Depuis Toulouse, Collins Aerospace imagine le cockpit du futur

REPORTAGE. Les équipes toulousaines de Collins Aerospace développent toute une série d'innovations à destination des pilotes : casque de réalité augmentée, reconnaissance vocale, applications pour optimiser les trajectoires de vol ou mieux appréhender les turbulences... Collins Aerospace s'est également imposé comme le fournisseur leader des routeurs qui permettent de collecter les données de vol pour la plateforme de maintenance prédictive Skywise d'Airbus.

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Collins Aerospace est le fournisseur leader des routeurs qui permettent de collecter les données de vol pour la plateforme de maintenance prédictive Skywise d'Airbus.
Collins Aerospace est le fournisseur leader des routeurs qui permettent de collecter les données de vol pour la plateforme de maintenance prédictive Skywise d'Airbus. (Crédits : Frédéric Scheiber)

Casque de réalité augmentée vissé sur la tête, Elias Bitar tente de poser son hélico sans jamais baisser les yeux vers le tableau de bord. Le casque affiche une vision synthétique du paysage devant lui, ce qui permet de mieux distinguer la zone d'atterrissage malgré le brouillard. D'autres informations surgissent dans son champ de vision comme la vitesse de l'appareil et le taux de rotation de l'hélice. Elias Bitar n'est pas pilote mais chef du département avionique de Collins Aerospace à Blagnac, près de Toulouse. Le showroom voit régulièrement défiler des pilotes professionnels qui testent les innovations développées par le groupe aéronautique.

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Dans le cockpit de l'hélicoptère du futur, les pilotes portent des casques de réalité augmentée et font appel à de la vision synthétique (Crédits : Frédéric Scheiber).

"Notre site est le centre d'excellence mondial de Collins Aerospace pour les hélicoptères civils. Regarder dehors, c'est vital pour un pilote d'hélicoptère. Or, aujourd'hui, il est obligé de constamment de naviguer de haut en bas pour à la fois avoir un oeil sur le paysage et lire toutes les données du tableau de bord. Nous voulons changer de paradigme en amenant les données de vol au niveau des yeux du pilote afin qu'il puisse regarder essentiellement dehors", détaille Élias Bitar.

Un prototype du casque développé par Collins Aerospace est déjà testé depuis cet été par un hélicoptériste européen. Il pourrait être industrialisé d'ici trois à cinq ans. Le groupe aéronautique imagine aller plus loin et remplacer le tableau de bord par un écran tactile sur lequel les pilotes pourraient faire défiler les étapes-clés du vol : alertes météo, points d'intérêt, etc. Une manette dotée de retours haptiques a également été développée : en cas de changement de cap radical, le pilote devra appuyer beaucoup plus fort sur le manche. Les équipes toulousaines ont aussi testé un système de reconnaissance vocale pour permettre au pilote de lancer des commandes assez simples (changer la fréquence de la radio de l'appareil) sans décoller ses mains des commandes de l'hélico.

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De nouveaux services grâce aux routeurs Fomax

Côté avion, Collins Aerospace s'est imposé comme le fournisseur leader des routeurs Fomax, une sorte de box internet pour les avions qui permet de collecter les données de vol utilisées par la plateforme de maintenance prédictive Skywise d'Airbus. Cette technologie équipe depuis deux ans tous les A320 et A330 sortis d'usine.

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"Nous extrayons du cockpit les paramètres de vol et on va pouvoir les injecter dans l'équivalent des box internet que vous avez chez vous. Le but de ces box est d'offrir de la communication air-sol via satellite ou par la 4G et bientôt la 5G. Cela permet d'offrir du Wi-Fi pour pouvoir y adjoindre des tablettes utilisées par le pilote et qui vont directement dialoguer avec les serveurs au sol.

