Les services, le nouvel or noir d'Airbus

L'avionneur européen compte profiter de l'explosion du marché des services notamment en matière de données pour dégager des marges commerciales à deux chiffres. Ce segment traditionnellement prisé par les sous-traitants, attire aussi de plus en plus de startups avec lesquelles Airbus peut collaborer. Les précisions de Philippe Mhun, vice-président des programmes et des services.

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Philippe Mhun, vice-président des programmes et des services d'Airbus.
Philippe Mhun, vice-président des programmes et des services d'Airbus. (Crédits : Airbus)

En 50 ans d'existence, Airbus a fabriqué plus de 12 000 avions. C'est cette activité de production qui a fait sa renommée et l'essentiel de sa valeur ajoutée. Désormais l'avionneur européen mise sur un autre segment : les services. Une activité très lucrative : "Les marges sont à deux chiffres, de l'ordre de 10 à 20%", a indiqué Philippe Mhun, vice-président des programmes et des services le 29 octobre à l'occasion d'une conférence organisée par l'Académie de l'air et de l'espace à Toulouse.

Cinq trillions de dollars en jeu

Source de bénéfices importante, cette activité va connaître une explosion dans les décennies à venir. "Le marché des services est estimé au niveau mondial à près de cinq trillions (milliards de milliards ) de dollars sur les vingt prochaines années", a pointé le dirigeant, avant de préciser :

"Le potentiel est de 2,4 trillions de dollars pour les activités liées à la disponibilité de l'avion. Comment faire par exemple si l'appareil a un problème nécessitant de la maintenance pour que les passagers ne restent pas bloqués au sol 24 heures. Ensuite, le marché est estimé à 1,4 trillion pour opérer l'avion de la manière la plus optimale. Cela peut-être par exemple avec l'optimisation des trajectoires pour économiser du carburant. Enfin, 1,1 trillion pourrait provenir d'une expérience passager accrue. Les compagnies aériennes cherchent aujourd'hui à se différencier en proposant de nouveaux services, à l'image du Wifi."

Pour le moment, ces activités représentent une toute petite partie du chiffre d'affaires d'Airbus.

"Les services ont généré 3,7 milliards de dollars (3,3 milliards d'euros) en 2018, à comparer avec les 55 milliards d'euros provenant des commandes d'avions", indique Philippe Mhun.

C'est deux fois moins que Boeing sur un périmètre comparable. Le concurrent américain a même créé en 2017 une entité dédiée, Boeing Global Services.

15 compagnies aériennes abonnées à la version payante de Skywise

Pour rattraper le coche, Airbus mise beaucoup sur sa plateforme de big data Skywise. "Cet outil permet de collecter les données de 24 000 paramètres de l'avion (contre 420 sur les solutions précédentes). Une centaine de compagnies aériennes ont accepté de partager leurs données", remarque le vice-président de l'avionneur. Ce premier service, baptisé Skywise Core, est gratuit. Les compagnies mettent à disposition leurs données (qui sont anonymisées) et peuvent les comparer avec celles des concurrents. Les rapports de données sont accessibles en douze heures alors que la tâche prenait entre six mois et trois ans auparavant.

Lire aussi : Aéronautique : le bon filon de la data

"Par ailleurs, nous commercialisons une version payante (Skywise Predictive Maintenance) centrée sur de la maintenance prédictive. Cela veut dire que l'outil est capable de dire que dans 30 heures, telle pièce aura besoin d'être changée. Ces prévisions permettent d'effectuer les opérations de maintenance avant la panne. Une quinzaine de compagnies aériennes ont déjà souscrit à ce service premium", annonce Philippe Mhun.

