Avec l'aéronautique, Toulouse compte s’imposer sur le marché des tournages en Occitanie

L'Occitanie est la deuxième région de France qui compte le plus de tournages sur son territoire. Un succès qui profite principalement aux villes de la côte méditerranéenne, engagées dans le développement de cette activité depuis une dizaine d'années. Toulouse, qui a pendant un temps délaissé cette branche, s'arme de compétences, de moyens financiers et d'infrastructures pour désormais se faire une place.

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Le marché des tournages en Occitanie, qui a pendant un temps échappé à la ville de Toulouse, pourrait représenter une opportunité économique sans précédent pour la métropole.
Le marché des tournages en Occitanie, qui a pendant un temps échappé à la ville de Toulouse, pourrait représenter une opportunité économique sans précédent pour la métropole. (Crédits : Rémi Benoit)

"Les tournages, c'est un domaine sur lequel nous avions pris du retard, notamment par rapport à Montpellier et Bordeaux. Depuis la mi-mandat du dernier mandat, nous avons clairement pour objectif d'accueillir des équipes de tournage pour améliorer l'image de Toulouse, qui est un territoire relativement méconnu. Cela tient peut-être à des raisons historiques ou géographiques, puisqu'elle est considérée comme une contrée lointaine", explique Pierre Esplugas-Labatut, adjoint à la mairie de Toulouse en charge de l'image de la ville.

Avec 2.141 jours de tournage réalisés en Occitanie en 2020 pour les fictions lourdes (aux conséquences économiques importantes), la région est désormais la deuxième, après l'Île-de-France, à accueillir le plus de tournages en France selon Occitanie Films. Longs métrages et fictions pour la télévision et le web composent cette donnée. Les courts-métrages, les documentaires ou encore les films d'animation, qui ont des répercussions sur le tourisme, l'emploi et l'économie moins importantes, sont exclus de ce calcul.

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Une réussite qui profite tout particulièrement au département de l'Hérault, et plus spécifiquement aux villes de Montpellier et Sète. Elles comptabilisent à elles deux environ 1.440 jours de tournage en 2020, dont 1.161 grâce aux séries quotidiennes "Demain nous appartient" (TF1) et "Un si grand soleil" (France 2). En comparaison, la Haute-Garonne, avec Toulouse, semble à la traîne.

La Ville rose dénombre seulement 74 jours de tournage en 2020. Une situation que la mairie de Toulouse et la région Occitanie se sont engagées à ne pas faire durer plus longtemps. Pour preuve, des progrès ont déjà été effectués puisque la métropole toulousaine ne comptabilisait que sept jours de tournage en 2019.

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En retard, Toulouse met les bouchées doubles

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Pour attirer les productions, Toulouse joue la carte de la différenciation et mise sur ce qui la caractérise (Crédits : Rémi Benoit).

"Nous comptions en 2006 une production tournée par an dans l'ex-région Languedoc-Roussillon. Aujourd'hui, nous sommes à 35 projets. Le fait de mettre l'accent sur les séries et téléfilms a structuré la filière. À l'époque, on ne pensait pas que cela allait marcher aussi bien, c'était presque inespéré d'avoir une telle activité. Depuis deux ans, nous essayons donc de faire la même chose à Toulouse, en développant les téléfilms par exemple. Jusqu'ici la région Midi-Pyrénées avait adopté une autre stratégie, extrêmement vertueuse mais dans un autre domaine, qui est celui des films d'animation", explique Marin Rosenstiehl, chargé de l'accueil des tournages à Occitanie Films.

Et pour cause, les tournages sont un élément d'attractivité et de notoriété important selon plusieurs élus de la mairie de Toulouse, puisqu'ils permettent de générer des retombées économiques importantes, et de l'emploi. Pour preuve, les tournages toulousains ont généré en 2020 plus de 10 millions d'euros. Raison pour laquelle le bureau des tournages, organe de l'agence d'attractivité de la Ville rose chargé d'attirer les producteurs de cinéma dans les rues toulousaines depuis 2006, bénéficie depuis 2020 de moyens supplémentaires.

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Ainsi, un fonds de soutien annuel destiné à augmenter le nombre de tournages à Toulouse, souhaité par Catherine Blanc depuis plusieurs années, a fini par être mis en place en 2020. Il est constitué de 400.000 euros provenant de Toulouse Métropole et de 200.000 euros fournis par le CNC (Centre National du Cinéma et de l'image animée). Assez pour faire bouger les choses ?

"Aujourd'hui, les 600.000 euros de budget ne sont pas entièrement dépensés. Si les équipes du bureau des tournages me disent qu'il n'y a plus de budget au cours de l'année, je serais le premier à aller voir le maire pour lui dire de doubler la mise. Parce qu'aujourd'hui, quand on met 100.000 euros dans un tournage, ça en rapporte 10 fois plus à la métropole. Mais pour l'heure, il n'y a pas lieu de l'augmenter", détaille Jean-Claude Dardelet, président-directeur général de l'agence d'attractivité de la Ville rose, InvestInToulouse.

Dans le même temps, l'équipe du bureau des tournages s'est professionnalisée, et compte désormais trois employées, sans compter les équipes techniques et les guides conférenciers toulousains chargés d'effectuer des repérages de lieux pour le compte des producteurs et scénaristes. Des évolutions qui feraient déjà leurs preuves.

