"L’apprentissage nécessite un investissement qui ne doit pas avoir de prix" (Joseph Calvi, CMAR)

Premier président de la Chambre de métiers et de l’artisanat d’Occitanie depuis que l’organisme s’est régionalisé, Joseph Calvi présente à La Tribune ses ambitions pour permettre à l’apprentissage d’atteindre des sommets sur le territoire. Pour augmenter le nombre d'apprentis en Occitanie, il prépare un vaste plan de rénovation et construction concernant les CFA.

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Joseph Calvi a été élu en novembre 2021 à la tête de la Chambre de métiers et de l’artisanat d’Occitanie.
Joseph Calvi a été élu en novembre 2021 à la tête de la Chambre de métiers et de l’artisanat d’Occitanie. (Crédits : CMAR Occitanie)

"Dans ma fonction de président de chambre régionale, ma vérité reste le terrain, la proximité. Souvent, ceux qui prennent des responsabilités régionales ou nationales oublient leur réalité. À titre personnel, mon objectif est de rester ancré dans le local. C'est une mission passionnante !", indique à La Tribune Joseph Calvi, premier Président de la Chambre de métiers et de l'artisanat de la région Occitanie (CMAR).

Autrefois départementales, les CMA de l'Hexagone ont été régionalisées le 1er janvier 2021 avec la loi Pacte. Une initiative qui vise d'abord à gagner en efficacité plutôt qu'à réaliser des économies, puisque les 300 points de contact du réseau sont restés ouverts. En Occitanie, le président de la CMAR a pris ses fonctions en novembre de la même année après des élections consulaires. Jusqu'alors resté discret, il vient tout juste de dévoiler ses ambitions en tant que président de la plus grande chambre de France. Un organisme public qu'il connaît bien, puisqu'il a occupé plusieurs fonctions différentes au sein des CMA depuis 2005.

Le développement de l'apprentissage, dont cet artisan maçon est issu, et un meilleur accompagnement des entreprises artisanales occitanes seront au centre de ses préoccupations pour les cinq prochaines années.

10.000 apprentis en Occitanie d'ici deux ans

"Notre défi est que chaque artisan, où qu'il soit sur le territoire, soit soutenu et accompagné par la chambre de métiers pour sa réussite professionnelle. J'ai pu faire le constat que les chambres de métiers n'étaient plus assez présentes dans l'accompagnement direct des entreprises. La période Covid nous a rapproché d'elles, et nous devons continuer à être dans cette proximité. Car l'apprentissage, c'est aussi aller chercher une solution aux problématiques de main d'oeuvre des entreprises", explique Joseph Calvi.

Cet ariégeois de 52 ans a conscience que les secteurs accompagnés par la CMAR (bâtiment, services, production, alimentation) vivent une transformation de leurs professions, notamment portée par le numérique. Il souhaite en conséquence que les près de 150 formations proposées dans les douze Centres de formation d'apprentis (CFA) d'Occitanie se mettent à la page.

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Joseph Calvi est Président de la Chambre de métiers et de l'artisanat de l'Ariège depuis 2010 (Crédits : Melvin Gardet).

"Nous vivons une transformation importante de nos manières de travailler en cette période de grands changements dans la société et dans nos métiers. Or, les référentiels de diplômes évoluent moins vite que les métiers eux-mêmes. C'est un problème. Avec l'évolution technologique, cela va devenir un problème plus important encore, notamment dans des domaines comme la mécanique. Pour y remédier, nous sommes en train de réfléchir à la création d'un groupe de veille, pour que l'on soit plus réactifs par rapport aux évolutions professionnelles. C'est stratégique si l'on veut que nos entreprises trouvent demain de la main d'oeuvre qualifiée", affirme le Président.

Outre la mise en place d'un groupe de veille, le Président de la CMAR Occitanie devra donner des directives nouvelles à pas moins de 1.500 collaborateurs chargés de faire le lien entre les 140 formations en apprentissage et les 195.000 entreprises artisanales du territoire. Il dispose pour cela d'un budget annuel de 110 millions d'euros qu'il compte bien faire évoluer.

"L'apprentissage nécessite un investissement qui ne doit pas avoir de prix. Son image a changée, mais nous souhaitons continuer à la faire évoluer. Cela contribue à ce que l'on attire des profils qui sont de plus en plus différents. Ce qui a de l'importance, ce que l'on puisse accompagner chacun d'entre eux, car l'apprentissage c'est avant tout de la formation et de l'expérience. En ce sens, c'est la meilleure voire la seule solution efficace", défend-il.

Pour justifier ses propos, Joseph Calvi s'appuie sur une donnée qui reste stable années après années. En 2021, 87 % des apprentis ont trouvé un CDI six mois après la fin de leur formation. Parmi eux, un sur deux crée ou reprend une entreprise artisanale. Des chiffres qui lui font dire que la CMAR doit se préparer "au grand succès de l'apprentissage". Un succès qu'il compte provoquer par des investissements massifs dans les CFA, avec pour but de permettre à l'organisation de passer de 8.771 apprentis inscrits en 2021 à plus de 10.000 en 2024.

Des investissements importants à venir ?

Joseph Calvi souhaite effectivement multiplier les constructions et rénovations de Centres de formation d'apprentis en Occitanie au cours de son mandat, à l'instar de ce qui a été fait à Muret.

« Ce site est le reflet de tout ce que nous voulons faire demain »

Joseph Calvi

L'établissement, dont la rénovation n'en est qu'à ses débuts, est équipé depuis septembre d'un atelier mécanique flambant neuf qui peut abriter des poids lourds. Surtout, il est doté d'innovations technologiques qui renforcent la palette d'outils pédagogiques à destination des professeurs et de leurs apprentis.

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"Nous utilisons les dernières technologies pour enseigner. Cela ne remplace pas leur travail personnel mais cela les implique davantage. Nous n'avons jamais eu ce type d'outils", indique à La Tribune Ludovic Bizeray, professeur de mécanique poids lourds, devant un écran tactile qui facilite l'apprentissage dans ses cours (Crédits : Melvin Gardet).

Ce que Joseph Calvi présente à la presse comme étant l'exemple de ce qu'il souhaite accomplir partout où il le pourra a cependant un coût non-négligeable. À lui tout seul, l'atelier mécanique du CFA de Muret a nécessité un investissement d'1.430.000 euros, dont 200.000 euros uniquement pour l'équipement numérique. La rénovation des anciens bâtiments devrait coûter un peu plus de 15 millions d'euros.

Alors au vu des sommes astronomiques qui vont devoir être injectées dans la rénovation des CFA de la région au cours de ces prochaines années, Joseph Calvi se garde bien d'officialiser un quelconque projet avant que le budget 2022 de la CMAR ne soit voté en juillet. Ce dernier, composé des cotisations des entreprises et de subventions, devra être négocié au cas par cas pour chaque projet. Il a néanmoins indiqué qu'un agrandissement du CFA de l'Ariège est à l'étude, tout comme la création d'un CFA transfrontalier et international en Cerdagne, ou encore la rénovation d'autres établissements.

Reste à savoir si l'énergie déployée par le nouveau président de la Chambre des métiers et de l'artisanat d'Occitanie suffira à convaincre les financeurs de concrétiser ses ambitions.

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