Privatisation de Toulouse-Blagnac : Jean-Luc Moudenc refuse d'écarter la candidature chinoise

Jean-Luc Moudenc refuse d'écarter la candidature chinoise à la privatisation de l'aéroport Toulouse-Blagnac. Le président de Toulouse Métropole se désolidarise ainsi au président du Ceser Jean-Louis Chauzy : ce dernier a écrit Manuel Valls la semaine dernière pour s'opposer fermement à la candidature sino-canadienne portée par SNC Lavalin et Shandong High Speed Group. Jean-Luc Moudenc "ne comprend pas" la démarche, et la dénonce. Interview.

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Jean-Luc Moudenc
Jean-Luc Moudenc

Jean-Luc Moudenc refuse d'écarter la candidature chinoise à la privatisation de l'aéroport Toulouse-Blagnac. Le président de Toulouse Métropole se désolidarise ainsi au président du Ceser Jean-Louis Chauzy : ce dernier a écrit Manuel Valls la semaine dernière pour s'opposer fermement à la candidature sino-canadienne portée par SNC Lavalin et Shandong High Speed Group. Jean-Luc Moudenc "ne comprend pas" la démarche, et la dénonce. Interview.

Dans une lettre envoyée vendredi à Manuel Valls, le président du Ceser s'oppose catégoriquement au rachat de l'aéroport par un groupe Chinois (l'offre SNC Lavalin / Shandong High Speed Group), partagez-vous ce point de vue ?
Non. Il ne faut pas jouer sur les peurs et sur la psychologie, mais s'atteler aux faits, à la réalité. L'offre sino-canadienne sera étudiée méticuleusement, au même titre que les deux autres.

Jean-Louis Chauzy est-il en train de brandir la menace du "péril jaune" ?
J'ose espérer que non, et je ne m'explique pas sa réaction. Il y a quelques jours encore, nous recevions ensemble l'ambassadeur de Chine, en compagnie de Laurent Fabius. Nous avons applaudi les même discours. Que disaient-ils ? "Approfondissons l'amitié franco-chinoise, venez investir en France, vous serez bien accueillis, travaillons davantage ensemble". Je ne comprends pas la position de Jean-Louis Chauzy.

Dans cette lettre, Jean-Louis Chauzy demande un délai supplémentaire afin que les 3 offres déposées pour la privatisation de l'aéroport soient étudiées dans le détail...
À vrai dire, ce délai est inutile. Je ne vois pas sur quelle base le Ceser juge si ce délai est suffisant ou non. Le Ceser n'est pas actionnaire de l'aéroport, il ne fait pas partie des collectivités consultées par l'État. Je pense pour ma part que le personnel de nos collectivités est très compétent et qu'entre le 6 novembre (date à laquelle nous avons pris connaissance des offres) et le 19 novembre (date à laquelle nous devrons rendre un avis), nos services auront le temps d'examiner les dossiers comme il faut.

Avez-vous parlé à Jean-Louis Chauzy depuis ce courrier ?
Non, et avant non plus d'ailleurs ! Il a envoyé ce courrier sans nous en informer, je l'ai lu car j'étais en copie. Il prend position sur notre rôle de collectivité sans nous demander notre avis !

Les collectivités actionnaires de l'aéroport ( CCI, Conseil général, Conseil régional, Toulouse Métropole) seront consultées par l'État le 19 novembre. Sur quoi allez-vous vous baser pour rendre cet avis ?
Nous avons quatre critères pour étudier ces offres :
- Tout d'abord l'implication économique et financière de l'actionnaire : il ne suffit pas juste de racheter les parts. Il faut un objectif de développement de l'aéroport, impulser un dynamisme, porter encore plus haut son ambition. Cette implication comprend également un investissement dans l'écosystème local. Je souhaite pour ma part (mais cela ne fait pas partie du cahier des charges) que le futur actionnaire puisse investir financièrement dans le futur Parc des expos.

- Deuxième critère, la gouvernance. Nous souhaitons que les collectivités locales, bien que minoritaires, soient partie prenante de la prise de décision. Ce co-pilotage nous paraît nécessaire pour préserver les intérêts locaux.

- Il faut ensuite que le foncier occupé par Airbus soit préservé, et je pense que nous avons obtenu des garanties sur ce point là.

- Enfin, nous souhaitons la pérennisation de l'équipe de direction en place, ainsi que le maintien des conditions de travail de tout le personnel.

Le prix proposé ne compte pas ?

Le critère du prix de l'offre ne nous regarde pas, il regarde seulement l'État.

Propos recueillis par Sophie Arutunian
© photo Rémi Benoit

En savoir plus :

L'Aéroport Toulouse-Blagnac, est le 4e aéroport de province français, il a accueilli 7,56 millions de passagers en 2013 et a enregistré un chiffre d'affaires de 117,4 millions d'euros.

Actuellement l'aéroport est détenu à 60% par l'État, et à 40% par les collectivités : la CCI (25%), la Région Midi-Pyrénées (5%), le Département de Haute-Garonne (5 %) et Toulouse Métropole (5 %).

Trois offres ont été déposées pour le rachat des parts de l'État ( 49,99% dans un premier temps) :

Aéroports de Paris avec Prédiac (Crédit Agricole),
Vinci, avec la Caisse des dépôts et EDF Invest,
SNC Lavalin avec le Chinois Shandong High Speed Group.

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