LGV Bordeaux-Toulouse : qui va payer ?

 |   |  1057  mots
Le gouvernement a dit oui à la LGV, mais le projet n'est pas financé
Le gouvernement a dit oui à la LGV, mais le projet n'est pas financé (Crédits : reuters.com)
Le gouvernement a donné son feu vert ce 26 septembre pour la réalisation de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse, et ce malgré l'avis négatif de l'enquête publique. Ce rapport pointait notamment la question du financement du projet, une problématique plus que jamais d'actualité. Dès 2012, deux départements de Midi-Pyrénées ont annoncé leur désengagement du projet et d'autres collectivités gèlent désormais leurs versements. Le flou demeure concernant un projet estimé à 9,2 milliards d'euros.

"C'est ce que nous attendions, ce que nous espérions". Pour Martin Malvy, président du Conseil régional de Midi-Pyrénées, l'annonce du gouvernement durant le weekend est une immense satisfaction. Le gouvernement a en effet validé les projets de lignes TGV Bordeaux-Dax et Bordeaux - Toulouse. "Si nous ne lâchons rien, si la même détermination se poursuit,Toulouse peut être dans 4 ans à 3h15 de Paris."

La décision a également été saluée par le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc : "Je salue la décision du gouvernement de valider la réalisation de la ligne à grande vitesse (LGV) entre Bordeaux et Toulouse. Néanmoins, je demande au gouvernement d'apporter sans tarder des garanties fortes sur le volet financier de ce projet, en réactualisant son coût et en consolidant son financement pour pallier les défections de certaines collectivités territoriales", a t-il écrit sur son compte Facebook le samedi 26 septembre.

Pourtant, à la suite de l'avis défavorable rendu par la commission d'enquête publique le 30 mars dernier, le maître d'ouvrage du GPSO avait dû fournir ses améliorations sur le projet à l'État. Dans ce rapport, les commissaires ont estimé notamment que la construction de la LGV présente "une rentabilité socio-économique faiblement positive" et que les retombées économiques "favoriseront essentiellement les deux grandes métropoles".

Financement ?

Cette incertitude sur le financement de la ligne reste entière. La construction de la LGV qui relierait Toulouse et Bordeaux en 1h05 et ramènerait Toulouse à 3h15 de Paris, contre plus de cinq heures actuellement, nécessite 9,2 milliards d'euros d'investissement (en comptant l'aménagement des gares de Bordeaux et Toulouse). Les travaux doivent commencer en 2017 pour une mise en service à l'horizon 2024. En 2008, une cinquantaine de collectivités locales ont été sollicitées pour financer le projet.

Le deal était clair : les collectivités de Midi-Pyrénées s'engageaient à financer la première tranche de travaux, soit la construction de la ligne entre Tours et Bordeaux, en contrepartie du prolongement de la LGV jusqu'à Toulouse.

Par exemple, la Région Midi-Pyrénées, qui a promis d'investir 700 millions d'euros pour la ligne Bordeaux-Toulouse, s'est engagée à verser 102 millions d'euros pour l'axe Tours-Bordeaux. Parmi les autres financeurs figurent les départements limitrophes (Haute-Garonne, Tarn-et Garonne...), Toulouse Métropole et les communautés d'agglomération (Grand Montauban, Sicoval, agglomération du Muretain) et un certain nombre de villes (Rodez, Tarbes, Albi, Pamiers, Foix...).

Les collectivités gèlent leur participation

Mais, dès 2012, deux départements annoncent se retirer du projet pour des raisons budgétaires. Le Lot-et-Garonne devait participer à hauteur de 90 à 100 millions d'euros au projet et le Gers, quant à lui, s'était engagé pour 8 millions d'euros. Pour expliquer son revirement, le président du Conseil général du Gers Philippe Martin accuse à l'époque l'État "qui diminue ses dotations et les compensations sociales aux collectivités mais qui, par ailleurs, nous demande de financer un projet national".

En février dernier, le quotidien Sud-Ouest révèle que, sur les 34 collectivités qui ont accepté de financer le tronçon Tours-Bordeaux, seule une dizaine sont à jour dans leurs versements. Les autres ont préféré geler leur participation au projet. C'est le cas par exemple du Sicoval qui devait verser 26 millions d'euros : "Les dotations de l'État en 2015 ont diminué de 5 millions d'euros. Sur les cinq années d'un mandat, cela correspond à ce que nous devons injecter dans le projet. Le Sicoval n'aura même pas de gare desservie par le TGV sur son territoire. Nous devons au moins avoir l'assurance que la LGV arrive jusqu'à Toulouse avant de nous engager financièrement dans ce projet", estime Arnaud Lafon, vice-président du Sicoval en charge des Transports.

