Avec le "tracking" d'objets, Sigfox veut changer de dimension

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Le patron de Sigfox croit beaucoup en la technologie du trackeur.
Le patron de Sigfox croit beaucoup en la technologie du trackeur. (Crédits : Rémi Benoit)
Depuis deux ans, le champion français de l’Internet des objets met les bouchées doubles pour développer le suivi et la localisation de marchandises et d'actifs grâce à des capteurs communicants. Pour l'état-major du groupe, ce segment est Depuis deux ans, le champion français de l’Internet des objets met les bouchées doubles pour développer le suivi et la localisation de marchandises et d'actifs grâce à des capteurs communicants. Pour l'état-major du groupe, ce segment est stratégique pour optimiser la logistique industrielle. stratégique pour optimiser la logistique industrielle.

Ludovic Le Moan en est persuadé. D'après le chef de file de Sigfox, si le groupe doit changer de dimension et devenir un géant mondial de l'Internet des objets, "c'est avec l'asset tracking". Il s'agit, en clair, du suivi et de la localisation des produits et autres actifs industriels. Ce type de solution est de plus en plus prisé par les grands groupes pour optimiser leur logistique et leur chaîne d'approvisionnement.

Dans ce domaine, Sigfox n'est pas un novice. Le groupe, qui développe depuis dix ans une technologie de réseau bas débit, à faible coût et peu énergivore, est déjà impliqué dans plusieurs projets. Il travaille déjà, par exemple, avec l'allemand DHL, un des leaders mondiaux de l'expédition de courriers, de colis et de fret. Pour suivre les marchandises, cette filiale de la Deutsche Post a greffé des capteurs connectés sur environ 700.000 chariots roulants en Europe.

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PSA et Airbus travaillent aussi avec Sigfox. Leurs solutions de tracking permettent de suivre et d'optimiser la livraison des pièces de voitures et d'avions entre les usines. L'an dernier, Sigfox a également créé une joint-venture, baptisée Safecube, avec Michelin et le cabinet de conseil Argon Consulting. Cette société commercialise une solution de géolocalisation en temps réel dédiée au transport intercontinental de marchandises. Outre le tracking, les capteurs installés dans les containers renseignent sur les conditions de livraison - s'il y a des chocs ou une forte humidité, par exemple. Safecube veut notamment séduire les entreprises qui recourent souvent au transport maritime.

"Vu des industriels, les flux maritimes sont probablement parmi les plus complexes et les moins maîtrisés de la supply chain : routes peu optimisées, manque de visibilité et forte complexité administrative due à un nombre important d'acteurs", déclarait Fabrice Bonneau, directeur général d'Argon, au printemps dernier.

Une alliance stratégique avec le japonais Alps

Pourquoi Sigfox mise-t-il autant, depuis environ deux ans, sur le tracking d'objets, qui n'est après tout qu'une des nombreuses "verticales" de l'IoT (Internet of Things) ? Parce que d'après Ludovic Le Moan, le segment est stratégique. "Avec le tracking, nous avons trouvé un marché à fort potentiel", dit-il. Il doit permettre au groupe de doper considérablement le nombre d'objets connectés à son réseau, et donc ses revenus. Sachant qu'aujourd'hui, Sigfox connecte un peu moins de 16 millions d'objets à travers le monde.

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Pour développer ce marché, il s'est allié à Alps, un gros fabricant de composants électroniques. Ce groupe japonais produit un tracker de localisation compatible avec la technologie de Sigfox. Il est "quasi-universel" et constitue une solution immédiatement déployable pour la plupart des industriels, affirme Ludovic Le Moan. C'est ce tracker qui est notamment utilisé par DHL, Airbus et Michelin. Pour renseigner sa position, le dispositif n'utilise pas de module GPS, qui aurait été trop coûteux et énergivore. Il procède par détection des réseaux Wifi les plus proches, puis envoie cette information, via un message court, à travers le réseau bas débit de Sigfox. Vendu entre 15 et 20 dollars pièce, selon Ludovic Le Moan, ce tracker dispose d'une autonomie de six ans.

Concurrence féroce des opérateurs mobiles

Pour le chef de file et fondateur de Sigfox, ce dispositif constitue un atout pour séduire les entreprises. Il a, selon lui, le potentiel pour démocratiser l'IoT auprès des grands industriels, sachant qu'Alps est capable d'en produire en grandes quantités, jusqu'à plusieurs millions d'unités. Ludovic Le Moan compare ce tracker au "3210" de Nokia, ce téléphone "pas cher, qui marchait bien" et dont "l'adoption massive" a participé à l'essor, au début des années 2000, de l'industrie du mobile.

"Aujourd'hui, avec Alps, nous avons un grand nombre de projet avec beaucoup de grands comptes, assure Ludovic Le Moan. Nous faisons du business développement à l'échelle mondiale".

Sigfox, dit-il, discute notamment avec plusieurs industriels de l'automobile, des transports, de la grande distribution et de la pharmacie. Reste que rien n'est joué. Sigfox est confronté à la concurrence des opérateurs télécoms, qui recourent à des technologies proches de la sienne, comme LoRa ou NB-IoT. En outre, les cadors du mobile arguent que la 5G, dont les premiers déploiements ont débuté à travers le monde, a été calibrée pour prendre en charge, de manière massive, les objets connectés en haut comme en bas débit. Pour Ludovic Le Moan, ces considérations relèvent de la poudre aux yeux. "La 5G va coûter très cher, tacle le patron de Sigfox. Elle n'a pas été conçue, ni adaptée, pour traiter des petits messages, si importants pour l'IoT industriel." Quoi qu'il en soit, cette concurrence des opérateurs constitue un frein au développement de Sigfox. La bataille pour la domination de l'IoT industriel promet d'être féroce.

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