Progressivement, le "fonds souverain" d'Occitanie se met en place

Débat-clé lors des dernières élections régionales, la présidente socialiste du conseil régional d'Occitanie met en place sa politique de soutien post-Covid à l'économie du territoire. Ce qu'elle apparente à un "fonds souverain", pour reprendre l'idée d'un concurrent politique, vient d'être bouclé dans sa forme par le lancement du fonds Irdi Impulsion. Désormais, lui et les deux autres dispositifs qui le composent, à savoir Épargne Occitanie et l'Agence régionale des investissements stratégiques, doivent monter en puissance.

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Plusieurs entreprises de l'industrie aéronautique pourraient bénéficier du fonds Irdi Impulsion, composant du fonds souverain pensé par la socialiste Carole Delga pour l'Occitanie.
Plusieurs entreprises de l'industrie aéronautique pourraient bénéficier du fonds Irdi Impulsion, composant du "fonds souverain" pensé par la socialiste Carole Delga pour l'Occitanie. (Crédits : Rémi Benoit)

À l'occasion des dernières élections régionales, en juin dernier, c'est une thématique qui avait monopolisé un temps les débats : la nécessité ou non d'un fonds souverain régional pour l'Occitanie, à l'image de l'initiative d'un montant de 100 millions d'euros portée par la région Auvergne-Rhône Alpes.

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Dans une interview exclusive accordée à La Tribune, le candidat LR sur l'Occitanie, Aurélien Pradié, avait été le premier à tirer sur le sujet en promettant la création de ce fonds souverain au terme du mandat en cours. "Il sera capable de lever 75 millions d'euros dès la première levée de fonds et sera abondé par trois tiers. Ce premier tiers, ce seront les collectivités et toutes les collectivités. La région abondera au fonds souverain. Le deuxième tiers, ce sont les fonds d'Etat, notamment par l'intermédiaire de la Banque Publique d'Investissement (BPI). Nous irons aussi chercher des fonds européens. Le troisième tiers, ce sont les citoyens. Je souhaite que l'on puisse faire appel à l'épargne populaire", avait-il ainsi détaillé.

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Celui qui est désormais conseiller régional d'opposition, étant arrivé troisième à l'issue du second tour de ces élections régionales, avait du faire face à la concurrence sur le sujet de la présidente socialiste sortante, Carole Delga. Au cours du débat organisé par La Tribune, le 1er juin, la présidente aujourd'hui réélue avait rétorqué : "moi aussi j'ai un fonds souverain dans mon programme". "C'est une addition de bidules", avait alors réagi Aurélien Pradié. Un peu moins de quatre mois après le début du second mandat de Carole Delga, où en-est-elle dans l'instauration de ce qu'elle apparente à un fonds souverain ?

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Une épargne populaire encore à mobiliser

Dans l'esprit de l'élue socialiste, celui-ci est composé de trois branches. Il y a tout d'abord la plateforme d'épargne citoyenne Épargne Occitanie, l'Aris (pour Agence régionale des investissements stratégiques) et le fonds Impulsion.

Pour la première d'entre elles, le conseil régional s'est associé à l'entreprise toulousaine WiSEED, spécialisée dans le financement participatif, à l'issue d'un appel d'offres. Le duo, soutenu notamment par la CCI Occitanie, veut ainsi mobiliser le surplus d'épargne généré par la crise sanitaire. Selon leurs calculs, un seul milliard d'euros de cette épargne investi en Occitanie permettrait la création de 17.000 emplois sur le territoire. Des chiffres alléchants qui ont mobilisé les entreprises du territoire.

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Dès le lancement fin avril, Carole Delga se félicitait du succès de la plateforme. "En quelques semaines, nous avons reçu 252 dossiers pour un besoin en financement à plus de 50 millions d'euros (...) Nous sommes étonnés par le nombre de dossiers reçus", annonçait-elle alors que l'élue visait un besoin en financement d'une trentaine de millions d'euros, fourchette haute. Au final, six mois plus tard, ce sont 310 projets qui ont été déposés, dépassant toutes les espérances de la collectivité.

Seulement, à l'heure actuelle, à peine une poignée ont été financées (comme Payote qui va ouvrir une boutique à ToulouseAura Aero qui développe un avion électrique régional, VNF qui recherche des fonds pour financer la replantation de platanes ou encore le Stade Toulousain et son mur de soutien), 11 sont en financement et six (comme ST Luxury ou Chill Ride) sont en phase de vote afin de jauger l'intérêt des 120.000 investisseurs inscrits sur la plateforme WiSEED et ainsi passer en phase de financement. Un bilan bien trop maigre à l'heure où le tissu économique attend une montée en puissance de cette initiative unique en France ?