Même constat du côté de la communauté d'agglomération du Grand Montauban :

"Le montant payé à ce jour est de 337 000 euros (sur un budget total de 2,6 millions d'euros, NDLR), indique le service communication de la collectivité. Une décision politique a été prise de ne pas payer le solde tant que le Grand Montauban n'aura pas l'assurance que la LGV arrive à Toulouse. La raison n'est donc pas liée à la baisse des dotations de l'État."

Le Conseil départemental de Haute-Garonne complète : "Le démarrage effectif de Bordeaux-Toulouse a pris beaucoup de retard, et le plan de financement n'est toujours pas établi, ce qui explique le décalage avec nos versements effectifs. Le Conseil départemental réaffirme sa volonté de voir ce projet aboutir et rappelle l'importance pour le Département d'être relié au réseau ferroviaire de la grande vitesse, en appelant de ses vœux la suite vers Narbonne et Montpellier."

Des investisseurs chinois pour boucler le financement ?

Même avec le versement total des engagements des collectivités, il manquerait encore 350 millions d'euros pour boucler le financement de la LGV Bordeaux-Toulouse. Alors que les travaux doivent commencer dans un an et demi, aucune convention de financement n'a été établie pour le moment. Eurosud Transport réclame sur ce sujet l'organisation d'une réunion du comité des financeurs du projet. L'organisme a déjà prévu en février 2016 une conférence sur le financement des infrastructures en lien avec les branches professionnelles et les grandes institutions.

"Aujourd'hui, nous ne savons même pas s'il s'agira d'un financement entièrement public à l'image de la LGV vers l'Est de la France, d'un partenariat public-privé comme sur la ligne Rennes-Paris ou encore d'une concession comme pour la ligne Tours-Bordeaux, alerte Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Midi-Pyrénées et d'Eurosud Transport. Plusieurs collectivités se sont désengagées du projet. Qui va payer ? Nous devons trouver des investisseurs sur le long terme, notamment via des financeurs privés. Les nouveaux investisseurs chinois de l'aéroport ont proposé d'investir dans la gare Toulouse Matabiau, pourquoi ne participeraient-ils pas à ce projet ?"

Autre piste évoquée par les défenseurs du projet : décrocher des fonds européens. Le 29 juin, la Commission européenne a publié une première liste de projets éligibles aux financements prévus dans le cadre du "Mécanisme pour l'Interconnexion en Europe" pour un montant total de 13 milliards d'euros. Parmi eux figurent deux projets soutenus par Eurosud Transport : Montpellier-Perpignan (11,6 millions d'euros) et Bordeaux-Dax (52,4 millions d'euros).

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/10/2015 à 9:34 :
Ouah !!!! Quelle belle idee de pouvoir relier toulouse a paris en 3h15 seulement...mais pourquoi? 9M euros pour la destruction de nos paysage en zone rurale. T_T
a écrit le 01/10/2015 à 9:18 :
Sage décision de ne pas s'engager alors que nous n'en avons plus les moyens. Mauvaise idée de laisser des fonds en provenance de chine prendre de plus en plus d'emprise sur notre indépendance. Qui respecte désormais les enquêtes publiques?
Qui va profiter en effet de cette ligne?
Dans les petites villes de provinces, où l'économie a besoin d'être reliée aux grandes villes, c'est de plus en plus compliqué. Les "grandes gares" sont de plus en plus loin. Entre le trajet pour rejoindre ces gares (environ 1H) les temps d'attente pour les changements de train, nous ne gagnons presque rien en durée. En revanche, remettre des arrêts de train dans davantage de petites gares, entre autres les trains de nuit, qui ont le temps de s'arrêter, voici le progrès... Et économie d'essence, de pollution. Ce que nous ne gagnons de toute façon pas en temps et en prix (les billets TGV sont chers) nous le gagnons en économie et en confort. Et croyez moi, j'ai besoin d'aller à Paris pour mon travail.
a écrit le 28/09/2015 à 22:27 :
On tergiverse pour financer le Montpellier-Perpignan qui relie toute la façade est de l'Espagne au reste du réseau européen et on valide une ligne vers une ville de 20 000 habitants et une aire urbaine de 60 000 habitants ? C'est une blague ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :