Plan social chez Poult : l'ex-entreprise libérée face à la chute des ventes de biscuits

Fondée en 1883 dans le Tarn-et-Garonne, la biscuiterie Poult fait face depuis plusieurs années à une chute des ventes de gâteaux industriels aggravée par le confinement. Celle qui faisait la Une des médias dans les années 2000 pour son management d'entreprise libérée a changé de cap en 2019 avec son rachat par un fonds américain. Poult vient d'annoncer la fermeture d'une usine dans les Landes et vit l'une des premières grèves de son histoire.

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Poult produit des biscuits pour les marques de grande distribution.
Poult produit des biscuits pour les marques de grande distribution. (Crédits : Rémi Benoit)

Pendant le confinement, nombreux sont les Français qui se sont mis à faire eux-mêmes leur pain ou leurs gâteaux. Un essor du fait maison qui a durement impacté les fabricants de biscuits industriels. Fondée en 1883, la biscuiterie Poult a vu son chiffre d'affaires chuter de 14 millions d'euros en 2020, soit 11% de baisse d'activité. "Depuis cinq à dix ans, le marché du biscuit en France connaît une forte baisse qui s'est accélérée avec la crise sanitaire. Pendant le confinement, les ventes de produits finis de type biscuits ont beaucoup diminué du fait que les consommateurs aient pris le temps de cuisiner des gâteaux maison", remarque le groupe.

Une usine fermée dans les Landes

Doté de cinq usines en France pour un effectif de 700 salariés (dont près de 400 au siège à Montauban dans le Tarn-et-Garonne), Poult produit principalement des biscuits pour les marques distributeurs (Carrefour, Leclerc, Auchan, etc). La biscuiterie a dû également faire face à une miltiplication des offres promotionnelles de la part des grandes marques, ce qui a fait perdre des parts de marché aux marques distributeurs.

Le 10 septembre dernier, la direction a annoncé vouloir fermer l'usine d'Aire-sur-l'Adour dans les Landes qui emploie 47 salariés. "Ce site est dédié à la fabrication des palmiers et des galettes bretonnes qui sont parmi les biscuits qui se vendent le moins bien du groupe. Nous avons essayé de faire des versions bio mais cela n'a pas vraiment fonctionné. Par ailleurs, du fait de sa taille et de sa localisation, l'usine a des coûts fixes qui sont bien plus élevés que les standards du marché lui-même", justifie la direction. Il est prévu que l'une des deux lignes de production de l'usine landaise soit transférée au siège à Montauban et le groupe souhaite transférer également les salariés. La seconde ligne (celle des galettes bretonnes) sera démantelée, "les deux usines du groupe en Bretagne étant déjà en surcapacité depuis plusieurs années".

Du côté des salariés, le son de cloche est bien différent. À l'annonce du plan social, une grève a été organisée à Montauban, l'une des premières chez Poult en l'espace de vingt ans. "Le groupe est loin d'être dans le rouge, ce n'est pas une petite baisse de chiffre d'affaires qui va faire plonger l'entreprise", lance Robert Poncharreau, délégué syndical central Force Ouvrière. Cela fait 21 ans qu'il travaille pour le biscuitier comme magasinier. Pour lui, "ce qui est recherché aujourd'hui, c'est surtout de ramener du cash rapidement aux actionnaires"

De l'entreprise libérée au rachat par un fonds américain

Il faut dire que Poult s'est désormais bien éloigné du modèle de l'entreprise libérée qui lui avait valu de faire la Une des journaux. En 2006, le fabricant a fait sensation en modifiant totalement son organisation du travail. Deux niveaux hiérarchiques ont été supprimés et notamment les chefs de ligne, chargés jusqu'alors d'inspecter le travail des opérateurs sur la chaîne de fabrication. Les salariés s'organisent entre-eux pour le planning et ils peuvent intégrer l'incubateur interne du groupe pour y développer une innovation.

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Poult avait mis en place un management d'entreprise libérée (Crédits : Rémi Benoit).

