Avec le projet Tiris, davantage de fédéralisme à l'université de Toulouse mais pas de fusion

Les établissements fondateurs de l'université fédérale de Toulouse ont vu leur projet académique et institutionnel TIRIS retenu par l'État dans le cadre d'un appel à projets majeurs. Ce sont ainsi près de 40 millions d'euros de dotations qui vont finir dans les caisses. Une somme qui doit permettre de simplifier la gouvernance, favoriser des formations et projets de recherche interdisciplinaires, le tout avec davantage de fédéralisme. L'idée étant de définitivement tourner la page de l'Idex.
Philippe Raimbault, actuel président de l'université fédérale de Toulouse, va quitter son poste après la concrétisation du projet Tiris qui enclenche la transformation de l'établissement.
Philippe Raimbault, actuel président de l'université fédérale de Toulouse, va quitter son poste après la concrétisation du projet Tiris qui enclenche la transformation de l'établissement. (Crédits : Rémi Benoit)

C'est un projet institutionnel et académique qui a pour mission de faire oublier "le traumatisme de l'Idex" au tissu universitaire de Toulouse, selon les termes employés par  Philippe Raimbault, le président de l'université fédérale de Toulouse. "Les personnes ont été marquées grandement par cet épisode", poursuit le dirigeant qui devrait prochainement quitter son siège, avec le sentiment du devoir accompli.

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S'il n'est pas parvenu à maintenir la labelisation IDEX, qui garantit d'importants moyens financiers aux établissements distingués, en revanche Philippe Raimbault a eu la bonne nouvelle avant l'été de savoir que le projet TIRIS de l'université fédérale de Toulouse était retenu dans le cadre de l'appel à projets "Excellence sous toutes ses formes" de l'État.

"Nous sommes le projet qui a obtenu la plus importante dotation. Nous allons recevoir 38,3 millions d'euros du programme d'investissements d'avenir (PIA, ndlr) étalés sur 10 ans. De plus, le conseil régional d'Occitanie s'est engagé à doubler cette somme. Donc nous aurons un peu plus de sept millions d'euros de dotations par an, contre 12 avec l'Idex", détaille à La Tribune le dirigeant.

Avec cette nouvelle enveloppe tout de même importante, l'université fédérale de Toulouse compte enclencher sa reconstruction et redonner des couleurs à ses établissements membres.

"Patrick Lévy a eu un rôle décisif"

"L'initiative toulousaine pour l'impact de la recherche sur la société" (Tiris) est tout d'abord un projet de transformation institutionnel. Pour preuve, le conseil d'administration de l'université fédérale de Toulouse va passer de 81 à 39 membres et son conseil académique va être réduit de 130 personnes à 70 représentants.

"Notre ambition était de profiter de ce projet pour simplifier et alléger la gouvernance de l'université fédérale de Toulouse. Par ailleurs, avec Tiris, nous allons vers davantage de fédéralisme entre tous les établissements sur des compétences stratégiques comme le rayonnement international, la recherche ou la formation. Par exemple, l'idée est de faciliter l'interdisciplinarité sur des formations, en créant de nouveaux cursus pour répondre à de nouveaux métiers ou nouvelles problématiques ou bien rajouter un bloc à un cursus déjà existant en s'appuyant sur les compétences qu'un établissement peut apporter à un autre (...) Nous n'avons jamais eu vocation à fusionner les établissements car nous nous serions retrouvés avec une machine d'une lourdeur trop importante à 107.000 étudiants, ce qu'il n'y a jamais eu en France", explique Philippe Raimbault.

Mais cela n'a pas été facile d'en arriver là, malgré les volontés politiques du conseil régional d'Occitanie et de Toulouse Métropole. À la sortie du premier confinement, la seconde de ses collectivités a commandé un rapport à une commission indépendante pour identifier les chantiers à mener afin d'assurer son avenir économique. Parrainée par le prix Nobel d'économie toulousain Jean Tirole, cette assemblée d'experts avait par la suite pointé du doigt la nécessaire transformation du tissu universitaire local dans ses conclusions. De plus, elle a suggéré la nomination d'une personnalité extérieure pour mener le chantier et la médiation entre tous les établissements qui composent l'université fédérale de Toulouse.

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Les deux collectivités ont ainsi chargé Patrick Lévy, ancien président de l'université de Grenoble-Alpes, de mener ce chantier. En quelques réunions, l'homme expérimenté sur ces sujets s'est vite rendu compte des tensions et des méfiances entre tous. Dans les coulisses, certains participants aux multiples réunions de concertation menées par ses soins l'ont même assimilé à "un casque bleu de l'ONU" pour imager son travail. "Certains établissements craignaient une perte de souveraineté mais il y avait surtout un besoin de confiance réciproque. Cela a été difficile d'y arriver et l'intervention d'une personne extérieure a facilité le travail. À plusieurs reprises, dans des moments clés, Patrick Lévy a eu un rôle décisif", ne cache pas le futur ancien président de l'université fédérale de Toulouse, comme quand TSE, l'Isae-Supaero et l'université Paul-Sabatier voulaient ensemble présenter un projet concurrent à Tiris, avant que tout le monde ne revienne à la raison bien que les futurs statuts ont légèrement bougé pour sauver l'unité.

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Répondre à des défis sociétaux

L'autre enjeu du projet Tiris repose sur le coté scientifique avec la volonté de faire émerger une signature forte et reconnue sur le site. Pour ce faire, la nouvelle université fédérale de Toulouse s'appuiera sur trois piliers pour orienter ses travaux et formations : "comprendre et favoriser la bonne santé et le bien-être", "comprendre le changement global et son impact sur les sociétés", et "accélérer les transitions durables : mobilité, énergie, ressources et mutations industrielles". Des sujets assez vastes pour favoriser les démarches interdisciplinaires, le maître-mot du projet Tiris.

"En travaillant autour de ces enjeux d'actualité et défis sociétaux, c'est désormais à nous tous de montrer que nous pouvons travailler ensemble, avant d'aller chercher de nouveaux financements afin d'éviter de se trouver en situation défavorable par rapport à d'autres établissements", commente Philippe Raimbault.

Surtout, le tissu scientifique toulousain arrive déjà à collaborer sur des projets similaires, comme au sein de l'institut interdisciplinaire dédié à l'intelligence artificielle, Aniti. Pour l'université fédérale de Toulouse, et surtout ses membres, il ne reste plus qu'à associer des actes aux mots.

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