Toulouse : un incident radiologique évité à Airbus

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Les fioles contenaient du radium 226, une substance utilisée dans certaines peintures pour peindre les cadrans des avions.
Les fioles contenaient du radium 226, une substance utilisée dans certaines peintures pour peindre les cadrans des avions.
Dans son rapport annuel présenté mercredi 25 septembre, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a révélé la présence de quatre fioles radioactives sur un des sites toulousains d'Airbus, à Colomiers. Une découverte permise grâce à une lettre anonyme. En plus de ce constat, l'organisme note une "détérioration de la qualité des opérations d'exploitation", au sein de la centrale nucléaire de Golfech.

C'est un dramatique accident qui a pu être évité. En février 2018, Airbus s'apprêtait à détruire un bâtiment sur le site Clément Ader d'Airbus Operations à Colomiers, lorsque l'avionneur reçoit une lettre anonyme, d'après les éléments fournis par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cet écrit lui indique la présence de fioles contenant des produits radioactifs cachées dans un pilier en béton du site. Airbus prend l'avertissement au sérieux et décide d'arrêter les travaux. Les ouvriers présents sur le chantier risquent alors une contamination. Le constructeur aéronautique prévient l'ASN qui se rend sur le site le 20 mars 2018.

Les indications données dans le courrier anonyme ont permis de trouver un fût en acier pris dans un pilier en béton. Quatre fioles étaient sciemment dissimulées dans un coffrage en plomb rempli de billes de plomb. Elles contenaient du radium 226, une substance "fortement radioactive" selon l'ASN.

"Le radium 226 était utilisé dans certaines peintures qui servaient pour peindre les cadrans des avions. C'est une substance interdite depuis les années 50", explique Hermine Durand, cheffe de la division de Bordeaux de l'ASN lors de la présentation de son rapport annuel.

Pas de signalement à la justice

Les fioles ont été évacuées par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs en janvier 2019. Elles n'ont pas été dégradées, selon l'ASN. Si elles l'avaient été, de graves conséquences auraient eu lieu.

"Si les fioles avaient été cassées, contaminant ainsi le site, on aurait sans doute dû faire face à une situation d'urgence radiologique", a expliqué Hermine Durand.

L'ASN précise que "l'événement n'a pas eu de conséquence sur le personnel, le public ou l'environnement". Pour autant, l'incident a été classé au niveau 1 de l'échelle Ines qui en compte 8 (de 0 à 7). L'ASN a rédigé un avis d'incident mais n'a pas fait de signalement à la justice. "C'est à Airbus de le faire", a précisé Hermine Durand.

Un défaut "de surveillance en salle de commande" des réacteurs

Le dernier rapport de l'ASN révèle aussi une "détérioration de la qualité des opérations d'exploitation" de la centrale nucléaire de Golfech, située dans le Tarn-et-Garonne. L'organisme constate une augmentation du nombre d'incidents, depuis 2017. Ainsi, un défaut "de surveillance en salle de commande" des réacteurs qui a conduit à "de nombreux incidents" a été relevé. En 2018, l'ASN a noté quatre "événements significatifs pour la sûreté", classés au niveau un de l'échelle internationale des événements radiologiques et nucléaires (Ines), dont un a d'ailleurs nécessité l'intervention de l'organisme. Sur l'année 2019, l'ASN a relevé un incident de niveau un sur l'échelle Ines.

Par ailleurs, l'ASN note "des défauts dans la préparation et la réalisation des activités à fort enjeu de radioprotection".

"Il y a eu des défauts de radioprotection, certains salariés ne portaient pas leurs dosimètres, ils ne pouvaient donc pas contrôler leur exposition au rayonnement ionisant", a révélé Hermine Durand.

L'organisme a notamment constaté un renouvellement important des effectifs au sein de la centrale. "La moitié des effectifs a été changée en cinq ans", précise-t-elle. La centrale de Golfech compte 739 salariés EDF et 200 prestataires. De plus, la centrale doit continuer à "améliorer sa capacité à détecter, analyser et traiter les écarts affectant ses installations". C'est-à-dire sur la capacité à détecter les anomalies et à les traiter. Une inspection renforcée, dite "de revue", sera effectuée sur le site du 14 au 18 octobre. Elle mobilisera une vingtaine d'inspecteurs de l'ASN.

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Commentaires
a écrit le 02/10/2019 à 10:11 :
Le radium est TRÈS dangereux.
C'est une chance incroyable qu'une bonne âme ait fait ce signalement.

Imaginez une seconde que ce bâtiment fut détruit dans 20 ou 100 ou 300 ans ...
Qui aurait réagit ?
Avec une activité de 36,6 GBq/g et une demi vie de ans ...

Le nucléaire est une plaie pour l'humanité.
a écrit le 28/09/2019 à 11:50 :
Il est inadmissible d'apprendre qu'il n'y a eu aucune enquête sur cette affaire. En effet : un groupe de salariés d'Airbus ont décidé un jour de planquer de la peinture radioactive, au lieu de payer l'ANDRA pour venir la récupérer et la stocker au CSA !
Et contrairement à certains commentaires, ce n'est pas anodin. Il y a eu du tritium dans la nappe phréatique sous le CSA à cause d'aiguilles de ces fameux réveils...

