Fusion des régions : "Nous allons gagner en visibilité dans l'écosystème mondial"

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Christophe Nicot, directeur général de l'agence économique de Midi-Pyrénées Madeeli
Christophe Nicot, directeur général de l'agence économique de Midi-Pyrénées Madeeli (Crédits : DR)
Quels sont les points forts de la future région au niveau économique ? L'une des deux régions va-t-elle tirer davantage de bénéfices de la fusion ? Comment Madeeli se prépare à la fusion des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon? Interview de Christophe Nicot, directeur général de l'agence économique de Midi-Pyrénées.

Quels sont les points forts économiques de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées ?
Le premier pôle d'activité sera l'agroalimentaire avec des productions à haute valeur ajoutée et la viticulture car Languedoc-Roussillon (LRMP) est actuellement la première région de production au monde. L'aéronautique, évidemment, est un point fort de la nouvelle région. Le secteur de la santé va se renforcer. Le secteur de l'eau également. L'énergie aussi, notamment à Perpignan pour les énergies renouvelables. Enfin, le numérique est très fort dans les deux régions.

Il y a une dynamique et un volume de chiffre d'affaires qui font de LRMP la 6e région européenne. Nous allons gagner en visibilité dans l'écosystème mondial. La somme des budgets des acteurs publics fait que la puissance et la capacité à financer des projets plus importants va être réelle. Midi-Pyrénées dispose de 1,2 milliard d'euros de fonds européens Feder, et Languedoc-Roussillon 1,9 milliard, ce qui fait un total d'un peu plus de 3 milliards d'euros.

L'une des deux régions va-t-elle tirer davantage de bénéfices de la fusion ?
Il y a des dynamiques complémentaires. Les deux régions sont en croissance. Aucune ne va souffrir de la faiblesse de l'autre. Chacune apporte à l'autre potentiellement quelque chose. Dans le tourisme, Languedoc-Roussillon est plus puissante que Midi-Pyrénées. Dans le secteur maritime aussi, car celui-ci représente 10 à 20 fois le marché aéronautique au niveau mondial.

Jusqu'à cette année, je ne m'intéressais pas à la mer car notre territoire n'a pas d'accès maritime. Cela va changer et nous pourrons, par exemple, adapter les systèmes embarqués étudiés pour l'aéronautique et l'automobile aux navires. De même, l'observation spatiale mise à profit pour l'agriculture pourra l'être pour le maritime. Réciproquement, la micro-mécanique de Languedoc-Roussillon pourra servir l'aéronautique de Midi-Pyrénées.

L'autre intérêt de cette nouvelle région est de s'associer face à Barcelone. Aujourd'hui, un investisseur international compare notre espace et la Catalogne. En fusionnant, nous allons pouvoir développer notre attractivité.

Des discussions sont-elles en cours sur le positionnement de LRMP par rapport à la Catalogne ?
Oui, et depuis plusieurs années à travers l'eurorégion Pyrénées Méditerranée, même si la crise espagnole a ralenti les discussions. Aujourd'hui, les Catalans, voyant cette nouvelle région se bâtir, s'intéressent davantage à nous. Nous étions 5 à 6 fois plus petits qu'eux, nous serons seulement deux fois moins grands avec LRMP. Notre statut de partenaire change. Nous sommes pris au sérieux dans notre capacité à suivre les investissements importants.

Comment les équipes de Madeeli préparent-elles la fusion ?
Il y a des échanges formels et informels avec les équipes de Languedoc-Roussillon. Nous nous rencontrons pour apprendre à nous connaître. Il y a des réunions de travail.

Il n'y a pas de peur dans les équipes. Nous avons tous compris la logique de la fusion. Il y a une montagne de travail. Les entreprises demandent de plus en plus d'accompagnement. La grande question est le financement des structures. La politique ne va pas changer, mais si la région est plus grande et qu'on nous demande de faire plus avec moins de moyens, cela ne sera pas la même chose que si LRMP investit davantage dans ces nouvelles structures.

Quel est l'avenir de l'agence régionale Madeeli ?
À court terme, nous restons Madeeli. Début 2016, les exécutifs vont se mettre en place. À partir de là, nous travaillerons sur un modèle dont on ne peut préjuger. La proximité et l'agilité seront primordiales dans le territoire. Notre vocation est d'accompagner les TPE-PME qui demandent une proximité physique et humaine. Il faut des acteurs proches géographiquement et culturellement car LRMP sera riche de cultures différentes. Il ne s'agit pas d'uniformiser. Il faut une politique économique et différents orchestres pour jouer la musique.

Peut-il y avoir une seule politique économique sur un territoire si hétérogène ?
Tout dépend de la façon dont on regarde le territoire. La région Midi-Pyrénées est macroscopiquement riche, mais si l'on retire la richesse produite par Toulouse, ce n'est plus la même chose. Il suffit de se concentrer sur nos points forts. Perpignan, par exemple. C'est un espace dit pauvre, mais qui est riche pour la Silver économie et les énergies renouvelables. La nouvelle grande région pourra renforcer cela à partir du moment où nous serons capable d'organiser des solidarités entre territoires.

La future région s'organisera-t-elle autour des deux métropoles Toulouse et Montpellier ?
L'approche métropolitaine a un défaut : elle casse les logiques de solidarités. Une région peut vivre sans sa métropole. Le contraire n'est pas vrai. Croire qu'on peut avoir une politique économique détaché du territoire, cela n'a pas de sens. C'est pour ça que le président Martin Malvy regrette que Toulouse Métropole ne rejoigne pas Madeeli alors que nous réalisons 50 % de notre activité sur le territoire de la métropole.

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