Téléphérique de Toulouse : on a testé pour vous. Reportage

Après quasiment trois ans d'attente et de travaux, habitants et touristes vont pouvoir prendre possession du nouveau téléphérique de Toulouse. À quelques heures de son ouverture au public, La Tribune propose une immersion au sein de ce mode de transport d'un genre nouveau en milieu urbain. Les sensations sont au rendez-vous. Reportage.

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Toulouse a inauguré son nouveau téléphérique urbain, vendredi 13 mai.
Toulouse a inauguré son nouveau téléphérique urbain, vendredi 13 mai. (Crédits : Rémi Benoit)

Depuis quelques semaines, ces grandes boites rectangulaires qui circulent dans le ciel toulousain attirent l'oeil. Quelques habitants et passants ignorent encore que Toulouse va accueillir un mode de transport dédié, dans les esprits, aux stations de ski. Pour faire prendre conscience de la concrétisation du téléphérique de Toulouse, La Tribune a pu l'emprunter en avant-première, vendredi 13 mai, soit la veille de son ouverture au public samedi 14 mai, et vous propose de revivre ce voyage d'un genre nouveau.

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Malgré les quelques barrières de chantier encore présentes autour du terminus de l'université Paul-Sabatier et une terre qui ne demande qu'à voir pousser sa pelouse, le chemin en dur qui dirige vers l'une des trois stations du nouveau téléphérique urbain de Toulouse - en provenance d'un côté du campus universitaire ou de l'autre de la station de métro de la ligne B - est prêt à être foulé par ses usagers. Tisséo, le syndicat mixte en charge des transports en commun sur la métropole toulousaine, attend 8.000 voyageurs par jour sur ce nouveau mode de transport. "Mais nous avons la capacité d'accueillir jusqu'à 20.000 voyageurs quotidiens avec les infrastructures actuelles", complète Jean-Michel Lattes, son président.

Une fois au pied de cette station Paul-Sabatier du téléphérique urbain, nous ne reculons pas malgré le caractère impressionnant de l'équipement et le long trajet qui se dresse devant nous. De trois kilomètres, il est ainsi le plus long téléphérique de France et permet de prendre beaucoup de hauteur. "Nous avons cinq pylônes et ils vont de 30 à 70 mètres de hauteur. Aucun autre équipement à Toulouse ne peut nous offrir une telle hauteur et des sensations pareilles", se réjouit le maire de Toulouse et président de la Métropole. Malgré une légère appréhension, nous nous saisissons des tickets offerts pour ce week-end d'ouverture et une fois celui-ci validé grâce à une borne située à proximité du quai, nous attendons une cabine.

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Des démarrages qui secouent

Lancée comme si elle venait d'achever le trajet retour, l'une des 15 cabines en service ralenti face à nous et s'immobilise quasiment pour nous laisser le temps de nous installer convenablement. Dans leur conception, le constructeur isérois Poma a laissé le choix : chaque cabine, d'une capacité de 34 personnes, dispose de 15 places assises, mais aussi d'emplacements pour vélo ou personnes à mobilité réduite et circulant en fauteuil roulant. Quelques instants après notre installation, c'est l'heure du départ ! Un démarrage légèrement sportif à l'intérieur de la cabine pour que celle-ci prenne de la puissance. Nous sommes secoués et balancés légèrement pendant quelques secondes. Et pour cause, à la sortie de cette station, le téléphérique de Toulouse doit entamer une montée assez importante pour prendre son envol, afin de surmonter le lycée Bellevue et se diriger vers le CHU de Rangeuil.

Mais rapidement, ce petit désagrément est mis de côté par le confort offert par la cabine et surtout, la vue inégalable sur la Ville rose en attendant d'atterrir à la seconde station, celle du CHU de Rangueil. "Je l'ai prix six fois depuis ce matin, et chaque fois je découvre un nouveau paysage, une nouvelle vue", commente Jean-Michel Lattes. "C'est émouvant d'emprunter un mode de transport du futur. Cela va devenir une image forte de l'attractivité de Toulouse et la mettre au niveau d'autres métropoles mondiales. Le téléphérique pourrait devenir une attraction touristique, mais cela sera surtout un service de plus pour la population", témoigne la socialiste Carole Delga, présidente du conseil régional d'Occitanie. Sur les près de 83 millions d'euros de la facture finale, la collectivité a apporté 6,6 millions d'euros au projet via les fonds européens FEDER.

En à peine deux minutes, montre en main, nous arrivons à la seconde station du téléphérique après un freinage quelque peu brusque pour s'immobiliser. L'arrivée se fait quasiment face à l'établissement de santé et au-delà des enjeux techniques, c'est tout sauf un hasard. L'ambition de Tisséo, des élus locaux et de la direction de l'hôpital est de séduire les patients et visiteurs, face aux aires de stationnement souvent saturées sur place. Séduire le personnel soignant sera aussi un objectif. "Ce sera un véritable avantage pour les patients mais aussi et surtout pour les 5.000 professionnels de santé qui travaillent sur place au quotidien. Nous les sondons souvent sur ce point, et si 65% viennent au travail en voiture, 50% se disent prêts à changer de mode de transport", confie le nouveau directeur du CHU de Toulouse, Jean-François Lefebvre.

