Smart city : Mélanie Tisné-Versailles, nouvelle directrice du Laboratoire des Usages

Fondatrice de la startup à succès Urban Challenge, Mélanie Tisné-Versailles, 33 ans, est directrice "Strategies and Ideas" chez Ekito. L'accélérateur a remporté un appel d'offres de Toulouse Métropole pour gérer l'animation du Laboratoire des Usages, faisant de la jeune femme la nouvelle directrice de la structure. Interview.
Mélanie Tisné-Versailles, directrice Strategies and Ideas chez Ekito
Mélanie Tisné-Versailles, directrice "Strategies and Ideas" chez Ekito (Crédits : Rémi Benoit)

À quoi sert le Laboratoire des Usages ?

Le Laboratoire des Usages est un dispositif souhaité 
par Toulouse Métropole, partie intégrante de sa démarche de smart city, dont l'objectif est de favoriser et d'accompagner la création et le développement de nouveaux services et produits. Il sert à recueillir l'avis des citoyens avant de mettre en place des actions concrètes pour améliorer la vie de la cité. Précédemment, le Laboratoire des Usages était géré par La Mêlée.

Ekito a remporté l'appel d'offres de Toulouse Métropole pour animer ce Laboratoire des Usages. Quel était le point fort de votre dossier ?

Notre réponse à l'appel d'offres se nommait "Maker", c'est-à-dire "faire", se concentrer sur des problèmes concrets. La grande nouveauté est que nous proposons une autre méthodologie. Nous sommes partis du principe que les focus-groupes (méthodologie basée sur la consultation d'un groupe, par exemple des chercheurs, des chefs d'entreprises, des associations, des étudiants...) ne sont pas suffisamment efficaces. Leurs résultats ne peuvent pas être généralisés car il est très difficile de constituer un groupe représentatif de la population source. Les gens qui y participent sont souvent soit des personnes non actives et qui ont du temps à consacrer à ces réunions, soit des personnes passionnées par le sujet donné. Nous souhaitons aller au devant des usagers finaux, les rencontrer, faire remonter leurs désirs concrets. Ensuite, nous rendrons nos conclusions sous forme d'infographie, afin d'être lisibles par tous.

Concrètement, comment recueillir l'avis des usagers ?

Nous allons mettre en place dans la ville des nacelles qui sont des mobiliers urbains circulaires que l'on peut installer en dix minutes et qui nous permettent d'aller à la rencontre des citoyens dans la rue. Ainsi, au lieu de récolter les données dans un endroit tiers, le faire dans son environnement réel permet de mesurer et de tester de manière plus efficace. Nous choisirons des sujets précis et proposerons aux gens de s'exprimer sur le sujet pendant 40 minutes, accompagnés d'un expert.

Sur quels sujets seront interrogés les citoyens ?

Il existera deux "phases" de consultation selon les projets. Soit l'idéation, c'est-à-dire un débat où les gens sont libres d'exprimer toutes leurs idées. Soit l'expérimentation, où l'on teste des outils déjà mis en place par Toulouse Métropole avec les potentiels usagers. Par exemple, lors de notre premier débat, qui aura lieu le 5 octobre place Saint-Sernin, nous serons dans une phase d'expérimentation : nous allons en effet demander aux citoyens de tester la nouvelle application Allo Toulouse qui va sortir début octobre. Accompagnés d'un ergonome, ils vont réfléchir sur l'intérêt de l'application, son utilité, sa praticité.

Le 16 octobre, les citoyens seront amenés à s'exprimer sur la politique zéro-phyto de Toulouse Métropole, qui implique notamment de laisser des herbes folles en ville. Quel est le degré d'acceptabilité des citoyens face à ce qui peut apparaître comme de la négligence des espaces verts? Là encore nous seront en phase "expérimentation".

Sur quels sujets serez-vous en phase d'idéation ?

