Michel Réglat, maxi appétit

Avec ses 17 Mc Donald's dans l'agglo toulousaine, Michel Réglat est l'un franchisés les plus importants de l'enseigne de restauration rapide en France. Il projette de nouvelles implantations, un relookage de 13 de ses établissements et l'introduction du bio dans les menus.
Michel Réglat
Michel Réglat

Avec ses 17 Mc Donald's dans l'agglo toulousaine, Michel Réglat est l'un franchisés les plus importants de l'enseigne de restauration rapide en France. Il projette de nouvelles implantations, un relookage de 13 de ses établissements et l'introduction du bio dans les menus.

L'homme est affable et disponible malgré ses 17 restaurants et 1 000 salariés. Seuls deux paquets de cigarettes américaines, qu'il garde toujours à portée de main, trahissent un certain stress. A 55 ans, Michel Réglat a 27 ans de franchise Mc Donald's derrière lui et une réussite reconnue par tous. Natif de Marmande dans le Lot-et-Garonne, il a étudié l'hôtellerie à Toulouse, le management hôtelier en Suisse, avant de rejoindre les États-Unis pour y suivre un MBA. Sur le campus, il découvre Mc Do qui devient son restaurant préféré.

Il se tourne donc logiquement vers l'enseigne de restauration rapide en 1982 lorsqu'il rencontre des difficultés pour vendre le bar-brasserie, acheté par son père place du Capitole à Toulouse et érigé, en trois ans, « haut lieu de la jeunesse dorée toulousaine ». Bien qu'il n'y ait que cinq Mc Donald's en France à l'époque (1 160 aujourd'hui), tous installés dans l'Est, l'initiative de Michel Réglat est payante. « Ils ont été emballés par l'emplacement et m'ont proposé de devenir franchisé, malgré mon jeune âge. » Mais aucun banquier ne croit suffisamment en son projet pour lui prêter les 160 000 francs nécessaires au démarrage. Il passe, dès lors, un deal avec Mc Do : l'enseigne achète le fonds de commerce tandis qu'il prend à sa charge, grâce au soutien financier de sa famille, le mobilier. Pour le remboursement, il s'engage à payer, sous forme de loyers, un peu moins de 20 % du chiffre d'affaires pendant dix ans.

La grande expansion

Le lancement de l'établissement, en avril 1982, connaît un véritable succès auprès des étudiants, très nombreux dans la Ville rose.

« Cette ouverture a été un événement au plan national, raconte Michel Réglat. Elle a montré à Mc Do qu'il y avait une clientèle. »

La décoration intérieure classique, avec du bois massif, se démarque de l'image plastique du fast-food. Il faut en effet effacer l'image déplorable donnée par le premier franchisé de l'enseigne dans les années 70 avec lequel l'entreprise est en procès.

Peu de temps après, l'enseigne décide d'implanter un siège dans l'Hexagone et d'ouvrir plusieurs franchises dans tout le Sud. Tout est néanmoins à construire : aucun fournisseur français ne pouvant répondre aux exigences de Mc Do, l'approvisionnement est dispersé aux quatre coins de l'Europe : la Hollande pour la salade et les packagings, la Belgique pour les frites, l'Allemagne pour la viande... Trois ans seront nécessaires pour référencer une quarantaine d'établissements français. Élu président des franchisés de 1986 à 1988, Michel Réglat se souvient de la complexité des débuts :

« Le cahier des charges était tellement strict qu'aucun fabricant de buns n'arrivait à la régularité de taille, de couleur exigée, explique-t-il. Le fabricant américain de pains a fini par implanter une usine en France. »

Petit à petit, toute la filière s'est structurée. La viande provient aujourd'hui de 30 000 élevages français avec une exigence de traçabilité totale.

L'influence de Michel Réglat s'étend progressivement au budget marketing, dont il s'occupe au niveau national. Il impose le choix d'une agence de publicité, BDDP, pour mettre en place une stratégie d'image et d'implantation. Une période durant laquelle il noue une étroite relation avec Jean-Pierre Petit (le P de BDDP), aujourd'hui président de Mc Do France.

Son autre grand coup est le lancement, en 1987, du deuxième drive de France à Portet-sur-Garonne, sur le site de Carrefour. Le succès est immédiat grâce à la clientèle familiale attirée par les happy meals. « C'est le début de la grande expansion, analyse-t-il. Pour un drive, il nous suffisait d'acheter un terrain de 4 000 m² en banlieue ou en entrée de ville et de construire. » De plus en plus incontournable dans le groupe, Michel Réglat ouvre une dizaine de Mc Do autour de Toulouse au début des années 1990 : Roques avec l'implantation d'Ikéa et Lerclerc, Tournefeuille quand se crée la rocade Arc-en-Ciel, Purpan... Deux autres franchisés s'installent dans l'agglomération, en ouvrant néanmoins moins de points de vente. Une montée en puissance globale qui incite les banquiers, dès la fin des années 80, à prêter de l'argent pour les nouveaux restaurants à hauteur de 300 à 400 000 € par établissement.

