Optimiste face à la crise, le monde du cirque à Toulouse se prépare pour l’été 2021

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Les membres de la compagnie Das Arnak espèrent rejouer leur spectacle sur scène au plus vite.
Les membres de la compagnie Das Arnak espèrent rejouer leur spectacle sur scène au plus vite. (Crédits : DR)
Pour s’organiser face à la crise de la Covid-19 qui perdure, le monde du cirque franco-espagnol organise un "hackathon" à la Grainerie de Balma (Haute-Garonne). Pour la filière, c’est l’occasion de se projeter dans l’avenir malgré le contexte incertain. La fin de cette période difficile est espérée pour cet été. Dans le cas contraire les compagnies locales risquent de disparaître.

Ce n'est toujours pas la fête dans le monde du cirque ! Depuis près d'un an le secteur souffre de la crise de la Covid-19. La pandémie a entraîné la fermeture des salles et l'arrêt des représentations. Pour ne pas se laisser abattre, la fabrique des arts du cirque de Balma, la Grainerie, accueille du 26 au 28 janvier le "hackathon" Travesia.

"L'idée est de faire collectif ! Au lieu que les artistes aient à nous appeler un par un pour avoir un rendez-vous ou négocier des budgets, nous condensons tout ce travail sur trois jours. Au sortir de cela, nous pourrons donner des dates de tournées, des dates de résidence. Tout un programme, le plus complet possible, pour leur permettre de finaliser leur travail et de se projeter sur les deux saisons à venir, et peut-être même un peu plus", explique le directeur du site de la Grainerie, Serge Borras.

Organisé dans le cadre de "Travesía", projet européen de coopération transfrontalière France-Espagne 2020-2022 coordonné par la Grainerie, le hackathon rassemble douze compagnies venant des deux côtés des Pyrénées. Plus de 50 artistes, chargés de production, de diffusion, techniciens sont présents ainsi que 25 accompagnateurs artistiques ou bureaux de production. Pour le site culturel basé à Balma, l'intérêt est surtout de relancer le milieu en prévision d'un futur retour à la normale.

"À la Grainerie, nous sommes assez peu impactés par le manque de public, par contre ce sont les compagnies qui sont affectées, affirme Serge Borras. Dans cette crise sanitaire, les lieux de culture ne sont pas ceux qui se portent le plus mal. L'Etat, les régions, les départements et les métropoles nous soutiennent. C'est pour les artistes eux-mêmes que c'est très compliqué. Nous avons tenté de gérer la crise en sortant des salaires pour autre chose que du spectacle. Nous payons des personnes pour faire de la médiation auprès du public scolaire par exemple, ou pour que les artistes enregistrent des vidéos de leurs spectacles".

Le chômage partiel pour les intermittents

Les artistes, durant cette absence de représentation, ont accès au chômage partiel sous leur statut d'intermittent du spectacle. Mais celui-ci est différent de celui accordé aux salariés classiques.

"Le chômage partiel est mis en place pour le monde culturel, mais pour un intermittent, 12 heures déclarées sont converties en cinq heures au chômage partiel. Cela ne pourra pas compenser indéfiniment les pertes. La situation est différente pour chaque compagnie en fonction des fonds dont ils disposent et du nombre de projets qu'ils ont en cours. Mais, inévitablement, les ressources s'épuisent".

En temps normal, un artiste peut espérer toucher entre "1.000 euros par mois et 3.500 en fonction de son employeur et de l'activité dont il dispose", selon les quatre filles de Das Arnak.

"Le statut d'intermittent nous permet de survivre mais si nous ne pouvons pas jouer pendant un an encore, la situation va être difficile, déplore Ignacio Herrero. Mais, dans d'autres pays c'est encore plus compliqué comme en Espagne. Ils ont le droit de se produire sur scène mais il y a peu de représentations et peu d'aides à côté", relativise Ignacio Herrero.

Prêts en cours et reprise incertaine

Le membre de la compagnie 220 Vols, basée à Toulouse, pointe cependant un autre problème mettant en péril plusieurs acteurs de la filière, à terme.

"Beaucoup de compagnies ont fait des prêts pour pouvoir financer leur spectacle. Il s'agit de sommes pouvant aller jusqu'à 100.000 voire 150.000 euros".

Si certains artistes restent auto-entrepreneur, d'autres ont donc réalisé certains gros investissements pour développer leur spectacle. Mais pour le directeur de la Grainerie, Serge Borras, le plus grand ennemi des compagnies reste l'absence de réelle perspective.

"Des fonds d'urgence ont été mis en place par la plupart des collectivités. Pour les compagnies, qui ont perdu de la billetterie et qui vivaient de celle-ci, une partie des pertes ont pu être compensées par l'Etat. Le vrai problème aujourd'hui est que, pour certaines équipes perdre des dates, c'est perdre un chiffre d'affaires très important donc ça les fragilise. De plus, nous souffrons toujours de ne pas avoir de visibilité. Parce qu'actuellement les artistes ont le droit de s'entraîner, répéter, créer, mais ils n'ont aucune idée de quand ils pourront de nouveau se produire sur scène, et c'est cela le plus dur".

Les artistes restent cependant optimistes quant à leur avenir. Tous pensent unanimement que le pire est passé et que des jours meilleurs vont désormais arriver. C'est notamment le cas d'Ignacio Herrero :

"La situation devrait être sous contrôle d'ici cet été. Après je pense qu'il va y avoir une période où tout le monde voudra se retrouver et se divertir. Nous accueillerons sûrement du monde à ce moment-là. Je pense qu'il est notre rôle en temps qu'artiste de rester optimiste et de partager cet état d'esprit au public".

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