Textile en Occitanie : ascension fulgurante pour l’Atelier Missègle dans le Tarn (4/4)

Spécialisée dans le tricotage de chaussettes, pulls et accessoires à partir de fibres naturelles, l’entreprise familiale connait une croissance jamais atteinte jusque-là. Afin d'entretenir la dynamique, Missègle a investi près d’un million d’euros dans l’agrandissement de son espace de travail situé dans le Tarn. Epaulée par ses deux fils, la fondatrice de la PME a créé, au sein de son entreprise, une école où des anciens forment les jeunes au métier du tricotage.

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Myriam Joly, fondatrice de l'Atelier Missègle accompagnée de ses deux fils, Gaëtan et Olivier Billant, futurs dirigeants de l'affaire familiale.
Myriam Joly, fondatrice de l'Atelier Missègle accompagnée de ses deux fils, Gaëtan et Olivier Billant, futurs dirigeants de l'affaire familiale. (Crédits : Missègle)

Missègle est sortie grandie de la crise sanitaire. L'entreprise familiale, basée à Burlats, aux portes de Castres, dans le Tarn, spécialisée dans le tricotage de chaussettes, pulls et accessoires (colants, leggings, écharpes, plaids, etc.) d'hiver à partir de fibres naturelles a connu un bond de 60 % son activité sur les deux dernières années.

Cette tendance s'explique, en partie, par le fait que la PME s'est lancée dans la fabrication de masques barrières durant le premier confinement, en mars 2020. Missègle avait décidé d'agir face au désarroi des entreprises qui souhaitaient continuer leur activité durant la crise sanitaire de la Covid-19 mais n'avaient pas de protection. En tout et pour tout, 230.000 masques confectionnés par le tricoteur ont été vendus à des particuliers partout en France. Cette initiative a également permis de récolter 230.000 euros pour la lutte contre la Covid-19.

Aujourd'hui, Missègle a cessé cette activité qui lui a permis de fidéliser de nouveaux clients et se concentre sur son coeur de métier. Le spécialiste des fibres naturelles revendique une production annuelle de 300.000 paires de chaussettes, 40.000 accessoires et 30.000 pulls.

"Une augmentation de 60 % en deux ans c'est énorme pour une activité industrielle. Après le premier confinement, c'est remonté très vite. Notre notoriété, due au masque, a donné une très grande visibilité à nos produits et nous a amené beaucoup de nouveaux clients et entrainé la vente de pulls et chaussettes", raconte Myriam Joly, fondatrice de l'Atelier Missègle en 1994.

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Des locaux presque doublés en surface

Afin d'accompagner sa croissance, l'Atelier Missègle a agrandi son espace de travail et production de 1.500 m2. Ces nouveaux locaux réalisés en bois, par une société aveyronnaise, permettent à la PME de passer d'une superficie de 1.700 m2 à 3.200 m2. Ce nouveau bâtiment, qui a nécessité un investissement d'un million d'euros, possède un toit équipé de panneaux solaires qui permet à Missègle d'être 60 % à 70 % autonome en énergie.

"Parmi les 1.500 m2, 900 sont dédiés à la partie stockage et logistique. Nous avons un étage de 600 m2 pensé par la designeuse Matali Crasset comme un lieu de vie pour l'entreprise. Nous y avons installé une grande salle de sport où l'on se retrouve régulièrement, un atelier de co-création, un showroom où les articles en confection sont exposés, un espace détente, etc", explique la cheffe d'entreprise, ingénieure agronome de formation.

Missègle

L'Atelier Missègle est réputé pour le tricotage 3d (Crédits : Missègle)

Une année 2020 "exceptionnelle"

La PME commercialise ses produits, made in France, uniquement via son site de e-commerce. Elle réalise des ventes en BtoC dans tout l'Hexagone et ponctuellement à l'étranger. La société ne cherche pas à développer un réseau de distribution. "Nous avons tout de même pour projet d'être ouverts à la commande direct des boutiques sans être proactifs", ajoute Myriam Joly. Missègle officie à 90 % pour sa propre marque via son site internet. Les 10 % restants sont réservés à des éleveurs afin qu'ils puissent vendre leur production lainière.

