Projet polémique de dark kitchen à Toulouse : la mairie ne peut pas mettre fin au projet

Le projet Popafood, porté par l'entreprise du numérique DocDoKu, ne sera pas enterré par la mairie de Toulouse. Ce souhait, émis par un collectif de riverains du quartier des Chalets, où s'installera la plus grosse dark kitchen de la Ville rose en novembre, n'est pas applicable par la collectivité. Olivier Arsac, adjoint au maire en charge du Commerce, a ainsi rencontré les deux parties pour calmer les tensions entourant ce projet d'une ampleur inédite. Il revient en exclusivité pour La Tribune sur le dernier épisode de ce dossier épineux.

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Malgré plus de 350 signatures recueillies sur une pétition demandant le retrait du projet, la plus grosse dark kitchen de Toulouse verra bien le jour en novembre dans le quartier des Chalets, à Toulouse.
Malgré plus de 350 signatures recueillies sur une pétition demandant le retrait du projet, la plus grosse dark kitchen de Toulouse verra bien le jour en novembre dans le quartier des Chalets, à Toulouse. (Crédits : Rémi Benoit)

Ils souhaitaient le retrait pur et simple du projet au profit d'un espace de co-working ou d'une salle de sport, projets réputés plus calmes. Les plus de 350 signataires de la pétition demandant à Jean-Luc Moudenc (maire de Toulouse) et Olivier Arsac (adjoint au maire en charge du commerce) l'annulation de la construction de la plus grosse dark kitchen de la Ville rose, Popafood, n'obtiendront pas gain de cause.

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Pour mémoire, en juin dernier, un collectif de riverains du quartier des Chalets, porté par l'association de quartier "Chalets - Roquelaine Toulouse", s'était offusqué de la construction, sans concertation publique, d'un restaurant conçu pour les plateformes de livraison de repas telles qu'Uber Eats, Deliveroo et d'autres.

Le pitch du projet ? Un local de 400 m2 équipé de douze cuisines sous-louées à des restaurateurs désireux de se lancer sur un marché de la restauration numérique devenu indispensable dans le secteur depuis la crise de la Covid-19. Une initiative que compte bien faire prospérer la mairie de la quatrième ville de France, sous certaines conditions.

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Des habitants inquiets, déterminés, et fermés à la discussion

Révélé par La Tribune, le projet a donc effrayé une partie des voisins du futur établissement, craignants pour la tranquillité de leur quartier, tant pour les nuisances sonores générées par les futurs livreurs à scooter, que pour les odeurs de friture provenants des cuisines, ou la disponibilité des places de parking des riverains.

Refusants toute rencontre avec les porteurs du projet, Eric Descargues et Florent Garin, car déterminés à en venir à bout, les riverains à l'origine de la pétition avaient confiés à La Tribune vouloir "soulever un problème de fond, problème qui se manifeste déjà dans de nombreuses villes". "Notre souhait étant de sensibiliser nos politiques afin qu'ils statuent afin de combler ce vide juridique", affirmaient-ils en faisant écho aux nuisances engendrées par les livreurs des plateformes numériques de livraison de repas à domicile. Dans nos colonnes, les entrepreneurs à l'initiative de la plus grosse dark kitchen de Toulouse s'étonnaient, pour leur part, des revendications des habitants et de leur discrétion.

"Nous récupérons un local de restaurant, nous ne faisons que l'utiliser. Il y a eu un kebab pas très bien fréquenté par le passé et un restaurant qui avait causé des nuisances, donc cela suscite des inquiétudes. [...] Mais aucun habitant ne nous a appelé. S'ils ont peur des livreurs, ils n'ont qu'à habiter à la campagne", tiquait alors Eric Descargues.

Pour mettre fin à ce bras de fer peu banal, l'adjoint au maire en charge du Commerce, Olivier Arsac, a rencontré les deux parties. Une première rencontre s'est déroulée le 16 juillet avec une délégation de trois riverains, puis une deuxième le 22 juillet à l'issue d'un échange avec Florent Garin, co-porteur du projet Popafood. À noter qu'une proposition de rencontre commune entre les porteurs du projet et les habitants du quartier s'est soldée par un refus des riverains.

"L'emplacement choisi n'est peut-être pas totalement approprié"

Dans une volonté d'apaisement et de pédagogie, l'élu a donc rappelé aux plaignants que la mairie n'a pas autorité sur les installations de commerces dans les rues de la ville.

"Les collectivités n'ont pas à donner des autorisations pour s'installer, quelque soit l'activité, sauf pour les établissements proposants des débits de boissons. Nous n'avons donc aucun pouvoir pour nous opposer à une installation. Nous pouvons cependant avoir des pouvoirs de police si des troubles de circulation sont constatés, notamment avec les scooters", rappelle Olivier Arsac.

