Production de foie gras arrêtée dans le Sud-Ouest : quelles conséquences économiques ?

En fin d'année 2022, les éleveurs de canard et de volaille à chaire vont stopper la production pendant un mois face à l'épidémie d'influenza aviaire qui touche durement le pays. L'objectif de cette mesure qui concerne 68 communes du Gers, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques est d'assurer et protéger la production des produits festifs, le foie gras en tête. Mais ce vide sanitaire aura un coût non négligeable pour l'État in fine, qui a déjà versé près d'un milliard d'euros de dédommagement à la filière de l'aviculture en 2022 en raison de cette épidémie. Les détails de cette mesure inédite avec des représentants du secteur.
Les professionnels de l'aviculture se mobilisent dans le Sud-ouest face à l'épidémie d'influenza aviaire.
Les professionnels de l'aviculture se mobilisent dans le Sud-ouest face à l'épidémie d'influenza aviaire. (Crédits : Rémi Benoit)

"C'est une mesure très forte", ne cache pas Philippe Everlet, le responsable du pôle aviculture à la Chambre d'agriculture du Gers. Dans un communiqué commun, l'Association pour la promotion et la défense des produits de palmipèdes à foie gras du Sud-Ouest (Palso) et l'Association interrégionale des volailles en Nouvelle-Aquitaine (Airvol) viennent d'annoncer avoir "acté une réduction drastique voire un arrêt total de la production".

Pourquoi une telle restriction, inédite dans l'histoire de la profession ? "Notre objectif est de protéger les produits festifs de la fin d'année comme le foie gras, le chaperon, la dinde, etc. Après quatre années de crise d'influenza aviaire sur les dernières années, on ne pouvait pas repartir comme avant", justifie Chantal Bréthes, la présidente de Palso, exploitante dans les Landes, département fortement concerné par ces déboires sanitaires à répétition.

Selon les professionnels du secteur, l'année 2022 est le plus grave épisode d'influenza aviaire en France, avec un nombre de foyers qui a grimpé en flèche et des régions comme Pays de La Loire et Bretagne qui sont touchées pour la première fois. Pour preuve, "à la mi-juillet, environ 19,2 millions d'animaux (palmipèdes et volailles) avaient été abattus en France dans le cadre de la gestion de la crise", à en croire les chiffres communiqués par le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire pour illustrer l'ampleur de cette crise que la profession espère contrer avec cette mesure choc.

Dans les faits, ce n'est pas seulement la production de foie gras qui va être stoppée, mais aussi celle des volailles à chaire. Les deux secteurs comptent s'arrêter du 15 décembre 2022 au 15 janvier 2023, une période à hauts risques de contagion de ce virus qui se transmet rapidement en cas de densité animale.

"Ce n'est pas tout le Sud-Ouest qui va s'arrêter de produire, mais un total de 68 communes répartis entre les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et le Gers dont pour ce dernier une dizaine de communes sont concernées", précise Philippe Everlet de la Chambre d'Agriculture du Gers. "D'ici l'officialisation définitive de cette mesure qui doit intervenir avec l'adoption d'un texte par l'interprofession en assemblée générale (le Cifog, ndlr) courant septembre, cela pourrait bouger pour quelques communes. Mais il est certain que ce vide sanitaire se fera", assure Chantal Bréthes.

Des études scientifiques à l'appui

Ce sont dès lors environ 500.000 canards côté palmipèdes qui ne seront pas transformés par la filière et qui manqueront dans les bilans comptables finaux. Pour les producteurs de foie gras et de volailles à chaire, la mesure est ainsi estimée à une perte totale de 12 millions d'euros de chiffre d'affaires. Un sacrifice nécessaire mais non négligeable par exemple pour la filière aviculture du Gers qui, en temps normal, réalise un chiffre d'affaires annuel de 106 millions d'euros mais qui a déjà perdu un quart de sa production en 2021 puis 2022, à cause de l'influenza aviaire véhiculé par les oiseaux migrateurs et le vent.

Pour définir le périmètre géographique, et par conséquent l'ampleur économique, de cette mesure, les chambres d'agriculture du Gers, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques ont enclenché et organisé la concertation avec l'ensemble des acteurs économiques concernés. "La phase 1 de ce travail engagé au début de l'année était d'identifier les communes à la densité animale les plus importantes, puis dans un second temps de plancher sur un train de mesures pour réduire la densité en période de risque de contagion", raconte Philippe Everlet. Les professionnels se sont par la suite appuyés sur des travaux scientifiques pour affiner leur bouclier sanitaire.