"Deux échelons hiérarchiques ont complètement disparu et cela a libéré beaucoup d'énergies et de créativité en interne. Les notions de liberté et d'autonomie ont pris beaucoup d'importance. Désormais, les équipes de production gèrent elles-mêmes leurs emplois du temps ou les contrôles qualité. Je suis convaincu que lorsque l'on donne suffisamment de liberté et de reconnaissance à un individu, ce dernier peut donner le meilleur de lui-même. Par ailleurs, chacun au sein de l'entreprise est encouragé à innover. Bien sûr il y a des personnes à qui ce genre de liberté ne convient pas, ce n'est pas le monde des Bisounours. Mais nous n'avons pas connu de conflit social depuis 8 ans", déclarait Carlos Verkaeren, président du Groupe Poult, en 2012, quelques années après la mise en place de cette organisation.

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La réussite est également économique. La part de marché de la société montalbanaise dans la grande distribution grandit de 33 à 40 % et le chiffre d'affaires a progressé de 120 à 230 millions d'euros entre 2006 et 2012. Le groupe est finalement racheté en 2014 par Qualium Investissement. Le fonds impose deux ans plus tard un changement de direction. Carlos Verkaeren qui avait porté la croissance du groupe et son modèle d'innovation managériale est remplacé par Mehdi Berrada. La chute des ventes de biscuits fait plonger le chiffre d'affaires de l'entreprise à 180 millions d'euros et met au défi ce modèle atypique. "Nous avons beau être une entreprise libérée, nous sommes confrontés à une décroissance impactée par la consommation en temps de crise. Côté gains de productivité, le bilan est mitigé puisque les effets sur la productivité ne sont pas flagrants", fait alors remarquer en 2016 Mehdi Berrada.

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"Poult a changé du tout au tout"

La même année, Poult fusionne avec le groupe néerlandais Banketgroep au sein du groupe Biscuit International. Le dirigeant de Poult est remplacé par Giampaolo Schiratti qui prend la tête de la nouvelle entité. Et enfin en 2019, le fonds américain Platinium Equity remplacent Qualium dans le capital. Un changement de cap qui ne passe pas inaperçu pour les salariés.

"Poult a changé du tout au tout. La direction a été remplacée, il y a eu une réorganisation et une remise en place des hiérarchies. Avant les opérateurs étaient entièrement autonomes et prenaient les bonnes décisions pour le site. Ils avaient une grande liberté, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Et puis surtout, des économies de partout sur les postes de production", observe Robert Poncharreau.

La direction assume le changement de cap.

"Pour résumer, Poult est passé d'une logique de PME à un groupe à dimension internationale. Le modèle d'entreprise libérée qui avait été mis en place correspondait moins, note un porte-parole du groupe. Ensuite, il est normal qu'un fonds qui investit sur le long terme souhaite aussi avoir des bénéfices et des retours sur investissement. Certains fonds qui voient plus à court terme auraient préféré délocaliser la production en Europe de l'Est où la main d'œuvre est moins chère mais ce n'est pas le choix qui a été fait."

Pas de quoi vraiment rassurer les salariés. Ces derniers craignent que le premier plan social annoncé ne soit qu'un point de départ. "La direction nous a dit que si ça ne suffisait pas, on passerait à l'étape supérieure", affirme-t-il. D'ailleurs, le groupe a ciblé 30 postes à Montauban sur lesquels les salariés seront invités à se former pour se tourner vers une activité plus porteuse. "Certains ont 57 ou 58 ans, ils n'ont pas envie de changer de métier à quelques années de la retraite", glisse-t-il.

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Commentaire 1
à écrit le 22/09/2021 à 10:54
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Trop de sucre, trop de sel, les industriel feraient mieux de prendre la balle au vol du fabriqué maison qui malgré tout sale et sucre beaucoup moins et le goût s'habitue vite, mes enfant salent beaucoup moins que moi qui sale beaucoup moins que mon p...

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