"Je n’imagine pas le Stade Toulousain disparaître de la carte" (D. Lacroix)

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Le président du Stade Toulousain, Didier Lacroix, se veut plutôt rassurant quant à la capacité du club à surmonter cet arrêt total de son activité.
Le président du Stade Toulousain, Didier Lacroix, se veut plutôt rassurant quant à la capacité du club à surmonter cet arrêt total de son activité. (Crédits : Rémi Benoit)
Alors que le championnat de France de rugby, le Top14, est totalement arrêté depuis début mars en raison de la pandémie de Covid-19, comment s'adapte le Stade Toulousain qui n'a donc plus aucune entrée d'argent ? À combien sont estimées les pertes financières par le club ? Comment est géré l'effectif professionnel et les salariés du club ? Le champion de France en titre est-il assez solide pour surmonter cette crise ? Des interrogations auxquelles le président du club, Didier Lacroix, répond dans un long entretien accordé à La Tribune.

La Tribune : depuis le début du mois de mars, toutes les compétitions dans lesquelles le Stade Toulousain est engagé sont suspendues (Top 14 et H Cup). Quel est votre position sur l'avenir à donner à cette saison et quel est le regard du dirigeant d'entreprise que vous êtes sur cette situation ?

Didier Lacroix - La première chose qui nous vient à l'idée dans cette période est de penser à nos proches, savoir si l'ensemble des familles de nos joueurs, nos joueurs eux-mêmes et nos salariés sont touchés par la maladie. En tant que responsable d'entreprise, c'est la première vigilance que l'on doit avoir.

Après, nous en venons aux problématiques de circonstances qui consistent à savoir la direction à prendre. Il faut d'abord essayer de se détacher de son propre arbitrage, et en sport l'objectivité n'est peut-être pas la meilleure des valeurs (rires). Nous sommes supporters avant tout et donc subjectifs. Néanmoins, nous devons trouver des solutions. Mais nous sommes dépendants de cette pandémie et des décisions gouvernementales pour la contrôler. Savoir à quel moment il nous sera possible de refaire ce qui nous fait le plus plaisir, à savoir divertir, est difficile.

Maintenant pour ce qui est du championnat, si c'est du décalage et bien ça sera du décalage. Mais si c'est de l'annulation, cela sera beaucoup plus difficile à surmonter économiquement évidemment.

La Tribune : avez-vous estimé les pertes économiques par match non joué pour le Stade Toulousain ?

D.L - Un match de Top14 c'est, selon le match, entre 250 000 et 350 000 euros de valeur nette. Un quart-de-finale de coupe d'Europe comme il était programmé le 5 avril se trouve autour de 850 000 euros.

Pour le moment, la réaction de nos supporters et nos partenaires du Stade Toulousain est assez remarquable car les gens sont plutôt compréhensifs. Personne ne nous a demandé de remboursement à l'heure où je vous parle sur les 40 000 billets vendus entre le quart-de-finale de coupe d'Europe, les matchs de Lyon et Agen. Seulement quatre/cinq personnes ont demandé un remboursement et encore j'ose espérer que c'est parce qu'ils sont dans le besoin. Il y a une énorme dose d'affect autour du club qui fait que nous sommes dans cette situation.

La Tribune : cette réaction de la part de vos supporters, abonnés et sponsors vous surprend-elle ?

D.L - Cela ne nous surprend pas puisque nous sommes tous dans l'inconnu et pour le moment nous sommes plus sur une optique d'un report de ces matchs que d'une annulation. Comme je ne suis pas surpris que la population adule tous les soirs le personnel hospitalier qui se démène pour vaincre cette pandémie. Ce sont des héros modernes et ils méritent cette reconnaissance.

La Tribune : aujourd'hui, sans match, comment est géré l'effectif professionnel ? Avez-vous recourt au chômage partiel au sein du club ? Qu'en est-il des salariés  "classiques" ?

D.L - Nous employons 150 personnes et nous avons essayé d'être le plus loyal et le plus juste possible. Effectivement, l'ensemble du monde sportif, comme il est confiné chez lui, est à l'arrêt le plus total et donc en chômage technique. La plupart du personnel, notamment celui des boutiques, est également à l'arrêt. Pour les autres, nous avons évalué en fonction des besoins du club pour gérer la situation. Les équipes des services informatiques ont été maintenues car la boutique en ligne tourne toujours. Il y a également le service financier, qui bat son plein, car nous avons besoin de modéliser, de savoir vers quoi on tend.

La Tribune : dans d'autres sports, certains clubs ont demandé à leurs joueurs de faire don de leur salaire pour aider le club à surmonter la crise. Est-ce un geste que le Stade Toulousain pourrait demander aux siens ?