Sur tout ce qui concerne le domaine civic tech par exemple. Les citoyens disent qu'ils veulent davantage participer aux décisions publiques via les outils numériques, mais comment, par quel moyen, à quelle fréquence, sur quels thèmes ? À Paris, une plateforme appelée "Madame la maire j'ai une idée" a été mise en place. Mais ce qui convient aux Parisiens ne convient pas forcément aux Toulousains... Il ne s'agit pas de créer un outil qui soit une usine à gaz sans avoir demandé avant aux utilisateurs ce qu'ils voulaient. On parle là d'outils très coûteux, complexes à développer, donc s'ils ne sont pas utilisés, ça ne sert à rien. Il y a énormément d'applis non utilisées...

Pour discuter civic tech, nous installerons donc une nacelle place du Capitole, pendant le marché de Noël, le 7 décembre, jour du Forum Smart City de Toulouse Métropole. Les discussions sont accompagnées d'une plateforme web sur laquelle les gens peuvent se positionner et commenter les positions d'autres citoyens.

Avez-vous un rôle de recommandation auprès de Toulouse Métropole ? Pouvez-vous suggérer des actions à mettre en place ?

Nous, nous avons un rôle d'animateur seulement. Mais en faisant appel à Ekito, Toulouse Métropole a choisi un acteur qui aime bien bousculer les choses. Notre slogan est "disruptive thinking". En tout cas, la collectivité veut des résultats concrets et non pas des informations vagues. Nous avons un cahier des charges très précis et c'est très agréable. Toulouse Métropole veut essayer de comprendre le problème des utilisateurs concrètement.

Combien de personnes seront mises à disposition par Ekito pour le Laboratoire des Usages ?

Six pour l'instant, dans le design thinking, le lean startup et l'infographie notamment. Nous nous sommes engagés à publier les résultats des consultations rapidement et sous une forme agréable à lire et accessible à tous.

Des projets ont-ils déjà été financés par Toulouse Métropole après consultation du Laboratoire des Usages ?

Le travail commence. Le but est d'industrialiser certaines de ces idées une fois que la collectivité aura établi qu'elles ont une vraie pertinence et qu'elles sont faisables. Pour l'instant, je vais me consacrer à faire émerger des idées. Dans l'idéal, j'aimerais que nous puissions consulter les citoyens sur tous les thèmes possibles, même ce qui ne serait pas politiquement correct, et sans avoir peur du "déchainement" des citoyens. Je pense aux cantines scolaires ou à la sécurité par exemple. Il faut que ce soit l'intelligence collective qui décide des projets les plus pertinents et non pas seulement les collectivités. C'est ambitieux.

--> Les rendez-vous "Nacelles":

  • 5 octobre, place Saint-Sernin : test utilisateur des outils de communication de Toulouse Métropole
  • 16 octobre : thème de la propreté
  • Courant octobre, au Grand Builder : thème de la mobilité
  • 7 décembre place du Capitole : thème de l'e-citoyenneté

Le parcours de Mélanie Tisné-Versailles

Mélanie Tisné-Versailles, 33 ans, a rejoint Ekito pour s'occuper de la stratégie et du programme d'accélération startup. En 2010, elle a créé Urban Challenge (leader du coaching sportif en plein air, entraîneur du Marathon de Paris). La startup est en pleine croissance, avec 10 collaborateurs et 80 coaches sportifs. Avant cela, elle avait une étiquette grand groupe : "j'ai travaillé dans la section marketing de L'Oréal à Londres, puis à Milan en tant que directrice marketing internationale pour un groupe de Design et Merchandising". Elle donne aussi des cours en Marketing et Innovation à l'IAE de Toulouse et est mentor de la Corsican Tech.

Bertrand Serp, vice-président de Toulouse Métropole en charge de l'Innovation :

"L'offre d'Ekito pour l'animation du Laboratoire des Usages était la plus innovante et la plus économiquement avantageuse. Elle rentre parfaitement dans notre démarche de co-construction de la smart city. En faisant travailler une startup locale, Nacelles0.2, elle met en place un concept de consultation itinérante, combiné à un travail réalisé avec les équipes de Toulouse Métropole. Les données remontées permettront d'affiner notre projet smart city, défini dans le Schéma de développement économique de la métropole. Le Laboratoire des Usages est le bras armé de la Métropole pour construire une ville intelligente."

Le chiffre

Le montant du contrat passé entre Toulouse Métropole et Ekito pour l'animation du Laboratoire des Usages est de 57 850 euros HT.

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.