Benoît Bougerol : "Val Tolosa, je suis contre son développement"

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(Crédits : ON / Rémi Benoit)
Invité de la matinale La Tribune-Objectif News ce jeudi 5 mars, Benoît Bougerol est longuement revenu sur le rachat de la librairie Privat. Il s'est également exprimé sur la concurrence avec Amazon et, en tant que président de la commission Commerce à la CCI Midi-Pyrénées, il a avancé des solutions pour sauvegarder les commerces de centre-ville. L'occasion pour lui de donner son opinion sur le projet du centre commercial Val Tolosa.

Ne vous fiez pas à son regard doux et à ses manières policées, Benoît Bougerol sait se montrer ferme et mettre en avant ses convictions. Il l'a démontré le 5 mars, à l'occasion de la première Matinale La Tribune-Objectif News de l'année, lorsque, interrogé par la présidente du collectif Val Tolosa sur la pertinence des projets de vastes zones commerciales excentrées, il a eu cette réponse cinglante : "Il y a une démission globale de nos décideurs sur les territoires aujourd'hui. Je suis contre le développement de Val Tolosa. Je suis contre les villages de marques. À l'ère d'internet, il faut d'abord investir sur les centres-villes. À population égale, si l'on dit que l'on crée 700 emplois, cela signifie que l'on va en détruire 1 000 ailleurs." Allusion à peine masquée à l'extension du Géant Casino de Fenouillet.

Le pari fou de la librairie Privat

Après avoir fait de La Maison du Livre à Rodez une institution, Benoît Bougerol a repris la librairie Privat (en juillet 2013), alors au bord du gouffre, à Toulouse. Mais l'ancien ingénieur de chez IBM rejette l'étiquette du sauveur : "Ce terme m'énerve car ce sont les clients qui sauveront la librairie." S'il affiche aujourd'hui une confiance sans faille, cela n'était pas le cas quinze mois plus tôt, quand il a repris la librairie Privat. À tel point qu'il se demande aujourd'hui s'il le referait. "Investir 700 000 euros en tout, c'est fou. Mais, dans la librairie, nous sommes tous un peu fous, et c'est pour ça que ça marche..."


Une fois la reprise achevée, il a fallu se retrousser les manches en repensant la librairie de fond en comble : refaire la façade, replacer les caisses au milieu et se focaliser sur les rayons traditionnellement les plus porteurs en doublant par exemple la place consacrée au rayon jeunesse. Et, aujourd'hui, les résultats sont là. Le rayon jeunesse a progressé de 60 %. Après quatre ans de pertes - 200 000 euros par an -, un premier bénéfice est attendu pour l'exercice 2014-2015.


Cependant, la bataille est loin d'être gagnée. C'est un travail de longue haleine : "Après la liquidation de Castéla et Virgin, 5 millions d'euros de chiffre d'affaires ont disparu, détaille-t-il. Ils n'ont pas mécaniquement profité aux autres acteurs, seuls 2,5 millions ont pu être récupérés."


La menace Amazon

Est-ce parce que les gens ne lisent plus ? Est-ce un problème de maillage du territoire ? Est-ce dû à de mauvaises habitudes prises sur Internet ? Probablement un peu des trois mais, en matière de produits culturels, la menace la plus sérieuse reste évidemment Amazon. Le géant américain, premier acteur du e-commerce en France sur ce secteur, n'a pas ménagé ses efforts pour écraser la concurrence.

Après avoir longtemps ferraillé avec lui devant les tribunaux, notamment lorsque Benoît Bougerol était président du syndicat de la librairie française, le climat s'est désormais apaisé. Le cadre législatif a évolué en faveur des libraires même si Amazon persiste à chercher des moyens pour contourner la loi, comme sur les frais de port par exemple. Et la question de fond subsiste : comment lutter contre un acteur qui peut se permettre des pertes cumulées de 5 milliards de dollars ?

"En nouant des relations privilégiées avec les éditeurs", avance Benoît Bougerol, car ceux-ci se rendent compte aujourd'hui qu'il est "plus facile de négocier avec les librairies indépendantes" et que "l'indépendance est garante de la diversité". Autre réponse : offrir plus de 200 000 références.

Enfin, le gérant de la librairie Privat insiste sur un point : le caractère très spécifique des librairies. "Ce n'est pas un commerce comme les autres. C'est la seule activité commerciale de détail qui se fait majoritairement en centre-ville."

"Les commerçants ne sont pas le problème mais la solution"

Par cette déclaration, il reprend son rôle de président de la commission commerce de la CCI Midi-Pyrénées. "La manière dont on structure un territoire n'est pas neutre, ajoute-t-il pour appuyer ses propos. Nous menons des actions concrètes pour enrayer la disparition des commerces de centre-ville."

Exemple : la création d'une Union générale du commerce pour fédérer les associations de commerçants. "Nous les formons à ne plus se plaindre, explique-t-il, mais à faire des propositions pour redonner du sens au centre-ville en menant, par exemple, des réflexions sur l'équilibre entre les espaces piétons et le stationnement ou sur le fait de ne pas délocaliser les écoles."

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Commentaires
a écrit le 06/03/2015 à 15:42 :
J' ai appris plus en lisant votre Rèsumè que en ecoutant la dite Conference INAUDIBLE suite au Bruit de Fond de la clim ou du chauffage??

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