L'ANDRA a mesuré jusqu'à 69 Bq/litre de ce tritium. Ce dernier migre de deux ouvrages de stockage dans lesquels des colis contenant des plaques à « repères radio-luminescents » au tritium (utilisées auparavant pour les panneaux de signalisation) ont été stockés en 1994. Voir : https://aube.andra.fr/sites/aube/files/2018-08/Andra_Rapport-2017_CSA.pdf
Réponse de le 28/09/2019 à 17:04 :
On se calme, personne n'a dit que c'était un comportement à encourager, simplement qu'il n'y avait pas de raison sérieuse de tomber dans l'alarmisme. D'ailleurs votre argumentaire est du même ordre: le fait qu'il y ait du Tritium sous le CSA indique simplement que le stockage est peut être à revoir, pas qu'il y ait la même chose sous Airbus. D'ailleurs, le CSA comprime les déchets avant de les mettre en fût, ce qui laisse imaginer que le container de protection originel ne doit plus être là....Ici on parle d'un double emballage en plomb dans une chape de béton. Enfin, lancer des chiffres sans comprendre est propre à impressionner le pékin. En effet les fameux 69 Bq/L ne figurent pas dans le document cité (du moins cela m'a t'il échappé) et, qui plus est, ce ne sont pas par litre de tritium (le score aurait une autre saveur...) mais litre d'eau de la nappe. Et donc, 69 Bq/L est-ce grave docteur? Pas vraiment lorsqu'on note (dans le même document d'ailleurs) qu'un adulte de 70 Kg rayonne 8000 Bq, et qu'un artichaut est à 300 Bq/Kg. Donc, oui, ce n'est pas exemplaire, mais non on n'en est pas à l'accident nucléaire majeur. Quant à savoir si ce sont des employés d'Airbus qui ont agi de leur propre chef, vous devez être bien renseigné. Notez quand même que couler des piliers en béton n'est pas une activité aéronautique et que c'est en général sous-traité. Ceci étant, si vous voulez vouer Airbus aux gémonies, nul ne peut vous en empêcher.
Pour information: tous les utilisateurs de montre ayant des aiguilles aux tritium ne finissent pas amputés ni avec une radiodermite. D'ailleurs cela se fait encore sous forme de petites ampoules de gaz dans certaines montres. Attention de ne pas en utiliser une.....
a écrit le 28/09/2019 à 9:36 :
C'est à longueur d'articles ou de titres que l'on trouve, cachées de façon répétitives et presque "subliminales" ces petites calomnies mensongères sur le nucléaire. Résultat, dans les enquêtes d'opinion, il paraîtrait qu'une majorité pense que les centrales rejettent du CO2 et contribuent dont à l'effet de serre, ce qui est aberrant.
L'atome ne peut à lui seul résoudre la crise du réchauffement climatique, mais il fait partie des solutions. Arrêtez de dire n'importe quoi, merci.
Réponse de le 28/09/2019 à 10:31 :
Calomnie des faits avérés ?
De plus vous feignez de croire que parce qu'il y a des incidents répétés les gens croient qu'il y a émission de Co2.... Curieuse confusion.
Réponse de le 02/10/2019 à 10:01 :
"atome ne peut à lui seul résoudre la crise du réchauffement climatique, mais il fait partie des solutions."
Certes à condition d'accepter l’inacceptable.
C'est à dire des zones trop dangereuses pour y vivre.
Le danger mortel, durable sur plusieurs générations difficile à détecter autrement que dans des affections mortelles,.. est non réfutable mais c'est une solution ?
Vous êtes invité à nettoyer Fukushima et sa région, il y en a encore pour quelques siècles et on manque de viande à REM.
a écrit le 28/09/2019 à 9:03 :
Article digne de « Ici Paris » pas de La Tribune
Termes exagérés ou très approximatifs, amalgame entre la découverte des fioles et le CNPE de Golfech...
Cet article a t’il été relu avant diffusion ? La Tribune vaut mieux que ça, enfin je le pensais...
a écrit le 27/09/2019 à 19:49 :
Merci d'arrêter le sensationnalisme à deux sous, un niveau 1 sur l'échelle Ines est le plus petit niveau et correspond à une anomalie. Il n'y a rien de majeur. Par ailleurs ce produit était utilisé pour rendre visible de nuit les aiguilles des instruments. Il doit s'agir d'un stock dont la déclaration avait été perdue qui a été enfoui dans le pilier pour ne pas avoir à retracer l'origine et donc éviter à son dépositaire un tas de tracasseries administratives. On est très très loin du risque majeur évoqué. Par ailleurs, il y a un amalgame avec la centrale de Golfech qui n'a rien à voir dans l'histoire.
Réponse de le 28/09/2019 à 8:51 :
Tout à fait d'accord avec Alpha. Article incohérent et tout à fait approximatif dans les termes : l'incident aurait été "radiologique" et non pas "nucléaire" ; l'échelle INES est "International nuclear évent scale" (échelle internationale des événements nucléaires) et non pas l'échelle internationale de gravité des "désastres atomiques" !
Ce type d'article, indigne du journalisme, perpétue dans le public un rejet épidermique d'une énergie nucléaire dont nous aurions pourtant bien besoin pour nos problématiques de climat.
a écrit le 27/09/2019 à 17:33 :
"Les indications données dans le courrier anonyme ont permis de trouver un fût en acier pris dans un pilier en béton"

Coulés dans un pilier en béton, méthode mafieuse s'il en est, s'ils les détruisent tous ils vont peut-être trouver des corps, bien entendu ce n'est qu'une supposition je ne sais rien du tout sur ce site, je préfère prévenir j'entends déjà les silencieux se visser... :-)

D'ailleurs les salariés peuvent remercier chaleureusement ce lanceur d'alerte dont on comprend totalement le désir d'anonymat ! Bravo à lui en tout cas.

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