Régionales 2021 : malgré les crises dans l'aéronautique et le tourisme, l'Occitanie peut rebondir

ZOOM MACRO. Frappée de plein fouet par les crises dans l'aéronautique et le tourisme, liées aux restrictions sanitaires, l'Occitanie a perdu plusieurs milliers d'emplois en l'espace de 18 mois. Reste désormais à savoir si la crise marquera un tournant pour l'Occitanie, territoire qui dispose de multiples nouvelles voies de relais de croissance (dans l'hydrogène notamment). À deux semaines du premier tour des élections régionales, La Tribune dresse le portrait économique de ce territoire.

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La paralysie de l'industrie aéronautique a causé du tort sur l'ensemble de la région Occitanie.
La paralysie de l'industrie aéronautique a causé du tort sur l'ensemble de la région Occitanie. (Crédits : Rémi Benoit)

La pandémie aura marqué pour l'Occitanie la fin d'un cycle de 30 ans de croissance continue. "Elle est presque ininterrompue depuis 1990 et surtout l'une des plus fortes des régions françaises", rappelle l'Insee. Quatrième région la plus créatrice de richesse (après l'Île‐de‐France, l'Auvergne‐Rhône‐Alpes et la Nouvelle‐Aquitaine) avec un PIB de 174 milliards d'euros en 2018, l'Occitanie, et ses près de six millions d'habitants, a été durement touchée par la crise sanitaire.

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À commencer par la filière aéronautique et spatiale qui employait 110.000 salariés début 2020. En l'espace d'un an et sans compter les destructions d'emplois dans l'intérim, ce secteur a perdu 8.800 salariés en 2020 en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, soit une baisse de 5,5% de son effectifUn coup d'arrêt d'autant plus marquant que le secteur de l'aéronautique et du spatial était en pleine expansion avant la pandémie.

"Cette filière avait créée 5.500 emplois en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine en 2019 et 4.600 en 2018. La crise a donc quasiment éliminé les 10.000 créations d'emploi de ces deux dernières années", souligne Lionel Doisneau, chef de la division économie de l'Insee Occitanie.

Et alors que l'impact est plus mesuré en Nouvelle-Aquitaine avec une perte de 2.600 emplois, la filière aérospatiale en Occitanie a vu disparaître 6.200 salariés en un an. En particulier, la Haute-Garonne, patrie d'Airbus, a perdu 4.900 emplois dans l'aéronautique. Ces baisses d'effectifs sont concentrées chez les PME, les petites entreprises sous-traitantes de l'avionneur européen.

À la sortie de l'été dernier, l'antenne régionale de la Banque de France avait démontré par une étude que l'économie en Occitanie était plus difficile à faire repartir qu'ailleurs dans ce territoire non pas mono-industrie, mais assez dépendant des évolutions du carnet de commandes de l'avionneur européen. "Notre économie a connu un choc majeur en 2020, en raison de la crise sanitaire, et celui-ci a été plus durement ressenti dans notre région Occitanie", rappelle Stéphane Latouche, le directeur régional de la Banque de France, sans "vouloir tourner autour du pot" face à ce constat intégré par tous. Désormais, l'année 2021 s'annonce comme celle de la vraie reprise en Occitanie, mais cette bonne nouvelle ne s'applique qu'au chiffre d'affaires des entreprises et non pas sur l'emploi à en croire les prévisions des dirigeants régionaux.

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Les bassins d'emploi dépendants de l'aéronautique très touchés

Résultat, la Ville rose, jusqu'ici l'un des moteurs de la croissance régionale, a vu la demande d'emploi grimper en flèche. En l'espace d'un an (entre septembre 2019 et 2020), le nombre de chômeurs de catégorie A, B et C a progressé de 20 % dans les métiers de l'industrie et de 40 % dans ceux de l'informatique et des télécommunications, "des hausses deux fois plus fortes qu'au niveau national", selon Pole Emploi. Le taux de chômage global, en hausse d'un point, atteint 9 % au troisième trimestre 2020 à Toulouse.

