Les pilotes toulousains d'Air France rapatriés à Paris

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77 pilotes toulousains sont concernés
77 pilotes toulousains sont concernés (Crédits : Rémi Benoit)
77 pilotes Air France toulousains seront déplacés à Paris d’ici à octobre, vient d'annoncer la compagnie aérienne. Les pilotes marseillais et niçois connaîtront le même sort. Cette décision intervient sur fond de négociations houleuses entre la direction et les syndicats.

200 pilotes Air France devront quitter leurs bases de Toulouse, Marseille et Nice d'ici à octobre 2015, a annoncé le 16 mai la direction du groupe. 77 pilotes toulousains sont concernés. Tous seront rattachés aux bases franciliennes de Roissy-Charles de Gaulle et d'Orly.

"Nous renonçons seulement au modèle où les pilotes étaient basés en région, insiste Jean-Jacques Labadie, directeur régional d'Air France. L'offre de vols va rester la même."

Une expérience de trois ans

Air France avait ouvert une première base à Marseille en octobre 2011, puis deux autres à Toulouse et à Nice au printemps 2012. Objectifs : ne plus avoir à ramener les pilotes à Paris le soir, augmenter le nombre de rotations journalières et proposer une meilleure desserte des grandes villes européennes et du bassin méditerranéen. Le groupe espérait ainsi réaliser 15 % d'économies et contrer la concurrence des compagnies low cost.

À Toulouse, 97 pilotes, 200 hôtesses et stewards et une vingtaine de mécaniciens avaient ainsi été installés sur la base. Ainsi que 10 Airbus.

"Des investissements très lourds ont été réalisés, souligne Éric Genest, de la CGT Air France à Toulouse. Deux bâtiments du hall A de l'aéroport ont été réaménagés pour accueillir le personnel navigant, un ascenseur a été construit..."

Quatorze routes internationales ont été ouvertes à destination de villes européennes (Berlin, Hambourg, Naples, Athènes) et de pays du Maghreb, en plus de la Navette Paris-Orly et des destinations régionales déjà existantes.

Pas le succès escompté

Mais cette nouvelle organisation n'a pas rencontré le succès escompté. À Toulouse, les effectifs ont progressivement été ramenés à 77 pilotes et 7 avions. La plupart des lignes internationales ont été supprimées. "Nous avons effectué des efforts de rééquilibrage, admet Jean-Jacques Labadie, directeur régional d'Air France. Les routes Toulouse-Europe et Toulouse-Maghreb n'ont pas atteint leurs objectifs. Nous avons conservé uniquement les destinations Athènes, Venise, Malte, Naples et Séville, du 14 juillet au 6 septembre."

Pourquoi de telles difficultés ?

"Nos coûts restent élevés pour des recettes assez faibles, analyse Jean-Jacques Labadie. Nous avons également été victimes d'un contexte économique dégradé en temps de crise, des printemps arabes qui nous ont amenés à fermer notre route vers Tunis, et d'une concurrence forte, essentiellement celle des compagnies low cost."

Mais selon lui, le bilan n'est pas si négatif : "Les 14 routes internationales mises en place en 2012 ne représentaient que 15 % de l'activité. Les routes régionales et de la Navette Paris-Orly, 25 vols par jour, représentent 85 % du trafic." La ligne Toulouse-Orly sera même renforcée, avec la mise en place d'un Airbus 321.

Le casse-tête du partage HOP ! - Air France

Aujourd'hui, le rapatriement des pilotes à Paris intervient sur fond de négociations houleuses entre la direction et les syndicats. Le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) d'Air France se dit particulièrement attentif au périmètre de répartition des compagnies Air France, HOP ! et Transavia. En effet, la direction pourrait basculer un vol sur un avion HOP ! si le nombre de passagers ne nécessite pas de mobiliser un Airbus Air France. Ce qui pourrait diminuer le nombre d'heures de vol des pilotes Air France, et, par conséquent, diminuer leur rémunération et fragiliser leurs postes, selon les syndicats.

"Au vu du fiasco commercial qu'ont représenté les bases province, nous avons demandé un droit de regard sur ce périmètre de répartition, explique Emmanuel Mistrali, porte-parole du SNPL d'Air France. L'idée était de pouvoir tirer la sonnette d'alarme, si cette répartition ne se faisait pas en vertu de raisons strictement économiques."

Réclamations "inacceptables"

Cette réclamation a été jugée "inacceptable" par le directeur général adjoint des opérations, Éric Schramm : "Les décisions relatives à l'utilisation de notre flotte, l'évolution de notre programme et les adaptations commerciales sont de la responsabilité de la compagnie".

Le dossier est cependant loin d'être clos. "Tout le monde est très en colère, raconte Emmanuel Mistrali. Les pilotes sont mobilisés et font circuler des pétitions. Nous avons remis des propositions le 30 avril qui n'ont pas été acceptées, et la direction nous a posé cet ultimatum entre signer un accord bancal et quitter les régions. Nous allons essayer de faire de nouvelles propositions pour essayer d'éviter la fermeture des bases province."

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