Europe spatiale : "Nous sommes à 99% d'accord avec Tom Enders" (Gilles Rabin, Cnes)

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Yann Barbaux (Aerospace Valley) et Gilles Rabin (Cnes).
Yann Barbaux (Aerospace Valley) et Gilles Rabin (Cnes). (Crédits : Rémi Benoit)
Alors que s'est ouvert mardi 26 juin le Toulouse Space Show, La Tribune a fait débattre les principaux acteurs de l'écosystème du spatial pour savoir si Toulouse peut garder le leadership du secteur. L'occasion de revenir sur la stratégie européenne à mettre en place pour faire face aux assauts technologiques venus des États-Unis et de la Chine.

Le 17 juin dernier, dans un courrier adressé à Angela Merkel et Emmanuel Macron et révélé par La Tribune, le président d'Airbus Tom Enders attaquait frontalement l'ESA et les agences spatiales nationales accusées d'avoir une gouvernance et des processus de prise de décision "clairement insuffisants pour faire face à un environnement nouveau, très dynamique et qui change rapidement"... En d'autres termes, d'être dépassées par le New Space. Il estimait par ailleurs que "l'industrie seule ne sera pas en mesure de réussir dans le nouvel environnement spatial. Un alignement étroit entre les gouvernements et une vision européenne claire pour les futurs projets spatiaux, ainsi que des politiques et des budgets en phase avec cette vision, sont d'une importance cruciale".

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(Crédit : Rémi Benoit).

À l'occasion du Space Forum organisé mardi 26 juin au centre des congrès Pierre Baudis à Toulouse par la Tribune, Gilles Rabin, directeur de l'innovation et des applications de la sciences au Cnes a réagi à ce courrier choc.

"Nous sommes d'accord à 99% avec ce que dit Tom Enders dans ce courrier. Il faut aller plus vite, être plus ambitieux... Le 1% c'est parce que si l'on peut se passer des agences spatiales, pourquoi Airbus vient voir le Cnes pour financer son Space Tug (projet de remorqueur spatial, ndlr), pourquoi ne vont-ils pas voir le CGI (commissariat général à l'investissement, chargé de distribuer les aides financières dans le cadre des programmes d'investissement d'avenir, ndlr) directement ?

Concernant le projet Connect de Thales Alenia Space (service internet par satellite), nous avons passé nos journées au ministère pendant six mois pour expliquer que des opérateurs télécoms comme Orange ne pourraient pas installer la fibre optique dans toute la France et qu'on avait besoin du spatial pour fournir des services internet."

Gilles Rabin ajoute qu'il est faux de penser "qu'il y a d'un côté les acteurs publics qui travaillent dans leur coin pour des missions vers Mars et de l'autre, des acteurs privés qui font du business. Comme pour les biotech dans le secteur de la santé, la filière spatiale aura toujours besoin d'argent public".

De son côté, Éric de Saintignon, vice-président d'Airbus et encore récemment à la tête de OneWeb Satellites, explique "qu'il ne faut pas oublier que Space X est une initiative privée qui a été largement aidée par le gouvernement américain".

Lire aussi : OneWeb Satellites : Airbus expérimente la production en série des satellites

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Éric de Saintignon, vice-président d'Airbus (Crédit : Rémi Benoit).

Pour Pacôme Revillon, président d'Euroconsult, "on a l'impression que les États-Unis avancent aujourd'hui alors que la plupart des constellations en sont encore à l'état de projet, elles ne seront lancées que vers 2021-2022. La plupart des sociétés sont en train de promouvoir, d'essayer de vendre leur idée. En Europe, on attend davantage de bien verrouiller le concept avant d'en faire la promotion". Un constat partagé par Yann Barbaux, président du pôle de compétitivité Aerospace Valley : "Le rapport au risque est très différent. On le voit sur les véhicules autonomes : des accidents ont déjà été recensés côté US alors qu'en Europe on va certifier les voitures avant de les faire rouler".

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Pacôme Revillon, président d'EuroConsult (Crédit : Rémi Benoit).

"Une guerre technologique" avec les États-Unis et la Chine

Reste que pour Gilles Rabin, "il faut arrêter de fantasmer, il n'y aura de Silicon Valley à Toulouse parce qu'il n'y a pas de venture capital (capital-risque) à la hauteur de ce qui se fait aux États-Unis. Nous sommes face à une guerre technologique et l'Europe est confrontée à une dépendance numérique très forte vis-à-vis de l'Amérique du Nord. Les entreprises du New Space là-bas ne cherchent pas seulement à faire de l'argent. L'enjeu est que certains aimeraient que l'Europe connaisse de vraies difficultés pour qu'il n'y ait plus que deux pays leaders dans le spatial, les États-Unis et la Chine". Le président d'EuroConsult Pacôme Révillon considère lui aussi "que si l'on parle beaucoup du New Space américain, on n'a pas conscience aujourd'hui de la puissance du New Space chinois".

Ludovic Daudois (Comat), désigné manageur de l'année

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Ludovic Daudois, directeur général de Comat a reçu le prix de manageur de l'année (Crédit : Rémi Benoit).

À l'issue des différentes tables-rondes, la Tribune a décerné les trophées du spatial.

  • Anywaves qui fabrique des antennes en 3D pour les nanosatellites a remporté le prix de l'innovation (parrainé par BNP Paribas).

Lire aussi : New Space : les cinq startups qui comptent à Toulouse

  • Latécoère Interconnection Systems a gagné le prix supply chain (parrainé par le club Galaxie) qui récompense une entreprise qui a mobilisé ses ressources internes pour piloter de façon efficace sa chaîne d'approvisionnement.
  • Le prix croissance à l'international a été remis à WeatherForce par le parrain (le Sicoval).
  • Syntony est le lauréat du prix transfert de technologie parrainé par l'Isae-Supaero et le Centre spatial universitaire de Toulouse.

Lire aussi : Syntony met le GPS dans les métros du monde entier

  • Enfin, Ludovic Daudois (Comat) a remporté le prix manageur de l'année parrainé par Toulouse Métropole.

Lire aussi : Comat se lance dans la propulsion électrique pour les petits satellites

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Commentaires
a écrit le 28/06/2018 à 14:09 :
On serait réellement d'accord à 99% si Tommy reconnaissait que l'innovation pédale aussi dans la semoule au sein du Groupe Airbus. Le New Space est à mon sens un mirage. Mirage car il anticipe sur des acquis technologiques encore inexistants. A t-on éprouvé l'équilibre technico-économique des méga-constellations ? Combien Elon Musk met-il de sa propre poche pour rendre en apparence le FalconX rentable et concurrentiel ? Quid de tous ces concepts propulsifs électriques jamais testés en vol mais sur la base desquels sont montées des start-ups en série ? Le New Space n'a de "New" que le fantasme qu'on lui confère. New space, new management, new age, new wave, new pop,... new flop!
a écrit le 28/06/2018 à 9:00 :
Hé oui mais c'est que là on se retrouve dans un domaine d'activité dans lequel l'intelligence ne manque pas du coup il est logique que l'on y dénonce la puissante inertie des investisseurs privés et publics européens.

Mais est-ce que cela va motiver ces derniers dorénavant repus à l'évasion fiscale et au détournement des finances publiques ?

La réponse est hélas dans la question.

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