D.LAvant d'envisager cela, il faut connaître véritablement l'atterrissage et il sera connu que quand nous saurons la durée exacte du confinement et de l'arrêt de notre activité. Mais toutes les solutions seront envisagées en fonction de la dangerosité dans laquelle nous aura plongés cet arrêt. Tant que nous n'avons pas tous ces éléments, je pense qu'il serait contre-productif de pleurer dans les chaumières avant l'heure. Très concrètement, nous ne connaissons pas le degré de dégâts que va causer cette pandémie dans l'économie, notre secteur d'activité et notre propre club.

La Tribune : êtes-vous inquiet pour l'avenir du Stade Toulousain malgré le soutien de ses supporters et partenaires que vous exposiez précédemment ? Le club a de solides partenaires comme Airbus et PSA et une solide base d'abonnés.

D.L - La question est de savoir à quel moment les plus forts vont aider les plus faibles et surtout y aura-t-il des plus forts ? Vous évoquez Airbus. Ce groupe a toujours été à nos côtés avec beaucoup de discrétion et de profondeur. Mais qu'est-ce qui se passerait dans les décisions à prendre chez Airbus si, et je dis bien si, nous entrons dans un modèle de société où le marché aéronautique est remis en cause dans notre manière de nous déplacer sur la scène mondiale ? La première mission d'Airbus n'est pas de faire vivre le Stade Toulousain, mais de vivre et de réfléchir au développement de son activité. Quand nous sommes face à une situation de grande urgence, c'est aussi la période de remise en cause des budgets de sponsoring. Mais très sincèrement, je n'imagine pas que le Stade Toulousain disparaisse de la carte uniquement pour des raisons économiques. Le club a un rôle qui est au-dessus de cela, avec une implication dans le quotidien qui dépasse son rôle de club.

Lire aussi : L'engagement du Stade Toulousain dans la lutte contre le cancer porte ses fruits

La Tribune : actuellement, les clubs mènent des travaux avec la Ligue Nationale de Rugby pour savoir quelle suite donner au championnat de France de Top 14 sans  handicaper économiquement les clubs. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ces discussions en cours ?

D.L - L'heure est effectivement aux réunions avec la Ligue nationale du rugby et avec les présidents des autres clubs. Nous travaillons au quotidien sur plusieurs hypothèses. Mais tout dépendra de quand est-ce que nous sortirons de ce confinement, avec quelle immédiateté pourrons-nous reprendre en sachant qu'un sportif de haut niveau a besoin de préparation avant de retrouver le chemin de la compétition.

Il est évident que nous avons besoin de structurer les travaux par thématique. Un groupe de travail se penche sur l'avenir des compétitions, un autre sur les incidences économiques de l'ensemble des scénarios envisagés et un dernier sur la réglementation c'est-à-dire les conséquences sur les contrats des joueurs, la période des transferts, le salary cap (l'encadrement de la masse salariale, ndlr), etc. La grande difficulté de ces travaux est que nous passons notre temps à faire et à défaire, d'un moment à l'autre, car nous dépendons de décisions qui ne sont pas les nôtres. Surtout, nous devons anticiper les modifications dans le comportement de consommation. Par exemple, les entreprises partenaires vont-elles continuer à faire du sponsoring sur les deux/trois ans à venir ? Ce secteur risque d'être impacté même s'il continuera d'exister.

La Tribune : l'option d'une solution de trésorerie collective qui consisterait en un prêt de la LNR pour octroyer des financements aux clubs en grande difficulté serait étudiée. Vous confirmez cette hypothèse malgré la volatilité des plans établis ?

D.L - Nous sommes dans une période où l'on paie une partie des salaires avec zéro entrée d'argent, du jour au lendemain. Pour certains clubs, il risque d'y avoir des tensions de trésorerie à estimer et il y a une éventualité de pouvoir débloquer des fonds, en tout cas, c'est en réflexion, pour pallier de façon solidaire certains passages de trésorerie. Au-delà de la trésorerie, qui est une problématique de court terme, le plus important est de connaître les trajectoires et comment on doit repenser l'ensemble de nos équilibres financiers pour perdurer dans le temps. Nous savons que nous devrons revoir nos prévisionnels pour les saisons 20-21 et 21-22 et réadapter beaucoup de points.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2020 à 19:55 :
Le Stade Toulousain c'est Airbus et Peugeot , c'est tout .Vous enlevez ces sponsors et on revient à la situation antérieure à la financiarisation du rugby , le Stade Toulousain , un club parmi les autres.
Réponse de le 27/03/2020 à 8:23 :
Tout le monde sait justement sauf vous mais je mets cela sur le compte de la mauvaise foi que le ST n'est pas un club comme un autre par son image, le nombre de supporters, son histoire, sa formation. De plus le club possède des hectares de fonciers dont son stade.

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