Guy Novès nommé sélectionneur de l'équipe de France

À 61 ans, l'inamovible manager du Stade Toulousain prend les rênes du XV de France. Cette nomination était attendue depuis plusieurs semaines puisque Guy Novès faisait figure de favori à la succession de Philippe Saint-André. Entraîneur le plus titré du rugby français, il devra, à ce nouveau poste, trouver un compromis entre les intérêts divergents de l'équipe de France et des clubs professionnels. Une situation qu'il a longtemps dénoncée. Portrait.

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(Crédits : Rémi Benoit)

C'est désormais officiel. Guy Novès sera le futur sélectionneur du XV de France. Il remplacera Philippe Saint-André à l'issue de la Coupe du monde de rugby qui se tiendra du 18 septembre au 31 octobre en Angleterre. Souvent sollicité, le manager du Stade toulousain a longtemps boudé l'équipe de France. Le voilà finalement dans un rôle où ses prédécesseurs ont parfois subi ses attaques.

Une carrière consacrée au Stade Toulousain

Espoir du demi-fond français et recordman de France cadet du 1 200 m, Guy Novès avait choisi le rugby à 20 ans. Une décision judicieuse lorsque l'on sait ce que celui que l'on surnomme "le Gitan" incarne dans le monde de l'ovalie : l'exemple ultime de réussite. Arrivé au Stade Toulousain en 1975, Novès y a tout connu. Une carrière qu'il avait résumé en 2013 dans un livre Mes 1 000 matches avec le Stade Toulousain. "Cela peut surprendre mais la forme de ce livre correspond davantage à ma personnalité, confiait-il. Je ne voulais pas de biographie."

Mille matches, 12 titres de champion de France, 20 demi-finales consécutives, 4 Coupes d'Europe : voilà le bilan de Guy Novès en rouge et noir. Des résultats qui ne sont pas le fruit du hasard. "J'espère que j'obtiendrai une once de respect en plus de la part de certains car c'était beaucoup de boulot. Seul, évidemment, je n'aurais jamais pu le faire."

Ce vécu explique en partie l'homme, sa démarche, son attitude en tant qu'entraîneur de haut niveau. "J'ai mis 10 ans pour gagner mon premier titre. J'ai tellement souffert... C'est pour ça que je suis aussi sévère. C'est beaucoup de travail et je pense que ça mérite le respect. Pour les jeunes, c'est bien de le savoir." Le sorcier toulousain insiste également sur les efforts nécessaires pour se maintenir au sommet. "Je me souviens des premiers résultats probants. La demi-finale perdue en 1978 face à Béziers. La finale perdue en 1980, toujours face à Béziers. Au lendemain de mon premier titre en tant qu'entraîneur, j'ai tout de suite pensé au lendemain, pour ne pas vivre ce qu'a vécu Béziers. Cette époque a éclairé ma démarche. Mon expérience fait que je ne banalise jamais un résultat."

On le sait, Guy Novès n'est pas homme à s'étendre. Jamais avare d'un bon mot, il communique pour protéger ses joueurs mais parle rarement de lui. "Je ne savais pas qu'un jour, je serai joueur de haut niveau puis entraîneur puis manager... Tout ce que j'ai eu, je l'ai mérité", expliquait-il lors de la sortie du livre. Son palmarès parle pour lui, même si d'anciens dirigeants du Stade Toulousain parlent d'un "palmarès a minima tant le club était en avance sur les autres pendant des années". Le manager toulousain ne s'est en effet pas fait que des amis au club, certains fustigeant son "égo", son "autoritarisme" et sa façon de "s'approprier la réussite du Stade".

Une histoire compliquée avec le XV de France

Homme au caractère bien trempé, Guy Novès n'a que rarement mâché ses mots, surtout lorsqu'il s'agissait de pointer du doigt le système du rugby hexagonal et le calendrier qu'il qualifie d' "infernal". Selon lui, les intérêts de l'équipe de France ne tenait pas compte de ceux des clubs. Le manager des Rouge et noir fustigeait ainsi les doublons et dénonçait un système fédéral "polluant le championnat" et responsable "de la mort du rugby des clubs". En 2000, il avait pourtant collaboré avec Bernard Laporte comme consultant bénévole avant de pointer l'impossibilité de mener de front ses deux missions.

Souvent critique sur le jeu de l'équipe de France, il a parfois apaisé ses propos, réaffirmant sous soutien, comme en février 2015, où il emploie même le mot de "harcèlement" pour décrire les critiques dirigées contre le XV de France. "On est dans la dernière ligne droite et je ne vois pas l'intérêt de ne pas les soutenir (...) Aucun staff n'a été plus critiqué que celui de Lièvremont et au final ils ont failli être champions du monde (...) Quand je vois le résultat final, je me dis que tous ceux qui les ont critiqués auraient dû se taire." Un mois plus tard, le manager toulousain avoue sur les antennes de RMC être intéressé par le poste de sélectionneur. "Si on me le reproposait, je me reposerai effectivement la question."

Une manière pour lui de se positionner et de se rappeler aux bons souvenirs de la Fédération française de rugby, qui avait souvent pensé à lui, notamment en 2011, lorsque Marc Lièvremont avait finalement été choisi, après le refus cinglant du "sorcier" toulousain. Un an auparavant, Guy Novès avait réaffirmé son attachement au club Rouge et Noir, estimant que "l'équipe de France [n'avait] pas besoin de [lui]" et mettant en avant "un contexte très favorable" au Stade Toulousain.

Un contexte qui a semble-t-il évolué et qui l'a sans doute poussé à donner quelques signes. Ses relations tendues avec le président du Stade Toulousain René Bouscatel ne sont pas un secret et les récentes affaires qui ont touché le club n'ont pas dû apaiser les tensions. L'ancien président du directoire avait en effet porté plainte pour abus de pouvoir social et complicité au sein du club. Une enquête a été ouverte par la justice et la DNACG (Direction Nationale d'Aide et de Contrôle de Gestion) s'est elle aussi penchée sur les comptes du Stade Toulousain. Autant de raisons de tenter l'aventure nationale avec, pourquoi pas, un dernier Bouclier de Brennus à célébrer sur la place du Capitole.

En savoir plus

La FFR avait lancé un appel à candidatures pour le poste de sélectionneur de l'équipe de France. 66 dossiers avaient été déposés et 8 retenus. Parmi eux, plusieurs noms avaient filtrés : Fabien Galthié, ancien manager de Montpellier, Raphaël Ibanez, manager de Bordeaux-Bègles, ou Clive Woodward, ancien sélectionneur du XV d'Angleterre et champion du monde.
Le choix a été fait par un comité de 7 "sages" : Pierre Camou, président de la FFR, Serge Blanco, vice-président de la FFR, président de la LNR entre 1998 et 2008, actuel président de Biarritz. Didier Retière, directeur technique national. Jean Dunyach, manager général du XV de France. Jo Maso, membre du bureau directeur de la FFR. Jean-Claude Skrela, actuel manager de l'équipe de France 7. Jean-Pierre Lux, membre de comité directeur et du bureau fédéral de la FFR, ancien président de l'ERC.

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Commentaire 1
à écrit le 29/05/2015 à 21:57
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c est le meilleur chois que l on ait fait fait depuis bien des années mais que va devenir Toulouse car c était le leader ship de cette equipe

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