"Nous nous sommes basés sur des travaux de l'école vétérinaire de Toulouse, qui a modélisé l'épidémie et ces analyses soulignent la très forte densité animale sur la zone concernée. Mais en 2021, cette densité a été réduite de 28% par les mesures instaurées pour lutter contre l'influenza aviaire, à savoir la fin des élevages en extérieur et leur poursuite à l'intérieur quand cela est possible mais avec forcément moins d'animaux. À la suite de cette démarche, nous avons remarqué qu'il y avait moins de foyers du virus donc nous nous sommes dits qu'il faut aller plus loin en 2022", décrit Chantal Bréthes du Palso, en évoquant sans le nommer ce vide sanitaire. "Avec cette initiative collective, le "plan du bassin de l'Adour" va permettre de synchroniser le vide sanitaire. C'est une mesure pragmatique qui s'appuie sur des données scientifiques", appuie Marie Pierre Pé, la directrice du CIFOG, l'interprofession de la filière foie gras.

Avec cette mesure dans la Zone à risque de diffusion (ZRD) qui englobe le sud des Landes, l'ouest du Gers et le nord des Pyrénées-Atlantiques, touchée chaque année par la virus, les professionnels espèrent retrouver une activité normale en 2023.

Certains professionnels exclus des dispositifs de dédommagement ?

Pour repartir sur de bons rails, les différents représentants des filières de l'aviculture ont obtenu la garantie que l'État compensera les 12 millions d'euros de pertes économiques générées par cette mesure qui se veut proactive."Nous avons tout de même des réunions encore programmées dans les semaines à venir avec le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire pour arrêter le modèle d'indemnisation des producteurs", ajoute Marie Pierre Pé. Cette somme reste une goutte d'eau par rapport aux plus de 800 millions d'euros de dédommagement versés en France par l'État à la filière volaille et foie gras pour le préjudice économique causé par l'influenza aviaire rien qu'en 2022.

"N'est-il pas préférable de dépenser 12 millions d'euros pour les accompagner, plutôt que de verser plus de 500 millions par an en indemnisations ? Sans compter l'impact en termes d'emplois par le recours au chômage partiel et ses conséquences en termes d'activités locales ou régionales (tourisme, gastronomie, etc)", martèle le communiqué diffusé mardi 23 août par les deux associations.

Cependant, les entreprises en aval de la chaîne de production (les abattoirs et conserveries) sont pour l'instant exclues de ce futur régime indemnitaire en lien avec le vide sanitaire à venir. Si elles venaient à être intégrées, quelques millions d'euros supplémentaires pourraient s'ajouter dans la balance.

Quoi qu'il en soit, ces chiffres obligent l'aviculture à certainement revoir son modèle, notamment dans certains territoires. "Il vaut mieux en faire moins et en faire, plutôt qu'en faire trop avec le risque de tout perdre à tout moment. À l'avenir nous devrons certainement revoir comment mieux répartir notre production sur le plan géographique pour limiter cette densité animale", se projette Chantal Bréthes. "Dans les zones à forte densité, il faudra une réflexion sur les périodes de production, c'est inévitable, afin de réduire les risques épidémiques", confirme la directrice du Cifog, Marie Pierre Pé, qui attend aussi beaucoup du vaccin espéré pour 2023 et aujourd'hui en phase de tests.

Lire aussiAprès le foie gras sans gavage, Aviwell veut améliorer la croissance du poulet, porc et poisson d'élevage

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Commentaires 4
à écrit le 28/08/2022 à 9:44
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Le massacre des petits producteurs continue, le marché va se resserrer sur 2 ou 3 gros producteurs, la qualité va dégringoler et les prix monter. Nous sommes en 2022 et nous n'avons toujours rien compris le lobby ahro-industriel continue de décider d...

à écrit le 26/08/2022 à 14:55
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Bien fait pour eux. Ils se sont assez gavé pendant des lustres......................

à écrit le 26/08/2022 à 12:33
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La volaille à chaire, c'est pour ceux qui bouffent du curé ?

le 26/08/2022 à 19:15
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Des oiseaux prêcheurs ?

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