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"La région ne communique pas assez voire pas du tout sur l'existence de cette plateforme auprès du grand public. C'est un dispositif qui manque d'engouement", témoigne un dirigeant occitan qui a déposé un dossier pour accéder tout de même au service d'Épargne Occitanie.

Une agence régionale pour réindustrialiser l'Occitanie

À travers les citoyens qui peuvent investir un ticket minimal de 100 euros, les entreprises de la région peuvent demander un soutien de 50.000 à huit millions d'euros, sous formes de dons, d'actions ou d'un prêt, sur une durée de sept ans.

Parallèlement, le conseil régional d'Occitanie veut aussi endosser le costume de l'actionnaire patient à travers l'agence régional des investissements stratégiques (ARIS), autre bras armé du "fonds souverain" du territoire, créé en mars dernier. Tout récemment, c'est Stéphane Marcel qui a pris la tête de cette nouvelle entité. Un visage bien connu au sein du tissu économique régional. Stéphane Marcel est le président de Créalia Occitanie depuis 2008, mais aussi co-fondateur de l'entreprise montpelliéraine SMAG et actuellement cadre dirigeant du groupe international InVivo.

Le dirigeant va ainsi piloter un budget de 54 millions d'euros sur les cinq prochaines années, pour permettre l'aboutissement de projets industriels en Occitanie dans des domaines jugés stratégiques comme la santé, l'alimentation, les transports intelligents, la transition climatique, le numérique...etc. Sur l'ensemble du mandat, l'Aris doit soutenir 30 à 40 projets régionaux et permettre la création nette de 4.000 emplois sur le territoire.

À l'issue d'un premier appel à projets, quelques entreprises ont déjà été accompagnées en 2021, comme Genvia. Après la réception des premiers éléments pour la ligne de fabrication pilote des électrolyseurs dédiés à la production d'hydrogène vert, Genvia a été officiellement inaugurée fin mars. Cette joint-venture du CEA de Grenoble et du groupe Schlumberger a désormais jusqu'en 2024 pour démontrer la pertinence de cette technologie. Si l'expérience est concluante, une gigafactory dédiée pourrait voir le jour à Béziers (Hérault). Cela tombe bien, Emmanuel Macron, à travers son plan d'investissement France 2030 de 30 milliards d'euros, espère l'émergence de deux gigafactories dédiées à cette technologie dans l'Hexagone d'ici la fin de la décennie.

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Le fonds Irdi Impulsion désormais sur les rails

Enfin, les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, les deux métropoles de Toulouse et Montpellier et un consortium bancaire, se sont associés avec Irdi Capital Investissement pour mettre sur pied le fonds Irdi Impulsion.

"Les entreprises visées sont celles ayant subi un choc conjoncturel - et notamment la crise de la Covid - entrainant une situation de sous-performance. L'objectif d'Irdi Impulsion sera d'apporter des solutions de fonds propres en complément des autres dispositifs financiers pour accompagner dans leur relance ces entreprises à potentiel et présentant un enjeu fort pour le territoire", ont expliqué les nombreux partenaires dans un communiqué commun publié il y a quelques jours.

Le premier tour de table a permis de débloquer une enveloppe de 45 millions, afin de soutenir une trentaine d'entreprises, à cheval sur les deux régions, pour des montants allant de 500.000 à quatre millions d'euros. Cet accompagnement financier pourra aller jusqu'à sept ans. Dans la même logique que l'ARIS, ce sont des entreprises de secteurs clés comme la santé, les nouvelles mobilités, la transition énergétique, l'agroalimentaire, l'industrie 4.0 ou encore le tourisme, qui seront accompagnées.

"Beaucoup d'entreprises vont avoir besoin de financements stables pour faire face à leurs enjeux de relance et de désendettement et aussi pour saisir des opportunités de croissance externe et participer à la consolidation de leur secteur d'activité", ajoute Corinne D'Agrain, la présidente du directoire de l'Irdi-Capital Investissement.

Ainsi, le conseil régional d'Occitanie veut consolider les fonds de plusieurs entreprises clés de la filière aéronautique en Occitanie. Néanmoins, ce fonds Impulsion ne sera pas uniquement dédié à l'aéronautique, mais bien multisectoriel. "L'idée est d'accompagner des PME et ETI ayant une rentabilité historique démontrée mais qui connaissent un creux depuis un ou deux ans", avait détaillé Carole Delga lors d'une sortie publique en novembre 2020. Par cette initiative, cette dernière apporte une réponse aux critiques qu'elle avait émise contre le plan de relance aéronautique du gouvernement que l'élue avait jugé "pas suffisamment dimensionné", tout en ayant précisé à l'époque que "la question des fonds propres doit être enrichie afin de bénéficier également aux TPE/PME".

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