Vendre sa startup, une fausse bonne idée ?

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Startups et experts ont témoigné sur la thématique : faut-il vendre sa startup ?.
Startups et experts ont témoigné sur la thématique : "faut-il vendre sa startup ?". (Crédits : Rémi Benoit)
Se faire racheter pour grandir ou tout simplement survivre ? C'était le thème du débat organisé lundi 30 septembre par La Tribune, à Toulouse, à l'occasion de la présentation de la 5ème édition du Startupper, le guide des jeunes pousses en Occitanie. Témoignages et conseils de startuppers qui ont vendu (ou pas) leur société.

Faire grandir sa startup au point d'être courtisé par une grande société qui veut la racheter. C'est le rêve pour beaucoup d'entrepreneurs, mais le tableau est-il vraiment si idyllique ? Pour en débattre, la Tribune a convié cinq experts, lundi 30 septembre, en ouverture du festival de l'Homo Numericus organisé par la Mêlée numérique et à l'occasion de la sortie en kiosque du Startupper, le guide des jeunes pousses en Occitanie.

Un rachat pour survivre à la concurrence

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Le confondateur de Noova, Pierre Guérin, a revendu sa société à Brico Privé (Crédits : Rémi Benoit).

Pierre Guérin est le cofondateur de Noova, une plateforme de e-commerce dédiée aux objets innovants conçus par les startups. Pas moins de deux ans après la création de la jeune société, Noova est rachetée en 2017 par le Toulousain Brico Privé, site professionnel d'articles de bricolage. Pourtant, ce n'était pas le plan de départ.

"Nous avons créé la startup pendant nos études. Au bout d'un an, nous avions un gros millier de startups référencées sur la plateforme avec une vraie trajectoire de croissance. Seulement, nous avions les salaires de 15 personnes à payer à la fin du mois et en tant que cofondateur je ne me payais pas toujours. Nous avons commencé à chercher à lever des fonds en France. Brico Privé a d'abord proposé d'entrer au capital puis finalement de tout racheter. Pour nous, c'était une façon de pérenniser les emplois", témoigne l'entrepreneur.

Deux ans plus tard, il ne regrette pas son choix. "Depuis notre rachat, le marché du e-commerce s'est fortement durci avec beaucoup de nouveaux concurrents. Un site de e-commerce peut couler en six mois".

Bien négocier la gouvernance

Pour d'autres startups, quelques années après le rachat, le bilan est moins rose. C'est le cas par exemple pour Claudia Zimmer, cofondatrice d'Aquafadas, société montpelliéraine créatrice d'un logiciel pour lire les magazines et les livres numériques. Elle a été rachetée en 2012 par le groupe japonais Rakuten qui a aussi pris le contrôle de Kobo.

"À l'origine, Kobo était notre concurrent mais nous avons voulu rejoindre le groupe Rakuten pour mener ensemble la bataille sur ce segment (face à Amazon par exemple, ndlr). On avait une superbe technologie et déjà signé avec de grands éditeurs comme Gallimard, Lagardère ou Prisma. Mais on s'est aperçu que nous n'avions pas du tout les mêmes clients que Kobo. Cela a été très douloureux", raconte la cheffe d'entreprise.

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Claudia Zimmer a vite déchanté lors du rachat de sa startup. (Crédits : Rémi Benoit)

Claudia Zimmer, qui a quitté depuis Aquafadas pour fonder la société Cyme, se souvient aussi du choc d'arriver dans un grand groupe.

"D'un coup, il faut laisser les rennes. De plus, chaque jour il faut envoyer ses résultats pour actualiser le chiffre d'affaires mondial du groupe. Et à partir du mois de juillet, je devais me battre pour obtenir des investissements pour le budget de l'année suivante. Si j'avais un conseil à donner aux startups, c'est de négocier au moment du rachat non seulement le montant de la transaction mais aussi les conditions de gouvernance et les investissements annuels pour votre société", alerte-t-elle.

Sur le plan des investissements, Noova a pu depuis son rachat bénéficier au contraire des bienfaits de la mutualisation à l'échelle du groupe.

"Brico Privé a racheté une autre plateforme et l'idée est que les dépenses soient dupliquées de manière équivalente sur les trois plateformes. C'est le cas par exemple pour les dépenses marketing ou technologiques pour nos sites", pointe Pierre Guérin.

La présidente du directoire d'Irdi Sodirec Gestion Corinne d'Agrain rebondit sur ces propos :

"Ces témoignages sont très importants. Il faut toujours garder à l'esprit l'intérêt social de la société, ce qui va lui permettre de créer de la valeur et veiller aux souhaits managériaux. De leur côté, les grands groupes doivent être plus agiles pour s'imprégner de cette rapidité d'exécution des startups."

Chercher à être rentable avant tout

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"Les startups doivent aussi viser en priorité la rentabilité", pointe Nadia Pellefigue. (Crédits : Rémi Benoit)

Pour autant, vendre sa startup, n'est la panacée pour tous les entrepreneurs. Marc de Zordo, fondateur de Getfluence, plateforme de mise en relation entre annonceurs et éditeurs fondée il y a 18 mois, écarte pour l'instant totalement cette option :

"Ma priorité a toujours été de gérer ma croissance en étant rentable, ce qui est chose faite depuis mai dernier. La base est d'identifier un modèle économique fiable et de lancer une levée de fonds qu'au moment où nous sommes limités en terme de cash. Pour ce qui est du rachat, si évidemment une société américaine me propose un prix délirant en théorie tout s'achète, mais ce n'est pas du tout à l'ordre du jour. Nous consacrons notre développement sur le segment européen."

Une vision partagée par la vice-présidente de la Région Occitanie en charge notamment de l'innovation, Nadia Pellefigue : "La priorité d'une startup doit être de chercher des clients. Les médias focalisent souvent sur le montant des levées de fonds mais le plus important est de dégager un chiffre d'affaires".

71,5 millions d'euros levés en Occitanie au premier semestre

À ce sujet, Antoine Pierre, consultant chez In extenso, a présenté en exclusivité le baromètre des levées de fonds au premier semestre 2019.

in extenso

"71,5 millions d'euros ont été récoltés au cours de 15 tours de table en Occitanie, qui est la troisième région de France en matière de levée de fonds. Le ticket moyen est établi à 5,4 millions d'euros en moyenne. C'est moins qu'à l'échelle française où il s'établit à 9,7 millions d'euros", a-t-il détaillé.

Parmi les plus grosses levées de fonds figurent notamment la société montpelliéraine Lunchr (30,9 millions d'euros) et les Toulousains de Scopelec (11 millions d'euros et 18 millions en dette) et Syntony (6 millions d'euros).

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Commentaires
a écrit le 02/10/2019 à 3:53 :
Creer sa "sartUP" et la vendre peu apres ? Mais c'est le but.

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