Formation : Bizness veut "utiliser le meilleur de l’humain et du digital"

Elle veut dépoussiérer la formation grâce à des produits innovants comme un simulateur d'entretien d'embauche numérique ou encore une tablette de matching pour faciliter la rencontre entre étudiants en recherche d'un apprentissage et des entreprises. La société toulousaine Bizness, au chiffre d'affaires en forte croissance cherche désormais à passer un cap dans son développement. Entretien avec Nicolas Rivière, directeur général du groupe Bizness.
Bizness réfléchit à la manière dont elle veut passer un cap dans son développement.
Bizness réfléchit à la manière dont elle veut passer un cap dans son développement. (Crédits : Rémi Benoit)

La Tribune : Les métiers de demain ne seront pas ceux d'aujourd'hui, alors comment un acteur de la formation comme Bizness se place par rapport à ces changements à venir ?

Nicolas Rivière : C'est réjouissant. Quand on dit que 70 à 80% des métiers de 2030 n'existent pas encore aujourd'hui, cela veut dire qu'il y une vraie problématique en France actuellement d'employabilité et la formation professionnelle est l'un des moyens pour y répondre. Par exemple, on travaille déjà avec des clients banquiers qui sont durement impactés par la transformation digitale dans leur métier de conseiller de clientèle. C'est un métier qui a fortement évolué depuis cinq ans et on se pose même la question de savoir s'il existera encore dans cinq ans. Mais aujourd'hui déjà, nous sommes obligés d'accompagner les nouvelles compétences que ces personnes doivent développer pour être en capacité d'être à l'aise dans leur métier, développer leur employabilité et donc la compétitivité de notre client. Pour 2030, cela sera pareil, c'est une formidable opportunité pour nous de nous réinventer.

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Les modules d'apprentissage en ligne sont de plus en plus tendance, via les Mooc, notamment. Se dirige-t-on vers la fin des formations classiques, avec un intervenant face des humains ?

Je ne serai pas aussi affirmatif que vous en tant que professionnel de la formation. Pour autant, nous ne pouvons pas nier aujourd'hui qu'il y a une vraie tendance à proposer une expérience de formation qui passe par le digital. Depuis cinq ans, le digital touche toutes les entreprises, et le monde de la formation n'y échappe pas. On ne peut plus se former aujourd'hui comme on se formait auparavant car les modes de consommation de la formation ont changé et il est donc important désormais de proposer une expérience de formation en adéquation avec les besoins des apprenants.

Aujourd'hui, ils ne peuvent pas arriver en formation et avoir l'impression de faire un pas 10 ans en arrière. Le digital a une place évidente dans la formation, cependant nous nous revendiquons dans notre positionnement comme une sorte de global player de la formation. Cela signifie que nous voulons utiliser le meilleur de l'humain et du digital. Pour favoriser la montée en compétence, l'un ne va pas sans l'autre, nous avons encore besoin de l'humain. Peut-être que dans 10 ans je vous dirais quelque chose de différent.

Ce modèle de formation a séduit combien de personnes au cours de l'année 2018 ? Est-ce mieux qu'en 2017 ?

En 2018, nous avons formé environ 20 000 personnes, ce qui est mieux qu'au cours de l'année 2017. Cette croissance du nombre d'utilisateurs est parallèle à notre performance économique puisque l'année 2018 sera encore une année de croissance pour nous (l'exercice financier de Bizness se clôture en mars 2019, ndlr). Notre chiffre d'affaires devrait augmenter entre 10 et 15% (en 2017, celui-ci était de 10 millions d'euros, ndlr). Une croissance de notre activité qui devrait être encore plus importante du côté de Jump, notre entreprise qui conçoit nos solutions, avec une croissance aux alentours de 30% pour sa seconde année d'exercice.

Pour séduire davantage d'apprenants, Bizness a la volonté d'équiper Skillgym, votre simulateur d'entretien professionnel virtuel, de la reconnaissance vocale. Quand cette nouvelle version sera-t-elle disponible ?

Skillgym est un outil que nous développons en partenariat avec une société italo-suisse qui s'appelle Lifelike. Dans le cadre d'un programme de R&D en interne, ils sont en train de mettre au point cette reconnaissance vocale pour Skillgym notamment. Aujourd'hui, l'outil s'utilise via une commande tactile, mais demain l'objectif est d'interagir de manière orale avec le logiciel comme en situation réelle. Cependant, il faut être conscient que c'est une technologie qui n'est pas simple à mettre en œuvre. Cela demande encore beaucoup de travail en intelligence artificielle, mais nous sommes quand même en tests et je pense qu'en 2019 nous lancerons nos premiers Skillgym avec la reconnaissance vocale.

Vous devez donc vous réjouir que le tissu scientifique toulousain se soit porté candidat pour obtenir un institut 3IA ?

Tout à fait. C'est un projet avec lequel on pourrait s'associer. Jusqu'à présent, chez Jump, nous avons beaucoup internalisé les choses avec nos propres développeurs etc. Le calcul de demain est de se dire quand on a un pôle de compétences comme ce qui devrait se créer sur l'intelligence artificielle à Toulouse, n'avons-t-on pas intérêt à passer un partenariat avec une startup qui va être focus sur un sujet qui est l'intelligence artificielle et qui va nous permettre de gagner du temps, au lieu de passer un an à essayer de développer un outil en interne ? Si une jeune entreprise a déjà mis au point un produit performant que nous pouvons dupliquer sur nos outils alors cela pourrait être une solution.

Bizness a envoyé ses équipes au Toulouse Games Show, début décembre 2018, un salon dédié à la culture geek. Quel est intérêt pour votre entreprise à se rendre à ce type d'événement ?

Cet événement a été l'occasion pour nous de rencontrer des personnes qui gravitent autour du numérique. Aujourd'hui, les métiers du numérique sont des métiers très tendus. Il faut savoir qu'un développeur aujourd'hui est une personne qui a 10 offres d'emplois. Nous sommes donc allés au TGS car nous pensions que c'était intéressant pour nous en tant qu'agitateur du monde digital de la formation d'aller rencontrer des candidats potentiels, avec cette culture un peu geek et qui sont tout à fait en adéquation avec les profils de personnes que nous pouvons rechercher pour intégrer Jump. Nous avons ainsi rencontré beaucoup de personnes qui sont intéressés par le projet.

Quels sont les effectifs au sein du groupe Bizness actuellement ?

Aujourd'hui, chez Bizness, nous avons 36 collaborateurs et 18 personnes chez Jump. Sans compter que nous avons encore des postes ouverts (deux chez Jump et cinq au sein de Bizness) sur différents métiers, dont le commerce, la chefferie de projets, le marketing et la communication. nous allons ouvrir prochainement un poste de directeur de contrôle de la qualité client car quand on grandit trop vite, parfois on oublie quelques étapes.

Il y a encore trois ans et demi, nous étions à peine une quinzaine et désormais plus de 50, sans oublier nos 70 consultants formateurs qui travaillent avec nous.

En novembre 2017, le président du groupe Bizness, Bruno Sola, s'est dit "ouvert à des accélérateurs de croissance" pour accompagner à l'avenir l'entreprise. Où en êtes-vous sur ce point ?

Nous sommes approchés plusieurs fois par mois par des fonds et sociétés qui ont la volonté d'investir dans notre business. Nous ne manquons donc pas de sollicitations et c'est vrai qu'une levée de fonds nous permettrait d'aller plus vite dans notre déploiement en France et à l'étranger, dans notre croissance et le développement de nos produits. Mais nous souhaitons rester maître de notre destin. C'est une question qui est donc toujours à l'étude.

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