Dans les années 1995-97, les choses s'emballent. « On construit trop vite et pas bien », reconnaît Michel Réglat. Un recadrage est opéré à partir de l'an 2000 avec une évolution des restaurants vers une déco plus haut de gamme et thématique : chalet de montagne à L'Union, sport à Compans-Caffarelli, avant-garde à Colomiers... Soucieux de ne pas être rendu responsable de l'obésité croissante de la population, Mc Do se penche également sur le problème de la nutrition : les calories sont indiquées sur les emballages, le gras et le sucre réduits dans les plats... Cette année, le bio fera même son apparition dans les menus !

« On sait où l'on veut aller, mais on ne veut pas brûler les étapes, explique l'entrepreneur. Pour réussir, il faut une stratégie acceptée par tous, franchisés, franchiseur et fournisseurs. »

Le roi du hamburger toulousain devient proactif en matière d'environnement. Son dernier-né, à Plaisance-du-Touch, inauguré fin 2008, rassemble de nombreuses innovations vertes : photovoltaïque, récupération d'eau, géothermie, éclairages économes, tri sélectif, recyclage de l'huile... Il est, du reste, visité par ses collègues franchisés du monde entier. L'homme se défend de « green washing », c'est-à-dire d'un habillage vert qui ne correspondrait pas à la réalité. « Le premier bilan carbone chez Mc Do date de 1994 », rappelle-t-il. Frustré que sa PME ne soit pas davantage reconnue par le monde économique, Michel Réglat s'enorgueillit de sa gestion des ressources humaines dans l'entreprise. Pour ses 17 restaurants, le marketing, la comptabilité et les ressources humaines sont gérés par sa société Tryptic Services. « 70 % de nos cadres sont issus de la promotion interne, originaires de milieux très différents », souligne-t-il.

Projets en pagaille

Fort de 17 restaurants et d'un chiffre d'affaires de 60 millions d'euros, Michel Réglat ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Les projets pour l'année à venir sont nombreux avec des implantations à Muret, Castelginest, voire sur l'autoroute à l'entrée de Toulouse grâce à un partenariat avec l'italien Autogrill, mais aussi des lifting pour 13 de ses 17 Mc Do : « L'objectif est de leur donner une apparence plus discrète et environnementale, avec photovoltaïque, pompes à chaleur, récupération des eaux et même méthanisation des déchets pour produire de l'électricité », explique-t-il.

D'autres pistes sont également à l'étude comme les Mc Cafés, des salons de thé modernes, dans les rues commerçantes du centre-ville, et les salad bars avec une quarantaine d'ingrédients préparés devant vous « à la japonaise ». « On s'éloigne de plus en plus du fast-food pour se rapprocher du restaurant, affirme-t-il. Il n'y a pas de raison qu'une femme souhaitant manger léger ne puisse pas le faire cher nous. » A Toulouse, Compans-Caffarelli pourrait tester ces concepts d'ici la fin de l'année. Son projet de création d'un hôtel de luxe place du Parlement, a en revanche avorté :

« Ce projet me tenait à cœur mais il fallait 30 chambres minimum pour que l'hôtel se suffise à lui-même, explique-t-il. Pour qu'il soit rentable, étant donné l'énormité des travaux, il aurait fallu développer le para-hôtelier (spa, restaurant) pour attirer les Toulousains, ce qui supposait de s'y investir. Vu l'ampleur de la tâche, cela aurait pris trop de temps sur mon activité principale. »

Loin d'abandonner le projet, il envisage un emplacement peut être moins prestigieux mais avec aussi moins de contraintes. Quant au bâtiment de la place du Parlement, Michel Réglat a déposé un permis pour le transformer en appartements de standing.

Véritable businessman, il n'en oublie pas pour autant l'humain comme en atteste le succès de l'association qu'il préside. « Dessines-moi une maison », créée en 2005 grâce à la Fondation Ronald Mc Donald, permet d'accueillir dans une maison les parents d'enfants hospitalisés à l'hôpital Purpan. Elle sera prochainement agrandie.

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Commentaire 1
à écrit le 29/09/2021 à 17:16
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Merci à papa Réglat

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