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Pour tout passant, visiteur, malade, ou professionnel de santé du CHU de Rangueil, il sera quoi qu'il en soit difficile pour eux d'ignorer l'existence de ce nouveau service. En plus d'une plateforme qui mène de l'entrée du site directement à la station du téléphérique, le flux des cabines, dans les deux sens, se dresse face à l'hôpital.

Aucun prolongement à attendre dans les prochaines années

Après une courte halte à mi-chemin, nous nous dirigeons à nouveau vers les quais pour remonter dans le téléphérique et prendre la direction de l'autre terminus du tracé, l'Oncopole, l'établissement dédiée à l'oncologie. Et le programme s'annonce chargée avec, en perspective le survol de la colline de Pech David avant le passage au-dessus de la Garonne. Nous entamons la montée avec, à noter, un démarrage moins brutal que le précédent point de départ universitaire, bien que nous ressentons tout de même la prise de vitesse de l'engin (qui n'excède pas les 20 km/h).

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Avant d'entamer la plongée vers des niveaux inférieurs et retrouver le plancher des vaches, nous survolons la très boisée colline de Pech David, donnant parfois le sentiment d'être plutôt en Amazonie qu'à Toulouse. "Toulouse n'est pas la Ville rose mais la Ville verte", plaisante même le président de Tisséo en référence à ce ressenti. Une fois le point culminant passé, le téléphérique nous offre une vue totalement dégagée et à couper le souffle de Toulouse, sur 360 degrés. Au premier plan, la Garonne, la centrale solaire qui a pris la place de l'usine AFZ, derrière des maisons et bâtiments aux contours roses et en arrière plan les Pyrénées, grandement masquées par la météo grisâtre de cette festivité inaugurale. "Ce nouvel équipement démontre tous les avantages d'un transport par câble en milieu urbain, dont celui d'être capable de franchir des éléments naturels", commente Jean Souchal, le président du directoire de Poma, qui a confié l'exploitation et l'entretien de ce nouvel équipement à Altiservice. Durant la descente vers notre point d'arrivée, notre trajectoire croise celle des avions en approche pour un atterrissage sur l'aéroport de Toulouse-Blagnac.

Nous aussi nous atterrissons après environ six minutes de trajet entre l'établissement de santé et l'Oncopole. Pour les usagers du téléphérique urbain de Toulouse, cette troisième et dernière station, qui fait face à l'établissement spécialisé dans l'oncologie, dispose d'un parking relais de 500 places de stationnement. Un argument de taille pour ce bassin de plusieurs milliers d'emplois également.

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Pour le chemin retour, nous n'attendons que très peu de temps pour monter dans une nouvelle cabine. Tisséo promet une cabine tous les 1 minute 30, en heure de pointe, pour un équipement en service de 5h30 à minuit, tous les jours. "Quand il y aura moins de monde, nous ralentirons le carrousel afin d'économiser de l'électricité et nous adapter à la fréquentation. Au maximum, il y aura une cabine toutes les 2 minutes et 10 secondes", promet Jean-Michel Lattes de Tisséo, qui rappelle qu'emprunter le téléphérique pourra se faire avec un ticket du réseau classique. "Mettre un tarif spécifique aurait été contre-productif", assure l'élu à la Ville en charge des Mobilités. Mais quelle est l'ambition de Toulouse avec ce téléphérique ? Offrir des tours de manège aux Toulousains ou créer un véritable réseau aérien à cette population urbaine? "Nous avons deux idées dans notre esprit. Prolonger le téléphérique pour offrir une desserte jusqu'à Basso Combo et la ligne A du métro et proposer une desserte du quartier Montaudran pour le connecter à la future troisième ligne de métro. Mais pour le moment, il n'y a pas de projet ni d'études, c'est simplement une idée", tient à souligner Jean-Luc Moudenc. "Nous avons prévu que ces prolongements soient possibles mais nous n'avons pas décidé de les faire. Ce sera aux élus qui nous succéderont de décider", confirme Jean-Michel Lattes. Pour lui, comme pour le maire de Toulouse, la priorité n'est pas d'ouvrir de nouveaux dossiers onéreux pour la collectivité, mais plutôt d'assurer le financement de la troisième ligne de métro annoncée pour 2028 et donc la facture approche les trois milliards d'euros.

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Commentaire 1
à écrit le 14/05/2022 à 19:09
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De nouveaux points de deal mobiles pour les prochains hivers rigoureux toulousains? De prochains règlements de compte par sabotage des câbles?

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