"Par le passé, c'était une activité annexe qui se cherchait dans les services de Toulouse Métropole. Lorsque nous avons vu que le bureau des tournages avait du potentiel, nous l'avons professionnalisé en l'intégrant à l'agence d'attractivité en 2017. C'est désormais une pépite en croissance, au même titre qu'une startup. En quelques années, nous avons décuplé le nombre de tournages. Donc cela marche !" se réjouit Jean-Claude Dardelet.

Bien qu'elle ne se fixe pas d'objectifs chiffrés, l'équipe du bureau des tournages souhaite accroître le nombre de productions chaque année et viser le qualitatif, c'est-à-dire des oeuvres destinées à être vues par le plus grand nombre, au même titre que le téléfilm "Meurtres à Toulouse", qui a rassemblé près de six millions de téléspectateurs le soir de sa diffusion sur France 3 en mai. Toulouse peut pour cela s'appuyer sur le soutien financier de la région Occitanie qui propose avec Occitanie Films des subventions destinées aux productions allant de 3.000 euros à plus de 250.000 euros.

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Un studio entièrement dédié

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Le premier studio toulousain en capacité d'accueillir des tournages cinématographiques a vu le jour en 2020 (Crédits : Rémi Benoit).

Au-delà de l'aspect financier, Toulouse a de quoi attirer les productions. La gratuité des tournages en extérieur, qui n'est pas un dû dans un certain nombre de métropoles françaises, est par exemple déjà effective. Surtout, la Ville rose compte miser sur ses caractéristiques les plus différenciantes des autres métropoles françaises, à défaut de disposer d'un bord de mer, cher aux scénaristes.

"Nous nous adressons à des tournages qui cherchent une forme d'authenticité. Il leur faut de la brique, des avions, du spatial : un créneau assez spécialisé. Pour tous les autres tournages, notamment ceux faisant appel à des paysages naturels, on peut comprendre que la Méditerranée ou l'Atlantique s'imposent puisque nous n'avons pas de bord de mer à Toulouse. Je pense que le développement en cours des parcs Garonne et la valorisation du Canal du midi participeront à attirer des tournages", exprime Jean-Claude Dardelet.

Et si la qualité du patrimoine toulousain est indiscutable, le nombre d'infrastructures toulousaines destinées aux tournages de séries et de films l'est beaucoup plus. Le premier studio y étant entièrement dédié, Le Grand Set, a effectivement vu le jour qu'en avril 2020. Une situation que Jean-Claude Dardelet n'ignore pas.

"Nous ne sommes pas loin de faire une étude de marché, d'opportunités, pour accroître l'activité. Il nous faut savoir quelles infrastructures seraient nécessaires pour faire venir des tournages à Toulouse : localisation, coût, surface. Mais honnêtement, je ne pense pas que nous ayons une volumétrie de tournage suffisamment importante pour avoir des studios dédiés, hormis dans l'aéronautique, où nous avons les infrastructures et les compétences", conclut Jean-Claude Dardelet.

Dernièrement, la société de production de contenus Master Films, à l'origine du Grand Set, a misé sur une maquette de cabine d'avion modulable pour attirer les tournages dans son studio flambant neuf de 500m2, basé à Colomiers.

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Cette maquette a été dessinée par Laurent Foulquier, chef décorateur du Grand Set, et fabriquée dans l'atelier de l'entreprise (Crédits : Le Grand Set).

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" Le Grand Set est le produit d'appel du bureau des tournages"

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 La maquette d'avion modulable du Grand Set attise déjà la curiosité des scénaristes (Crédits : Rémi Benoit).

"Nous nous sommes dits qu'il fallait absolument qu'on ait un studio, avec un positionnement différent de ce qui se fait aujourd'hui à Sète, Montpellier ou Nice. L'objectif étant de faire venir les tournages dans l'ex-Midi-Pyrénées. [...] Cela fait des années que nous entendons le service communication d'Airbus nous dire qu'ils ont beaucoup de demandes de tournage et qu'ils en refusent. C'est quelque chose qui nous a mis la puce à l'oreille", fait savoir François Cadène, directeur général de Master Films.

Et si l'on en croit les chiffres communiqués par le gérant, il y a bien un marché à exploiter puisque 95% des films aéronautiques sont détenus par Hollywood. Une part que Master Films espère donc grignoter de 15 ou 20% dans les années à venir, en commençant par atteindre un chiffre d'affaires d'un million d'euros pour Le Grand Set en 2022. Pour arriver à cela, elle cible des productions françaises et européennes et mise sur une équipe de production exécutive expérimentée, et sur son décor d'avion de 18 mètres de longueur... Avant que d'autres acteurs n'emboîtent le pas.

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Chaque pièce de l'avion a été pensée pour être modulable et ainsi adapter le décor d'avion aux besoins des scénaristes (Crédits : Rémi Benoit).

"Si un autre acteur toulousain construit un studio et propose une offre de qualité, je pense que cela nous sera bénéfique", indique François Cadène, qui s'attend à avoir du mal à répondre à l'ensemble des sollicitations de ses prospects lorsque les tournages cinématographiques commenceront au Grand Set. Pour répondre plus favorablement à la demande, il n'exclut pas la construction d'un deuxième studio.

Une offre de tournage aéronautique complète est donc désormais proposée à Toulouse puisque La Cité de l'Espace, le musée Aéroscopia, les Ailes Anciennes, les aéroports de Blagnac et Francazal, et désormais Le Grand Set s'allient en ce sens. Il appartient maintenant à la région Occitanie et à Toulouse Métropole de parvenir à en faire un tremplin pour l'activité des tournages à Toulouse.

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