Un marché convoité par les sous-traitants et les startups

Mais en misant sur la maintenance prédictive, Airbus se positionne sur le segment de la MRO (Maintenance, repair, and operations), historiquement adressé par les sous-traitants et plus spécifiquement les équipementiers. Le groupe toulousain Liebherr Aerospace a d'ailleurs développé son propre data lab dans l'optique de prédire les pannes. "La bataille est ouverte", avait commenté de son côté Philippe Petitcolin, directeur général du groupe Safran en 2018 dans Air et Cosmos. Outre Skywise, les équipementiers sont confrontés au retour de Boeing dans les sièges d'avions de ligne, le déploiement d'Airbus dans la maintenance prédictive (et plus) et la mise en place d'alliances dans les secteurs de la MRO. "Il y aura une très forte concurrence au début et les compagnies aériennes profiteront des services offerts. Au final, les meilleurs gagneront. Nous jouerons avec nos armes pour récupérer une part de ces marchés", avait réagi le dirigeant.

Pour autant, Philippe Mhun n'estime pas qu'Airbus empiète sur l'activité des sous-traitants.

"Il est vrai que ces derniers réalisent historiquement des marges importantes sur le service après-vente. Mais aujourd'hui, le marché connaît une telle croissance que ce n'est pas un problème. D'ailleurs, certains sous-traitants comme Liebherr contribuent à Skywise."

Ces nouveaux services sont aussi convoités par une pléthore de startups, le coût d'accès aux services étant moins important que pour la fabrication en série d'avions. Airbus n'est pas insensible à cet essor. "Nous avons racheté par exemple la jeune pousse VRnam. Elle a mis au point un outil de réalité virtuelle pour former les pilotes sans passer par les simulateurs de vol", fait remarquer le dirigeant.

L'avionneur encourage ses salariés à créer leur startup dans ce domaine. Ces intrapreneurs ayant la possibilité d'être hébergé au sein de l'accélérateur maison, le Bizlab. Un ancien ingénieur d'Airbus a ainsi eu l'idée de créer Donéclé. La jeune société  toulousaine utilise des drones pour inspecter les avions et détecter notamment des impacts de foudre. Airbus a décidé d'intégrer la technologie à son offre de services. Face à un marché en plein essor et convoité de toutes parts, le géant aéronautique développe donc une stratégie multiforme pour ne pas passer à côté d'une innovation de rupture.

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Commentaires 8
à écrit le 05/02/2020 à 5:35
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Vous rendez vous cpte de l'énormité du chiffre que vous annoncez : 1 mds de mds= 10^18. Plutôt 1 millier de mds=10^12, ce qui est déjà énorme, soit 1 trillion.

à écrit le 01/11/2019 à 18:25
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Je pense qu'il est toujours bon de ne pas avoir les deux pieds dans le même sabot. Question: en tant qu'individuel, pourra-t-on investir dans la branche services d'Airbus ?

à écrit le 01/11/2019 à 11:06
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Quand on commence à brandir les services pour entretenir son business ça sent quand même un peu le sapin hein...

le 01/11/2019 à 16:43
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pour quelle raison?

le 01/11/2019 à 20:58
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Au contraire, plus il y a d avion en service et plus il y aura besoin de services pour les maintenir en vol. C est un marché énorme pour lequel Airbus ne doit pas passer à côté. Je dirai même que c est l avenir tout en n oubliant pas de produire des...

le 02/11/2019 à 9:25
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Parce que ce que cela veut dire que l'on vend moins et quand on vend moins c'est que l'on a moins de succès, se cantonner sur les services ressemblant plutôt à un pas en arrière, une guerre de tranchées. Par ailleurs vendre du service à qui ? A u...

le 02/11/2019 à 13:19
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"Parce que ce que cela veut dire que l'on vend moins et quand on vend moins c'est que l'on a moins de succès, se cantonner sur les services ressemblant plutôt à un pas en arrière, une guerre de tranchées." Personne n'a dit qu'Airbus allait se cant...

le 02/11/2019 à 17:16
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@ multipseudos: "Personne n'a dit qu'Airbus allait se cantonner au service." Non mais airbus vendant moins il faut bien aller chercher le fric quelque part ! Or l'économie s'assombrit durablement pour le secteur aéronautique. Deux compagnies l...

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