L'élu ne se dit pas opposé au projet de dark kitchen des entrepreneurs toulousains, bien qu'il regrette le choix d'emplacement qu'ils ont effectué, et reconnaît que des nuisances peuvent être constatées avec l'implantation d'établissements comme celui-ci au coeur de quartiers résidentiels.

"Je pense que c'est un projet dans l'air du temps, qui répond aux attentes des consommateurs. Nous ne devons pas forcément nous y opposer, mais même si nous le voulions, nous ne le pouvons pas. Cependant, en tant qu'adjoint au commerce, j'aurais préféré que les porteurs de projets viennent en amont me parler de leur implantation dans le quartier. [...] S'ils étaient venus me voir, je leur aurais dit que c'est un concept intéressant, mais que l'emplacement choisi n'est peut-être pas totalement approprié, parce qu'un peu trop au milieu des habitations. La mairie de Toulouse a bien conscience des nuées quelques fois trop fortes des livreurs en scooter, qui peuvent être parfois fauteurs de troubles", ajoute l'élu municipal.

Olivier Arsac indique également qu'il a fait remonter les doléances des riverains aux chefs d'entreprise, et il se veut rassurant quant à leur respect des normes en vigueur dans le secteur.

"Concernant les odeurs, je ne suis pas très soucieux car la réglementation en la matière est assez forte. Dans le local, il y a un espace réfrigéré pour les ordures, ce qui neutralise les odeurs. Il ne devrait pas y avoir de problème avec les cheminées à partir du moment où les choses sont faites dans les règles.

Concernant les places de parking, toutes les livraisons à destination des restaurateurs se feront par la rue Honoré Serres, y compris les livraisons au public. Il n'y aura donc aucune activité à l'arrière du bâtiment, excepté pour les ordures.

Enfin, pour ce qui est des livreurs à scooter, point de vigilance réel, j'ai suggéré au porteur de projet qu'il budgétise le financement d'un médiateur, un peu comme McDo qui a son vigile à l'entrée, pour canaliser les livreurs qui se comporteraient mal : non-respect des sens interdits, nuisances sonores, véhicules garés n'importe comment. Cette idée a été reçue très positivement par les porteurs du projet, qui ont pris l'engagement moral d'aller vers cette solution", fait savoir l'élu, qui ajoute que ce médiateur pourrait ne pas être mis en place dès l'ouverture.

L'élu affirme également à La Tribune qu'il a trouvé le moyen d'organiser  une rencontre entre les habitants et les porteurs du projet.

"Je regrette que les riverains n'aient pas voulu un rendez-vous avec les porteurs du projet, car je pense qu'il ne faut pas qu'ils refusent le débat. Nous leur avons donc proposé une visite des lieux pendant les travaux, pour qu'ils comprennent que les choses ont été faites sérieusement. Ils ont fini par accepter. Il faut savoir que l'entreprise investit beaucoup d'argent, ce qui est bon signe car cela les incite à se mettre aux normes", conclut-il sur ce point.

La question des poursuites pénales en suspend

Reste que si Olivier Arsac semble avoir réussi à faire passer un message de dialogue et d'appel au calme, tout en rappelant les limites des pouvoirs administratifs de la collectivité, il ne peut pas confirmer l'abandon de l'idée de poursuites diverses et variées, soumises par des habitants du quartier à La Tribune ces derniers temps.

"Il n'y a pas de permis de construire pour l'aménagement du local car ce n'est pas nécessaire dans les espaces commerciaux à destination commerciale. Il n'y aura donc probablement même pas de permis. Les riverains vont donc avoir du mal à avoir une démarche juridique sachant que l'achat du local a déjà été fait. Ils peuvent cependant compter sur notre accompagnement pour lutter contre toute forme de nuisance. J'ai prévenu les porteurs du projet du fait qu'ils devront être exemplaires", révèle Olivier Arsac.

Selon Olivier Arsac, la délégation de riverains serait satisfaite de l'accompagnement promis par la mairie de Toulouse et des mesures envisagées par les gérants de l'établissement. Contactées, aucune des deux parties n'a souhaité répondre aux sollicitations de La Tribune.

Si un clap de fin semble se dessiner dans ce dossier, Eric Descargues et Florent Garin devront tout de même se préparer à l'éventualité de poursuites pénales, certains habitants envisageants d'autres biais d'attaque, dont les détails sont pour l'heure flous. La cuisine fantôme ne sera pas parvenue à rester discrète très longtemps au sein du quartier des Chalets...

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