Textile en Occitanie : depuis le Gers, Jean Fil cultive le coton de ses polos (1/4)

À Montréal-du-Gers, trois membres d'une même famille ont lancé une plantation de coton unique en France. À partir des fibres récoltées, ils proposent des polos et t-shirts 100 % made in France et en coton sous la marque Jean Fil. Depuis sa création, la petite structure a écoulé plusieurs milliers de vêtements partout en France.

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Yohan de Wit, Médéric et Samuel Cardeillac sont les trois fondateurs de la marque.
Yohan de Wit, Médéric et Samuel Cardeillac sont les trois fondateurs de la marque. (Crédits : Jean Fil)

Ils sont les seuls à réaliser cet exploit en France : cultiver du coton sans irrigation pour en faire des vêtements. Généralement, cette plante sensible exige beaucoup de chaleur et d'eau et est cultivée dans les zones tropicales et subtropicales arides. La marque de textile gersoise, Jean Fil, qui a vu le jour en 2018, propose des polos et t-shirt 100 % made in France et en coton, à partir de leur propre exploitation.

Au début de l'aventure, l'entreprise produisait près de 100 kilos de fibres de coton à partir de sa plantation de deux hectares, située à Montréal-du-Gers. Aujourd'hui, elle peut récolter jusqu'à 2,5 tonnes de coton, ce qui représente près de 8.000 polos.

À partir de cette matière première de qualité et qui n'a pas nécessité plus d'eau que celle donnée par la nature, est fabriquée une gamme de polos et de t-shirts pour hommes. Jean Fil propose cinq coloris de polos, du S au 4XL, vendus à 120 euros. Le t-shirt existe lui en deux coloris au prix de 50 euros. Ces tarifs haut de gamme sont "justifiés par la qualité et raisonnables pour du made in France", selon Yohan de Wit, cofondateur de Jean Fil.

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Une production entièrement française

Par le passé, la petite marque a élargi son offre avec un gamme de polos pour femmes. Une nouvelle collection féminine différente, pas forcement composée de polos, devrait bientôt voir le jour. Qu'ils soient pour femme ou homme, ces différents vêtements sont entièrement réalisés au sein d'ateliers français. Jean Fil maîtrise la chaîne de production de la matière première au produit fini.

"Les différentes étapes de fabrication sont faites en France. La filature est faite dans les Vosges, le tricotage et la teinture sont réalisés à Troyes et la confection se fait à Mont-de-Marsan. L'impact environnemental est très faible puisqu'il n'y a que 2.400 kilomètres du coton au polo fini. Un t-shirt classique lui fait près de 42.000 kilomètres avant d'arriver dans nos armoires", détaille Yohan de Wit, cofondateur de Jean Fil avec Médéric et Samuel Cardeillac. Les trois hommes membres d'une même famille sont agriculteurs de métier.

Jean Fil

Tout est réalisé en France, du coton à la confection du polo (Crédits : Jean Fil)

Les produits français Jean-Fil sont commercialisés via le site internet de la marque. Géographiquement, ils séduisent les clients un peu partout en France mais connaissent un plus fort succès dans les régions PACA, parisienne et en Alsace. Depuis peu, un partenariat avec Labonal, permet à l'entreprise de vendre sa gamme au sein des boutiques parisienne et strasbourgeoise de la marque française de chaussettes. Dès 2023, la petite structure souhaite mettre en place un réseau de distribution pour commercialiser ses références dans des magasins spécialisés dans le made in France et qui partagent les valeurs de Jean Fil.

Un contexte particulier

Prudente, l'entreprise a décidé de réduire la cadence de production de matière première en 2022, au vu du contexte social et économique. Ainsi, son exploitation de coton devrait passer d'une superficie de douze à cinq hectares. Par le passé, l'entreprise a alloué jusqu'à quatorze hectares à la culture de cotonniers. En tout et depuis le début de l'aventure, en 2017, les fondateurs ont investi près de 70.000 euros dans leur exploitation agricole.

"La crise qui a commencé par le Covid et se poursuit avec la guerre en Ukraine entraîne des hausses de prix qui risquent de faire baisser le pouvoir d'achat des Français. Le budget accordé au textile sera réservé à d'autres priorités. L'avantage de notre marque, qui est liée à un projet agricole, est que nous sommes en mesure d'adapter la taille et la structure de la société en fonction du contexte. Il faut qu'économiquement cela tienne la route, explique Yohan de Wit.

En 2022, avec une plantation réduite, l'entreprise a pour but récolter près de 1,5 tonne de coton. La quantité de polos disponible repose bien évidemment sur la qualité et la quantité de la récolte qui eux dépendent entièrement du climat, un élément qui ne dépend pas de l'homme et qui empêche de faire des projections. Cependant, l'entreprise dispose aujourd'hui de stocks importants de coton qu'elle transforme au fur et à mesure selon ses besoins afin d'éviter une sur-production.

"L'année passée (2021), le climat n'a pas été clément mais ce n'est pas catastrophique, nous avions anticipé cela puisque nous cultivons."

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Élargir la gamme et conserver la filière

Depuis le lancement de la commercialisation, Jean Fil a écoulé entre 4.000 et 5.000 polos. En 2022, elle souhaite vendre 3.000 polos et t-shirts. En 2021, la petite société a réalisé un chiffre d'affaire de 50.000 euros. D'ici deux ans, son objectif est de doubler ce résultat.

Pour ce faire, Jean Fil veut devenir un marque multi-produits et travailler en partenariat avec d'autres marques françaises afin d'élargir sa gamme et "toucher plus de personnes". Par exemple, cette année, elle a créé des tabliers en partenariat avec un domaine viticole qui souhaitait offrir des goodies à ses partenaires.

Les trois fondateurs de la structure et leurs conjointes travaillent aujourd'hui seuls au développement de l'entreprise, des cultures de cotonniers à la commercialisation. Dans un avenir proche, la société souhaite recruter une personne pour se charger de la partie relation client et marketing.

Dans une filière textile qui connaît un renouveau en Occitanie, Jean Fil souhaite préserver et transmettre le savoir-faire des entreprises et des agriculteurs régionaux.

"C'est un milieu qui demande à être remis au goût du jour, à être développé. Nous voyons l'arrivée de beaucoup de jeunes qui sont pleins d'ambition pour refaire démarrer le textile en Occitanie. Ce marché porteur a souffert. Tous, à nos petites échelles nous pouvons le remettre en piste. Que ce soit le tricotage ou la filature, il s'agit d'orfèvrerie, des savoirs-faire uniques qu'il faut transmettre, des générations précédentes aux jeunes", conclut Yohan de Wit.

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Cet article est le premier d'une série en quatre épisodes sur le secteur textile en Occitanie. La Tribune à Toulouse mettra en lumière différentes marques d'habillement pour petits et grands et d'accessoires du quotidien originaires de la région avec : Sacopette (mardi), Petits Cadors (mercredi) et l'atelier Missègle (jeudi).

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