Troisième ligne de métro à Toulouse : finale entre Alstom et CAF pour le matériel roulant ?

Après de multiples reports, Tisséo va enfin annoncer l'opérateur en charge de la production de la future troisième ligne de métro à Toulouse. Après un appel d'offres pour lequel quatre candidats ont répondu, deux d'entre-eux, à savoir CAF et Alstom, semblent tenir la corde grâce à leurs arguments en faveur de l'emploi local. Du côté de Tisséo, on se refuse à tout commentaire, en admettant néanmoins "qu'une hiérarchie se dessine". Décryptage d'un marché à 800 millions d'euros.

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Qui remportera l'appel d'offres portant sur le système roulant de la future troisième ligne de métro à Toulouse ?
Qui remportera l'appel d'offres portant sur le système roulant de la future troisième ligne de métro à Toulouse ? (Crédits : Systra-Arcadis)

En ces temps de ralentissement économique, voire d'incertitude économique, c'est un marché qui bénéficie sans aucun doute d'une certaine attention. Évalué à plus de 800 millions d'euros, l'appel d'offres pour la conception et la livraison du matériel roulant de la future troisième ligne de métro à Toulouse va connaître tout prochainement son dénouement.

Après avoir été reportée une première fois avant l'été en raison de la crise sanitaire, la désignation de l'entreprise ou du groupement lauréat de ce marché phare est attendue mercredi 4 novembre. À cette date, Tisséo, l'autorité organisatrice des transports en commun sur Toulouse et sa métropole, doit annoncer l'heureux élu après un débat et un vote de son comité syndical.

Lire aussi : Troisième ligne de métro à Toulouse : le maire s'attend à un "décalage" dans la mise en service

Pour mémoire, ils sont quatre candidats en lice : le Français Alstom Transport, l'Allemand Siemens Mobility, le consortium italo-japonais Ansaldo-Hitachi et l'Espagnol CAF adossé au Français Thales. "Tous les quatre nous ont remis de très beaux dossiers, de haut niveau", concède à La Tribune Jean-Michel Lattes, élu au conseil municipal de Toulouse et président de Tisséo.

Une visite ministérielle comme un symbole ?

Pour porter un tel jugement, le Monsieur Transports de la Ville rose a reçu sur "son bureau" les dossiers des candidats au tout début de l'été pour analyser les centaines de pages de ces quatre offres.

"Cela fait plusieurs mois que nous déblayons les dossiers et forcément une hiérarchie se dessine. Mais je ne peux pas dire beaucoup plus car nous sommes face à une grande décision soumise à des clauses de confidentialité, sinon il y a un risque que le marché soit annulé. C'est le plus gros que je ferai voter dans ma vie", ajoute Jean-Michel Lattes.

Néanmoins, quelques signaux faibles peuvent attester de cette hiérarchie entre les candidats. Tout d'abord, quelques jours après avoir annoncé que l'État apporterait une subvention de 200 millions d'euros pour cette future troisième ligne de métro à Toulouse, le ministre délégué chargé des Transports Jean-Baptiste Djebbari s'est rendu le 2 octobre en Occitanie. À l'occasion de ce déplacement dans les Hautes-Pyrénées (département de la région Occitanie), le membre du gouvernement a visité l'usine d'Alstom à Séméac et celle de CAF à Bagnères-de-Bigorre, pour y annoncer notamment des investissements dans la relance pour le ferroviaire.

L'emploi local, grand gagnant de ce marché rarissime ?

Le signe d'une finale entre le Français et l'Espagnol pour le matériel roulant de la troisième ligne de métro à Toulouse, ou simple coïncidence ? En tout cas, par rapport aux deux autres candidats, Alstom et CAF jouent à fond, dans leurs communications externes respectives une carte : celle de l'emploi local. Un argument qui ne peux laisser insensible les élus locaux de Toulouse face à cette crise, surtout quand le maire fraîchement réélu a fait de l'emploi la pierre angulaire de sa campagne d'entre-deux tours des élections municipales.

Lire aussi : Municipales : la stratégie de Moudenc pour doper l'emploi à Toulouse

"Je pense que nous avons l'offre la plus locale des prétendants car tous les membres de notre consortium ont des implantations dans l'agglomération toulousaine ou dans la région Occitanie. En cas d'issue favorable, ce sont des dizaines d'emplois directs pour l'écosystème local qui seront créés mais globalement des centaines à l'échelle de notre consortium", annonçait à La Tribune en ce début d'année Olivier Achard, vice-président de Thales en charge du marketing et des ventes des systèmes pour le transport terrestre, envoyé dans la Ville rose pour tenter de remporter cet appel d'offres aux côtés de CAF.

