé à réfléchir à des pistes en matière de diversification", souligne Ad'Occ.

Segneré mise sur sa proximité avec Alstom et CAF

Pour le groupe Segneré, ce sera aussi une grande première au salon. Implantée près de Tarbes (Hautes-Pyrénées), cette entreprise familiale de 150 salariés produit des pièces métalliques pour les programmes civils et militaires d'Airbus, Dassault et Stelia. Avec la pandémie, elle a vu son activité divisée par deux. Aujourd'hui, elle mise sur la proximité de deux acteurs majeurs du ferroviaire, Alstom et CAF, pour sortir du tout-aéronautique.

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"ll s'agit d'une opportunité locale. Nous avons deux acteurs à moins de moins 20 km de chez nous qui sont des groupes majeurs du monde du ferroviaire. Il faudrait être aveugle pour ne pas discuter avec ces entreprises qui ont besoin de toute l'expertise et de la méthodologie de travail du secteur aéronautique pour consolider leur supply chain et faire face à leur montée des cadences", expliquait cet été à La Tribune son dirigeant Jean-Michel Ségneré.

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Du côté de AAA, les activités hors aéronautique représentent actuellement 11% du chiffre d'affaires de la société et le ferroviaire tire une grande part de ces nouvelles sources de revenus. Mais le groupe s'est fixé pour objectif d'atteindre 25% d'activité de diversification à l'horizon 2024.

"Nous nous sommes aperçus que nos métiers dans le domaine aéro pouvaient très bien trouver des débouchés dans le domaine ferroviaire. On y retrouve des activités de type 'cols blancs' avec toutes les personnes qui travaillent en amont sur la préparation et l'ordonnancement et puis en aval avec le contrôle qualité sur chaîne ou sur les pièces qui arrivent de certains fournisseurs. Au niveau des 'cols bleus', ce sont tous les métiers qui œuvrent autour de l'avion, ou du train en l'occurrence, pour l'assemblage final comme les ajusteurs, mécaniciens, soudeurs, électriciens, etc", décrit Bernard Vallée.

La participation au Sifer doit lui permettre d'élargir son portefeuille de clients dans le domaine ferroviaire. Le sous-traitant compte également participer au salon Innotrans de Berlin à l'automne 2022.

La diversification, une démarche de longue haleine

Venue du Gers, la société Aerem participe également pour la première fois au salon ferroviaire. Pour autant, ce fabricant d'études et de réalisations mécaniques pour de l'outillage avait engagé avant la crise une politique de diversification, ce qui lui a permis de limiter quelque peu les effets de la crise.

"Il y a encore une petite dizaine d'années, Aerem était dépendant à 100% de l'aéronautique et petit à petit, nous avons baissé cette dépendance en nous orientant vers le spatial et plus récemment dans le ferroviaire. Au moment où la crise a éclaté, nous étions à 65% d'activité dans l'aéronautique, 25% dans le spatial et le reste dans le ferroviaire et d'autres secteurs", avance Guillaume Taravellier, responsable développement commercial chez Aerem.

Avant d'ajouter :

"En 2020, notre chiffre d'affaires a chuté de 6,5 millions d'euros à 4,7 millions d'euros. Nous avons tout de même réussi à limiter la casse grâce à cette diversification amorcée quelques années auparavant. Sinon, cela aurait été bien pire."

Aerem a déjà réalisé des tâches de maintenance dans le métro toulousain pour le compte de Siemens, et travaille depuis plus récemment pour Alstom. Avoir déjà des contacts a permis à la société de gagner un peu de temps par rapport à ses concurrents qui ont décidé avec la crise de se positionner dans le ferroviaire. Pour autant, la diversification reste un chemin laborieux.

"Certaines sociétés qui étaient 100% aéro ont juste embauché un commercial chargé de prospecter les clients dans d'autres secteurs. Ce n'est pas aussi simple. Les cahiers des charges sont différents, les attentes ne sont pas les mêmes. C'est très long", relève Guillaume Taravellier.

Aerem aimerait à terme avoir une activité équilibrée entre quatre secteurs d'activité (aéronautique, spatial, ferroviaire et défense). "Mais cela reste un vœu pieux. On sait très bien que l'aéronautique restera notre secteur privilégié, d'autant plus si la reprise d'activité se confirme", conclut-il.

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Commentaire 1
à écrit le 27/10/2021 à 5:55
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Alors que tout, ou presque, est fabriqué en Chibe, que Thales vient de vendre son ferroviaire aux japonais, que Faiveley est devenu américain...

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