Tarmac Aerosave veut industrialiser le recyclage des avions

Leader européen du stockage d'avions et de leur démantèlement en fin de vie, Tarmac Aerosave veut accélérer de manière exponentielle son activité de recyclage. La filiale d'Airbus, Safran et Suez projette un investissement de 15 à 20 millions d'euros dans un nouveau programme baptisé Tarmac Air pour faire chuter les temps de recyclage et y intégrer des processus digitalisés et robotisés. Un projet qui coïncide avec le pic de renouvellement des flottes d'avions attendu à l'horizon 2024.

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Tarmac Aerosave recycle 60 avions par an et compte multiplier par deux cette activité à l'horizon 2023.
Tarmac Aerosave recycle 60 avions par an et compte multiplier par deux cette activité à l'horizon 2023. (Crédits : Tarmac Aerosave)

Chez Tarmac Aerosave, rien ne se perd, tout se transforme (ou presque). Lancée en 2007, cette filiale d'Airbus, Safran et Suez est devenue leader européen du stockage, de la maintenance et du recyclage d'avions avec 1.250 appareils accueillis et 300 aéronefs recyclés en quatorze années.

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Tarmac Aerosave recycle plus de 90% de la masse de chaque appareil. La première étape, c'est le démantèlement. La société récupère 1.000 à 1.500 pièces détachées (calculateurs, trains, commandes de vol, etc) qui vont être réutilisées en opération et qui sont revendues à des brokers ou des compagnies aériennes. Puis vient le recyclage pur qui permet de donner une deuxième vie aux matériaux (aluminium, titane) et enfin certaines housses ou tissus servent à générer de l'énergie par exemple pour des centrales thermiques.

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Tarmac Aerosave récupère un millier de pièces détachées et donne une seconde vie aux matériaux de l'avion (Crédits : Tarmac Aerosave).

Réduire de huit à trois semaines le recyclage

En moyenne, Tarmac Aerosave recycle 60 avions par an sur ses sites à Tarbes (Hautes-Pyrénées) et Teruel (Espagne). Son président Patrick Lecer compte faire grandir "de manière exponentielle" cette activité dans les années à venir. À travers le programme Tarmac Air (pour Aircraft Innovative Recycling), le groupe vise 100 à 150 avions recyclés par an à l'horizon 2023.

"Pour passer à l'étape supérieure, la première piste est de réduire les délais de manière conséquente. Aujourd'hui, notre processus de recyclage nous demande énormément de travail pour aller dans le plus petit détail possible afin de réutiliser le maximum d'éléments. Cette phase nous prend à peu près huit semaines. Avec ce nouveau projet, notre volonté est de faire chuter de moitié, voire de trois quarts ce délai. Je pense qu'il est faisable de réduire à trois semaines la phase de recyclage", lance le dirigeant.

Avant de compléter : "Le deuxième enjeu est de renforcer la maîtrise de la sécurité en trouvant un moyen d'industrialiser, de robotiser, de digitaliser toute cette activité de manière à ce qu'il y ait moins d'interactions directes avec l'humain. Enfin, nous voulons vraiment nous assurer d'être à la pointe en termes de recyclage et environnemental. Même si l'on dépasse les 90% de recyclage, nous voulons toujours aller plus loin."

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Patrick Lecer, président de Tarmac Aerosave (Crédits : Florine Galéron).

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Le projet Tarmac Air va générer 75 créations d'emplois. (Crédits : Tarmac Aerosave)

Le projet va demander un investissement estimé entre 15 et 20 millions d'euros. Rien que la phase d'études, qui dure un an et va se terminer en fin d'année, aura coûté un million d'euros dont 75% est financé dans le cadre du plan France Relance. La phase industrielle devrait commencer dès 2022. Dans un premier temps, l'activité sera concentrée sur le site de Tarbes où 75 créations d'emplois (sur un effectif groupe de 400 personnes) sont attendues avec la montée en puissance du recyclage. "Si le projet se déroule bien, nous pourrons ensuite le dupliquer sur notre site de Teruel et celui de Francazal, au sud de Toulouse. Dans cette configuration, nous pourrions dépasser les 300 voire 400 avions recyclés par an", espère Patrick Lecer.

Ces estimations vont dépendre de l'évolution du marché mondial. Avant la crise, 300 à 400 avions en fin de vie étaient démantelés chaque année. Mais la demande pourrait exploser à très courte échéance.

"Les flottes sont renouvelées tous les 15 à 20 ans. Tarmac Air va tomber exactement au bon moment. Quand l'activité aérienne va reprendre, les compagnies aériennes et les loueurs auront besoin d'avions nouveaux. Les appareils plus anciens, plus consommateurs en carburant et en entretien seront probablement démantelés et recyclés. Nous estimons qu'avec cette prochaine vague de renouvellement de flottes, il y aura à l'échelle du globe un millier d'avions à recycler par an à l'horizon 2023-2024", fait valoir le chef d'entreprise.

Une remise en service des avions qui se fait attendre

Peu lucrative pour le moment, l'activité de recyclage pèse moins de 20% du chiffre d'affaires de Tarmac Aerosave (50 millions d'euros en 2020). L'essentiel des revenus du groupe proviennent du stockage et de la maintenance associée. Et même si les parkings de Tarmac Aerosave à Tarbes, Teruel et Francazal sont pleins à craquer depuis l'effondrement du trafic aérien (la société est passée de 150 à 240 avions stockés entre fin 2019 et fin 2020), ce ralentissement a également fait chuter de 40% ses recettes liées à la maintenance des avions (le stockage longue durée demandant moins d'opérations).

Le groupe tarbais attend donc avec impatience la reprise du trafic pour remettre en service les appareils. Ce regain d'activité était espéré dès cet été. "Tout le monde en parlait et finalement, cela ne s'est pas vraiment produit. Sur l'année 2021, nous avons reçu 140 avions et 110 seulement sont repartis, dont une grande majorité de court-courriers", remarque Patrick Lecer. Face l'afflux d'avions en quête de stockage durant la crise sanitaire, Tarmac Aerosave avait ouvert un quatrième site temporaire en région parisienne. Il a été fermé il y a quelques mois avec le désengorgement progressif des trois autres sites de stockage du groupe.

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