Lire aussi : 3ème ligne de métro : Thales espère obtenir le marché avec son offre régionale

Si jamais l'offre franco-espagnole venait à être retenue par Tisséo, l'un des grands gagnants locaux de cette décision serait particulièrement le site du groupe CAF à Bagnères-de-Bigorre. Après avoir remporté en fin d'année 2019 un marché de 700 millions d'euros émis par SNCF Mobilités pour construire 28 rames de trains Intercités, les équipes sur place sont passées de 100 à 350 salariés, sans parler d'une extension du site de production. Thales assure que l'obtention du système roulant du métro de Toulouse aurait des effets similaires sur l'emploi local dans les Hautes-Pyrénées. Contactée, la direction de CAF France n'a pas encore donné suite aux sollicitations de La Tribune à l'heure où nous publions cet article. Cependant, face à l'argument de l'emploi local et régional, cette offre aurait les préférences du Conseil régional d'Occitanie, qui a accompagné financièrement le groupe dans l'extension de ce site de production.

Alstom a aussi des arguments locaux

Face à ces annonces, les autres candidats ne veulent pas rester sans voix dont tout particulièrement Alstom comme avancé plus haut. "Alstom espère que son expertise en matière de conception, de déploiement et d'intégration de systèmes de métros automatiques soit retenue pour ce grand projet national", déclare la direction du groupe contactée par La Tribune, tout en rappelant son implication dans des projets comme le Grand Paris Express ou encore le métro de Montréal.

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Le groupe qui est notamment à l'origine de la construction des rames du tramway de Toulouse et Montpellier fait savoir à La Tribune que pour "le projet de métro c'est bien à Toulouse qu'il y aura le plus d'heures réalisées en raison de la nature système du projet", que Tisséo souhaite tout automatique, à l'image des lignes A et B déjà en service dans la ville. "Toulouse sera le centre névralgique du projet incluant notamment des activités de management, coordination, une partie étude, installation, essais et qui génèrent le développement de l'emploi local", promet Alstom.

Pour appuyer ses propos, ce dernier met en avant la création deux ans plus tôt, aux côtés de Safran et IGE+XAO, d'un Centre d'excellence d'ingénierie des systèmes électriques ferroviaires embarqués. Dans cet établissement innovant, une centaine de salariés y travaillent dont un quart sont des équipes du groupe français.

Reste maintenant à savoir si cela sera suffisant pour convaincre Tisséo, qui a aussi l'option de désigné Siemens Mobility, l'opérateur qui réalisé les systèmes roulants des deux premières lignes du métro à Toulouse et dont la Ville rose concentre toutes les équipes en lien avec le métro automatique de l'Allemand. Joint par La Tribune, "l'échéance étant désormais très proche, Siemens ne souhaite pas s'exprimer sur ce sujet dans les médias", fait savoir sa cellule communication. Dans les coulisses, il se dit surtout que Siemens a déjà enterré tout espoir d'obtenir ce marché colossal face à Alstom et CAF. Mais une surprise n'est pas à écarter dans ce type de situation. Par exemple, la désignation du groupement italo-japonais Ansaldo-Hitachi en serait une face à la grande discrétion de ce candidat. Présent en France depuis 1901, celui-ci est notamment en charge de la maintenance de plusieurs lignes du métro de Paris et reste le principal fournisseur de la signalétique pour les lignes de train à grande vitesse en France. Verdict dans moins d'une semaine désormais !

Lire aussi : À l'aube des municipales, Tisséo veut la troisième ligne de métro "la plus verte possible"

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Commentaires 3
à écrit le 02/11/2020 à 8:26
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L'un ou l'autre sont des très beaux finalistes avec du matériel très séduisant si cela est avéré ? L'essentiel est que Siemens et sont Neoval ridicule fabriqué en Autriche qui en plus avec sont guidage central compatible avec aucun système en soit é...

le 02/11/2020 à 18:10
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Effectivement, les quatre concurrents sont de parfaits acteurs dans le monde du ferroviaire. Contrairement a "Filoustyle" dont le point de vue technologique est discutable; oui, à l'époque des calèches, les cochers voyaient d'un très mauvais œil l'a...

le 03/11/2020 à 9:27
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Mon point de vue technologique est discutable ? Vous affirmez je vous cite "Neoval est un système innovant est sur" je vous pose la question êtes vous madame Irma ? Car Neoval est unique dans le monde il vient d'être installé à Rennes, enfin ils...

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