En 2020, le chiffre d'affaires de l'entreprise familiale a atteint 8,5 millions d'euros et sa marge nette était proche des 15 %. Un résultat jamais atteint jusque-là et qui s'explique par l'explosion générale des ventes en ligne ainsi que le regain des Français pour les productions locales. En 2021, son chiffre d'affaires a connu une légère baisse de 10 % par "rapport au cru exceptionnel de 2020". Pour rappel, il était de 5,2 millions d'euros en 2019.

Une école pour transmettre le savoir-faire

Cette augmentation d'activité a entraîné une vague d'embauches au sein de l'entreprise. En 2021, sept personnes ont été embauchées. Aujourd'hui, Missègle compte 38 employés. La dirigeante de la société veut se concentrer sur la transmission du métier de tricoteur et du savoir-faire en général. Depuis peu, elle a monté, au sein la PME "une école" où sont dispensés des cours théoriques et pratiques, durant six mois, à des jeunes, par des personnes expérimentées approchant de la retraite. À la clé, une embauche en CDI au sein de Missègle.

"En partenariat avec la région Occitanie, dans le cadre du programme Innov'Emploi nous sommes en train de former neuf personnes à nos métiers. Il nous faudrait une quinzaine de nouvelles personnes dans l'entreprise. À l'issue de cette formation nous serons 48 employés."

Dorénavant, en interne, entre Myriam Joly et ses fils, Gaëtan et Olivier Billant, adjoints de direction se pose la question : que faire de cette croissance ? Aujourd'hui âgée de 64 ans, la fondatrice de l'Atelier Missègle souhaite transmettre les rênes de la structure familiale à ses garçons. D'ici "deux à trois ans", elle n'envisage plus de faire partie de l'opérationnel de l'entreprise.

"L'idée est que Missègle ne grossira pas énormément. Il faut rester dans une dimension d'une petite entreprise de 80 personnes maximum. Comment allons-nous faire dans cinq ans si nous continuons à nous développer comme ça ? Allons-nous refuser de grossir ou nous essaimer ? Je ne sais pas et cela ne m'appartient pas. Ils feront comme bon leur semble. La croissance est une chose excitante qui donne envie d'avancer et il est difficile d'y résister", se questionne-t-elle.

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L'objectif est d'être 48 employés d'ici la fin de l'année (Crédits : Missègle )

"Une époque extrêmement intéressante"

Avec la volonté d'être la plus proche des éleveurs et de produire de façon responsable, Missègle travaille avec des éleveurs et producteurs de laine français et étrangers qui respectent un certain cahier des charges et pratiquent un bon traitement des travailleurs et des animaux.

Missègle

Myriam Joly en compagnie de producteurs lainiers en Mongolie (Crédits : Missègle)

En interne, l'environnement est également au centre des préoccupation. La PME ne sur-produit pas, elle effectue le tricotage de pulls en une seule pièce afin d'éviter les chutes et détricote au lieu de jeter les pièces qui ont des défauts.

"Je reste très militante du fait qu'il ne faut absolument pas penser que l'on peut tout faire en France. La mondialisation a des côtés extraordinaires. Les échanges avec les autres est une richesse inouïe. Cela me paraît important d'arrêter de jeter et brûler les laines françaises et de les valoriser. Nous y travaillons depuis quinze ans. Cependant, dire que cela va remplacer les laines que l'on achète en Afrique, en Australie et en Nouvelle-Zélande n'a pas de sens. Nous sommes en train de vivre une époque extrêmement intéressante du textile. Des collègues initient des démarches collectives où nous partageons nos problématiques communes et mettons en commun notre parc métiers. Nous sommes tellement peu nombreux maintenant que nous n'avons plus besoin de se considérer comme concurrents", conclut la dirigeante.

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