Pour relancer la fonderie SAM, "il n'y a pas de plan B sans Renault" selon MH Industries

Quelques jours après l'annonce de la décision du Lotois MH Industries de ne pas reprendre l'ancienne fonderie SAM dans l'Aveyron, son président a tenu à justifier sa décision auprès des médias mercredi 20 juillet. Matthieu Hède est revenu sur l'obligation de composer avec Renault, unique client du site jusqu'à présent, et dévoile que le constructeur a écarté le dossier non pas pour des considérations économiques et évoque "un frein psychologique".
Le groupe Renault ne veut plus travailler de près ou de loin avec l'ancienne fonderie de la SAM installée dans l'Aveyron.
Le groupe Renault ne veut plus travailler de près ou de loin avec l'ancienne fonderie de la SAM installée dans l'Aveyron. (Crédits : Pierrick Merlet)

Après la liquidation judiciaire de fin novembre, pour les anciens salariés de la fonderie aveyronnaise SAM, l'arrêt du projet de reprise par MH Industries est un second licenciement selon eux. Installés sur le bassin de Viviez-Decazeville, la fonderie et ses quelque 300 salariés croyaient dur comme fer à ce projet industriel préparé depuis janvier, avec le soutien du conseil régional d'Occitanie. "Nous avons été sollicités à plusieurs reprises en fin d'année par la collectivité pour ré-industrialiser le site. En tant qu'entrepreneur, vous n'avez pas l'opportunité tous les jours de mener un tel projet", se remémore Matthieu Hède, le président de MH Industries. Mais la volonté de l'industriel lotois a été confrontée à des obstacles indépendants de sa motivation.

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"Au début, je pensais sincèrement qu'un scénario de redémarrage sans Renault était possible. J'y allais avec l'intention de me passer d'eux. Finalement, les études ont dessiné rapidement deux scénarios : soit avec Renault et dans ce cas, l'amorçage du projet était possible sur le papier, ou bien sans eux mais nous nous sommes aperçus qu'il y avait pas de plan B sans Renault", raconte le dirigeant.

Spécialisée dans la production de pièces en aluminium pour l'industrie automobile avec pour unique client le constructeur automobile français, la fonderie SAM n'avait que des moules adaptés aux marchés signés avec le groupe. Pour comprendre la complexité de la situation, il est important de savoir que produire un moule pour un nouveau client dans ces activités de fonderie prend 10 à 12 mois puis trois à quatre pour le mettre en route. "Reprendre le site et ne pas le faire tourner pendant 18 mois aurait été un désastre économique", admet-il.

"Deux choses ont majoritairement fait capoter l'opération"

Dans ce contexte, convaincre Renault devenait vital pour la suite du projet pour MH Industries. La prise de contact se fait à la fin du mois d'avril. Et l'industriel lotois demande "le minimum" : une relation commerciale de cinq ans, pour cinq références, contre huit millions d'euros de chiffre d'affaires annuel et la promesse de ne plus travailler avec eux par la suite. Le cadre qui assure l'interface semble alors satisfait du deal proposé au point de faire naître de l'optimisme chez Matthieu Hède et l'équipe de trois personnes recrutée en interne pour s'occuper à plein temps de cette opération de croissance.

"Notre interlocuteur était satisfait du sérieux de notre travail. Mais trois semaines plus tard, il est revenu vers nous en nous disant que collectivement ils ne veulent plus travailler avec la SAM et ses anciens salariés. Ils se disent secoués et traumatisés par ce dossier et pour eux la fonderie SAM c'est désormais du passé. Cela a douché nos espoirs... Pour eux, c'était toujours le dossier SAM et non pas celui de MH Industries. Je ne me sentais pas capable de lever ce frein psychologique en interne chez Renault et je comptais sur l'appui de l'État, actionnaire du groupe, pour le faire.

Sincèrement, la première prise de contact a été honnête, ce n'était pas une posture de façade car ils n'ont pas eu le comportement d'une société qui veut totalement de désengager. Ils ont mené plusieurs investissements, avec plusieurs équipements neufs, pour préparer l'arrivée de CIE Automotive (le candidat espagnol au rachat rejeté en bloc par les salariés, ndlr). Ce sont les méchants dans l'histoire car ce sont les derniers à être partis, mais ils sont où les Bosch, Mercedes et autres, qui ont quitté leur navire quelques années plus tôt ?", s'épanche Matthieu Hède.

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Joint par La Tribune, le groupe Renault ne souhaite pas faire de commentaire mais confirme avoir été sollicité par MH Industries dans ce dossier. Seulement, en interne, celui-ci est clos depuis le début de l'année 2022, notamment après que les anciens salariés de la fonderie aveyronnaise ont repoussé collectivement le dédommagement financier proposé par le groupe automobile. De plus, ces mêmes salariés viennent d'enclencher en justice une procédure aux prud'hommes contre Renault.

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"Mais pour moi, deux choses ont majoritairement fait capoter l'opération : la position de Renault et la période électorale qui a fait que pendant deux mois nous n'avons plus eu du son ni d'image du gouvernement. J'ai donc perdu foi en ce projet courant juin car il ne se passait plus rien et nous, nous souhaitions avoir des accords de principe sur tous les points à la fin juin. De plus, l'énergie déployée sur ce projet depuis huit mois a commencé à devenir un frein pour nous. Nous avons retardé des investissements et des opérations de croissance externe pour ne pas manquer de moyens dans l'opération SAM. Nous n'avons rien fait d'autre à côté pendant huit mois et cela risquait de fragiliser notre groupe", ne cache pas Matthieu Hède.

Surtout, en pleine croissance, MH Industries ne peut se permettre de voir son activité ralentir en raison d'un endettement "à la limite supérieure", qui a aussi été un frein pour boucler le financement de la relance de la fonderie SAM estimée de 30 à 45 millions d'euros. "Il nous manquait beaucoup", concède le patron.

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200 emplois attendus en quatre ans

Malgré tout, Matthieu Hède estime que le montage financier aurait pu être bouclé avec la volonté de toutes les parties au regard des enjeux, si cela avait été le seul frein au projet. Si le projet prévoyait 60 recrutements au départ, la nouvelle fonderie aurait employé 200 collaborateurs d'ici quatre ans selon les études réalisées.

"Le projet à moyen terme était viable au point de se passer de Renault par la suite. Nous avions besoin de leur soutien uniquement pour l'amorçage. Je le pense vraiment et des études de marché le prouvent. Au bout de quatre à cinq ans d'activité, nous attendions 30 millions d'euros de chiffre d'affaires, grâce à des marchés souverains comme le ferroviaire, la défense ou le secteur agricole. Une vingtaine de prospects ont montré des marques d'intérêt importantes", assure le dirigeant.

Déçu et surpris du dénouement, Matthieu Hède ne ferme pas la porte néanmoins à une opération de revitalisation du site industriel aveyronnais mais pas tout seul et pas sur le modèle pensé jusqu'à présent. "Je reste à disposition du conseil régional. Mais pour le moment il n'y a rien sur la table et il ne se passera rien sur le site de la SAM avant deux ans", conclut-il.

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