L'autre grand perdant de la crise sanitaire en Occitanie n'est autre que le Lot. Ce département est le plus touché de la région en termes de pourcentage par la crise dans l'aéronautique avec une chute -9,2% des emplois de la filière (principalement lié au plan social mis en oeuvre par le sous-traitant Figeac Aéro). À Figeac d'ailleurs, "la progression du nombre de demandeurs d'emploi y est encore plus forte que sur Toulouse, surtout pour les moins de 26 ans (+ 17 % sur un an, fin septembre, pour les catégories A, B, C)". Dans la même veine, le département de l'Aveyron est également confronté ces derniers mois à des multiples annonces d'ordre social en raison de dossiers problématiques déclenchés depuis plusieurs années mais qui ne trouvent leur dénouement que maintenant à l'image de certains, comme Bosch à Rodez et la SAM à Decazeville.

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Quant au bassin d'emploi de Tarbes-Lourdes, il est lui confronté à une double crise. La première est liée au coup d'arrêt de l'industrie aéronautique (des plans sociaux ont été annoncés par exemple chez AAA et Daher). La seconde provient du ralentissement de l'activité touristique dans l'un des principaux sites mondiaux de pèlerinage. "Entre la crainte des gens et les mesures sanitaires, nos hôtels ont dénombré 90% des nuitées annulées en 2020", faisait récemment savoir à La Tribune Thierry Lavit, le nouveau maire de Lourdes (sans étiquette). "Après une année 2020 compliquée, avec tout de même 800 groupes accueillis, nous avons 95% des pèlerinages prévus en 2021 qui sont annulés. Mais nous espérons une reprise de l'activité dès le mois de juin voire juillet. La clé réside dans la vaccination de la population mondiale", ajoute Mgr Olivier Ribadeau Dumas, recteur du Sanctuaire qui fait la réputation mondiale de Lourdes. Au final, l'année dernière, ils sont seulement 800.000 visiteurs à s'être rendus dans le poumon de la ville, contre trois à quatre millions habituellement. Conséquence de cette situation, le nombre de demandeurs d'emplois en fin de mois progresse de 11 % sur un an sur le bassin d'emploi Tarbes-Lourdes, soit la plus forte hausse de la région Occitanie.

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Effondrement du tourisme, mutation obligatoire

Car le tourisme en Occitanie est un poids lourd de l'économie régionale. Il pèse près de 100.000 emplois salariés, soit autant que l'aéronautique, génère 15,9 milliards d'euros de retombées économiques et représente 10,3 % du PIB régional. Autres chiffres vertigineux pour caractériser le secteur : six millions de lits potentiellement touristiques et 208 millions de nuitées touristiques chaque année. L'Occitanie se situe au 4ème rang national des régions les plus fréquentées par les touristes étrangers, avec dans son Top 5 des clientèles étrangères en 2019 l'Allemagne, l'Espagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Belgique. Elle est aussi la première région thermale avec 200.000 curistes et trois millions de nuitées par an, et la première région en nombre de campings, soit 1.400 campings et 135.000 emplacements.

Une fois ces chiffres alignés, on comprend que l'impact de la crise sanitaire a été violent pour le tourisme. Au printemps 2020, la fréquentation s'est effondrée (- 89% de sur le littoral, - 87% dans les Pyrénées). Heureusement, et malgré l'absence quasi-totale d'étrangers à l'été 2020, la clientèle française et notamment de proximité a permis de sauver en partie le tourisme en Occitanie, avec notamment un mois d'août qualifié d'exceptionnel pour certaines destinations (+ 4% dans les Pyrénées, + 8% à la campagne et + 10% dans le Massif Central). Toutefois, le littoral perdait 6% de ses touristes. La seule zone Agde-Pézenas (Hérault), où 17 % des salariés sont employés dans le tourisme, essentiellement sur la période estivale, a décroché la plus forte progression du taux de chômage en 2020 (+ 2% sur douze mois) en raison de sa très grande dépendance au secteur... D'autres secteurs étaient bien sinistrés : - 10% sur le tourisme urbain et - 90% sur le tourisme religieux à Lourdes comme développé plus haut. Enfin, selon le Comité régional du tourisme et des loisirs (CRTL) d'Occitanie, les vacances de Noël et de février 2021 ont été satisfaisantes malgré des remontées mécaniques fermées et "la fréquentation touristique n'a pas connu la catastrophe annoncée" même si "le chiffre d'affaires des stations de sports d'hiver est celui d'une année blanche, ou plutôt noire"... Au regard de cette nouvelle donne, le secteur du tourisme doit lui aussi opérer sa mue.