Les routeurs Fomax sont utilisés également pour collecter les informations lors du vol et les envoyer à des serveurs gérés, soit par les constructeurs (Airbus, Boeing) soit par la compagnie, qui vont pouvoir faire dérouler des algorithmes d'intelligence artificielle en vue d'offrir tout un tas de services pour améliorer les vols et les coûts d'opération. La plateforme de maintenance prédictive Skywise est un bon exemple de service possible via Fomax", décrit Nicolas Moutrousteguy, ingénieur systèmes chez Collins Aerospace.

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Une application permet de visualiser l'emplacement des turbulences sur le vol à venir. (Crédits : Frédéric Scheiber)

Parmi les premières applications développées par Collins Aerospace figure un outil qui permet au pilote de visualiser la météo et l'emplacement des turbulences sur toutes les phases de son vol à venir. Les informations sont rafraîchies toutes les 20 minutes en fonction des mises à jour de Météo France. Ce service, qui n'aurait pas été possible sans la connectivité par satellite, est déjà utilisé en vol.

D'autres applications devraient arriver à bord dans les prochaines années. Comme cette application qui analyse en temps réel les vents, les températures et la trajectoire de l'aéronef à l'aide d'algorithmes afin de proposer au pilote des routes alternatives plus rapides ou permettant d'économiser du carburant. Citons encore une application d'optimisation des phases d'approche vers les aéroports pour fluidifier le trafic.

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Collins Aerospace a imaginé un Waze pour les pilotes qui propose des routes alternatives plus rapides ou permettant d'économiser du carburant (Crédits : Frédéric Scheiber).

 "Nous sommes en capacité ici de participer à l'élaboration de systèmes qui vont nous permettre de collecter des données sur l'état des équipements, notamment, et qui vont donc permettre aux opérateurs d'améliorer la maintenance prédictive, d'améliorer leurs opérations mais aussi, et c'est un sujet d'actualité, d'optimiser les trajectoires, ce qui a pour conséquence, évidemment, de réduire l'empreinte carbone des avions", souligne Evelyne Audisio.

Cette dernière vient d'être nommée directrice générale de la branche avionique de Collins Aerospace en France après le départ pour Sogeclair d'Olivier Pedron.

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Evelyne Audisio, directrice générale de la branche avionique de Collins Aerospace en France (Crédits : Frédéric Scheiber).

De l'intelligence artificielle pour les réparations

La branche avionique de Collins Aerospace (264 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020) emploie plus de 700 personnes en France donc 600 concentrées sur le site de Blagnac. Au-delà de son centre d'excellence pour les hélicoptères et de son laboratoire connectivité, le groupe dispose à Toulouse d'un centre de réparation d'équipements qui traitait avant la crise de la Covid entre 20 et 25.000 équipements par an (radars météo, écrans de navigation, etc).

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Le centre de réparation de Collins Aerospace à Toulouse réparait avant la crise plus de 20.000 équipements par an. (Crédits : Frédéric Scheiber)

Ici aussi, l'intelligence artificielle entre dans les usages.

"Nous avons mis en place depuis un an une interface avec de l'intelligence artificielle qui acquiert tout l'historique des réparations réalisées dans le monde entier sur un équipement. À partir de ces données, l'intelligence artificielle va suggérer aux techniciens des pistes pour le réparer. Le but est de gagner du temps et surtout d'homogénéiser les méthodes de réparation sachant qu'aujourd'hui il faut six à dix mois avant qu'un salarié devienne expert en matière de réparation", fait valoir Guy Lapointe responsable du centre de réparation.

Le site toulousain de Collins Aerospace est également chargé de veiller sur les systèmes de communications de l'A350 XWB. Dans un futur plus lointain, les avions pourraient connaître une véritable révolution. Collins Aerospace travaille pour le compte de l'Easa (agence européenne de sécurité aérienne) et Safran sur une virtualisation des boîtes noires. En d'autres termes, les avions n'auraient plus besoin d'être équipés de boîtes noires puisque les données de l'appareil transiteraient directement vers le sol.

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Collins Aerospace améliore les systèmes de communication sur l'A350 XWB. (Crédits : Frédéric Scheiber)

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