Avec les coupes budgétaires, "c'est la fin des CCI" !

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Le deux dirigeants sont inquiets pour l'avenir des CCI.
Le deux dirigeants sont inquiets pour l'avenir des CCI. (Crédits : DR/Rémi Benoit)
La loi de Finances 2019 prévoit une diminution de 400 millions d’euros, entre 2019 et 2022, des crédits alloués aux Chambres de commerce et d’industrie. Ainsi, la CCI Occitanie a vu son budget baisser de 7,5 M€ en 2019. Même traitement pour la chambre consulaire de Toulouse et les coupes de 2020 s'annoncent plus importantes. Quelles sont les conséquences de cette amputation budgétaire ? Interview croisée d'Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie, et de Philippe Robardey, son successeur à la tête de la CCI de Toulouse.

La Tribune : Le gouvernement a décidé de réduire de 400 millions d'euros le budget du réseau CCI en réduisant la Taxe aux frais de chambres (TFC). Quelles sont les répercussions directes en Occitanie ?

Alain Di Crescenzo : Pour la majorité des CCI de France, c'est la fin. Elles ne pourront plus tenir leur mission. Nous sommes en discussion pour éviter, la coupe de 200 millions d'euros prévue en 2021 et 2022, après une première du même montant sur 2019 et 2020, qui signifierait la fin du réseau. Pour la CCI Occitanie, cela représente une baisse de 7,5 millions d'euros de notre budget en 2019 et même de 10 millions d'euros en 2020. Pour la période 2021-2022, la baisse des ressources fiscales sera de 8,7 millions d'euros par an. Ainsi, notre budget annuel passera de 112 millions d'euros en 2012 à 28,7 millions d'euros en 2022.

Philippe Robardey : Sur l'année qui vient de s'achever, notre part de TFC a été réduite d'un million d'euros, ce qui représente 83 000 euros par mois. Pour cette année, nous allons perdre 1,9 millions d'euros, soit 160 000 euros. Ce sont des sommes énormes quand vous êtes une société de services avec une centaine de collaborateurs.

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La Tribune : Avec ces coupes budgétaires, y-a-t-il une menace de licenciement pour une partie des 1 400 collaborateurs des CCI en Occitanie ?

A.D.C.Si le gouvernement va jusqu'au bout de ce qu'il prévoit, ce sont 200 collaborateurs qui sont sous la menace d'un licenciement. C'est un sacrifice, surtout dans une économie où l'on nous dit que la croissance est moins bonne que prévue et qu'il faut encore plus soutenir les entreprises. Pour certaines d'entre elles, la taxe au frais de chambre (TFC) consulaire représente moins de 10 euros par an. Pensez-vous que donner 10 euros leur change la vie ? L'entreprise préfère une bonne prestation de service. Dire que supprimer de la taxe au frais de chambre va permettre aux entreprises de mieux vivre n'est pas vrai. En réduisant celle-ci de 75% entre 2012 et 2022 alors que c'est notre plus gros revenu, ce n'est pas un effort mais une aberration économique.

P.R. : Ce maltraitement intervient alors que le nombre d'entreprises croît. Nous allons donc réduire leur accompagnement, il faut arrêter de rêver ! Pour preuve, en 2019, nous avons accompagné 3 735 entreprises et 1720 porteurs de projet. C'est 10,5% de moins que sur l'année 2018.

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La Tribune : Pour tenter de conserver une qualité de services répondant à l'attente des entreprises, comment comptez-vous vous adapter ?

A.D.C. : L'État nous a donné des missions, donc nous nous organisons autour des plus importantes. Il y a des missions comme l'aide au développement durable ou la digitalisation qui sont devenues facultatives. Mais on ne peut pas faire l'impasse sur ces aspects alors que la France est en retard par rapport aux autres pays européens sur ces sujets. Aujourd'hui, nous surpondérons nos activités sur cinq missions obligatoires que sont la création et transmission, l'accompagnement à l'international, l'appui au territoire et la représentation des entreprises et enfin, l'appui aux entreprises dans leur mutation.

P.R. : L'État nous dit combien il nous enlève, comment nous devons utiliser ce qu'il nous donne et nous demande d'appliquer une sorte de solidarité régionale entre les chambres consulaires départementales si l'une d'elles rencontrait des difficultés économiques. C'est l'emmerdement de la prime au mauvais gestionnaire.

La Tribune : Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, appele les CCI à avoir recours à des facturations aux entreprises, à des prestations de services auprès des collectivités ou encore aux redevances d'infrastructures. Qu'elle est votre position à ce sujet ?

A.D.C : Nous avons des services payants notamment pour des accès plus rapides au niveau des formalités. Mais on ne transforme pas un établissement public en une entreprise commerciale du jour au lendemain. Il faut le temps d'éduquer des personnes qui rendent un service public en personnes qui vont proposer un service hybride public/commercial. L'idée est de vendre des prestations additionnelles sans être en compétition avec nos entreprises.

P.R. : À Toulouse, nous allons développer une offre de service payante et mettre en place des synergies en interne pour faire un maximum d'économie. Nous sommes également en train d'étudier la réorganisation du palais consulaire à Toulouse pour envisager la location d'espaces et ainsi générer des loyers.

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Commentaires
a écrit le 27/01/2020 à 23:18 :
Le gouvernement organise la disette budgétaire dans les territoires au profit de l'administration centrale qui continue de dépenser 56% du PIB de la France. Rien pour soutenir les entreprises privées face à l'administration, la concurrence et les invasions technologiques, rien pour la croissance des affaires et du pouvoir d'achat des salariés.

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