"En 2021, le niveau d'incertitude reste important, et on va probablement assister à encore plus de consommation de proximité, renforçant notre choix, entamé en 2020, de capitaliser sur la clientèle de proximité, observe Jean Pinard, le directeur du CRTL Occitanie. Pour beaucoup de destinations, la question de la diversification se pose de manière cruciale, par exemple pour la ville de Lourdes qui pourrait se positionner comme le camp de base pour aller faire du vélo dans les Pyrénées, ou pour les stations de ski, qui doivent regarder ce qu'elles peuvent faire de plus en été en travaillant sur la dimension nature notamment. Les activités de loisirs n'avaient jamais été l'objet d'intérêt par des organismes comme les nôtres avant la crise, c'est un métier nouveau pour nous ! La chance de l'Occitanie, c'est que sa grande diversité d'offres - mer, montagne, campagne, 11 parcs naturels - lui permet tout !"

Tout, à condition de s'adapter et de répondre aux nouveaux modes de consommation des clientèles touristiques, exacerbés par la crise sanitaire, en quête d'un tourisme plus durable et respectueux de l'environnement, porteur de sens, à l'envers des excès du sur-tourisme que remettent en cause les habitants de Venise ou de Barcelone par exemple.

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Des voies de relance à saisir pour l'Occitanie, dans de multiples secteurs

Malgré ce tableau bien pâle, dans la région au deuxième taux de chômage le plus élevé de France (10,5% de sa population active), l'Occitanie a de multiples occasions à saisir. Tout d'abord, et c'est bien la preuve d'un dynamisme économique résilient, les entreprises de ce territoire de 13 départements, sont les deuxièmes de France à bénéficier le plus dans l'Hexagone des 100 milliards d'euros du fonds France Relance. Elles sont uniquement devancées par les entreprises de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Parmi ces projets, l'implantation d'une usine nouvelle génération de biomédicaments prochainement à Toulouse, contre 150 millions d'euros, démontre l'attractivité de l'Occitanie sur la santé. En plus d'un tissu industriel nouveau et croissant sur les équipements sanitaires, la région peut se vanter d'abriter des acteurs comme Pierre Fabre, le Canceropole, des startups prometteuses et un tissu académique puissant et reconnu sur le sujet. D'ailleurs, la majorité des candidats aux élections régionales en Occitanie prévoit de soutenir les innovations de l'univers médical.

Par ailleurs, en plus d'un écosystème émergeant sur les questions de l'intelligence artificielle, de la data sous toutes ses formes et même du quantique, la région jusqu'à présent présidée par la socialiste Carole Delga se place comme un acteur crédible sur l'hydrogène appliquée aux mobilités. Le territoire, qui a accueilli le premier Conseil national de l'hydrogène, abrite par exemple Safra qui construit des bus à hydrogène à Albi, le site d'Alstom à Tarbes qui développe le système de tractions pour les futures trains à hydrogène qui doivent débarquer sur les rails français dans une poignée d'années, et depuis peu à Béziers la société Genvia qui va développer des électrolyseurs dédiés à la production d'hydrogène vert.

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Enfin à l'image du binôme Isae Supaero - Delair, qui travaille sur un drone à hydrogène dans l'espoir de développer des briques technologiques pour l'avion vert de demain, d'autres acteurs occitans se mobilisent pour monter dans le train de l'avion bas carbone des années 2030, sujet vital pour l'avenir économique du territoire. Par exemple, l'entreprise toulousaine Aura Aéro développe un avion régional électrique de 19 places dans l'espoir de le commercialiser d'ici 2026. Malgré ces nombreuses initiatives, et bien loin d'être exhaustives, la prochaine ou le prochain président de la région Occitanie devra garder le dossier du "développement économique" en bonne place sur son bureau et ce, pendant les six années à venir.

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